Des milliers de fermières indiennes font la grève

NEW DELHI — Des milliers de fermières indiennes ont organisé lundi des grèves de la faim et des grèves assises à l’occasion de la Journée internationale de la femme, afin de protester contre de nouvelles lois agricoles.

Les manifestations ont eu lieu en divers endroits autour de New Delhi, où des dizaines de milliers de fermiers campent depuis des mois pour dénoncer de nouvelles lois qui, selon eux, vont les appauvrir et les laisser à la merci de grandes corporations. Le gouvernement du premier ministre Narendra Modi prétend que ces lois sont nécessaires pour moderniser l’agriculture.

Une centaine de femmes portant des foulards jaunes et verts ont participé à une grève assise à Ghazipur, dans l’État de l’Uttar Pradesh. Agitant les drapeaux de syndicats agricoles, elles ont écouté les discours de différentes oratrices et scandé des slogans contre les lois. Une vingtaine d’entre elles ont fait la grève de la faim toute la journée.

« Les femmes sont ici, en plein air, pour manifester, mais Modi s’en fout. Il se fout des mères, des sœurs et des filles. Il se fout des femmes. C’est évident », a dit Mandeep Kaur, une fermière qui a parcouru plus de 1100 kilomètres depuis l’État du Chhattisgarh pour participer au mouvement.

De multiples séances de négociations entre les fermiers et le gouvernement n’ont pas réussi à dénouer l’impasse. Les fermiers ont rejeté l’offre du gouvernement de mettre les lois en veilleuse pendant 18 mois, prévenant qu’ils n’accepteront rien de moins que leur annulation complète. Ils craignent que ces lois ne poussent les fermes familiales à la faillite.

Les femmes se retrouvent à l’avant-plan de ce mouvement qui représente un des plus grands défis au gouvernement de M. Modi depuis son élection en 2014. Plusieurs femmes accompagnaient les fermiers qui ont commencé à manifester à la fin du mois de novembre. Depuis ce moment, elles ont organisé et participé à des manifestations, mis sur pied des camps médicaux et des soupes populaires, et accentué leurs demandes pour l’égalité des genres.

« Modi envoie aujourd’hui ses meilleurs vœux aux femmes pour la Journée internationale de la femme. Qui sont ces femmes à qui il s’adresse ? Nous sommes comme ses filles, mais clairement, il ne se préoccupe pas de nous », a dit la fermière Babli Singh.

La Journée internationale de la femme est commanditée par les Nations unies depuis 1975. Elle souligne les réussites des femmes et vise à faire avancer leurs droits.

Les femmes incarnent souvent ce que les experts agricoles appellent une « main d’œuvre invisible » sur les vastes fermes indiennes.

Près de 75 % des habitantes de l’Inde rurale sont des fermières à temps plein, selon le groupe Oxfam India, un pourcentage qui devrait augmenter avec la migration des hommes vers les villes. Pourtant, moins de 13 % des femmes sont propriétaires de la terre qu’elles cultivent.

Des manifestations ont aussi eu lieu à Jantar Mantar, près du parlement à New Delhi, où une centaine de femmes ont agité des pancartes dénonçant les lois et réclamant leur abolition.

« Aujourd’hui nous sommes attaquées de partout. En tant que femmes, que paysannes, que travailleuses, que jeunes et qu’étudiantes, a dit la militante pour les droits de la femme Sucharita, qui utilise un seul nom. Nous sommes contre ces lois qui ont été adoptées au profit des corporations. »

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