Des Montréalais d’origine haïtienne s’opposent à une intervention étrangère

MONTRÉAL — La communauté haïtienne de Montréal exprime son opposition à la possibilité que des troupes étrangères soient envoyées en Haïti au milieu des troubles civils dans ce pays des Caraïbes.

Le Conseil de sécurité des Nations unies a reporté mercredi le vote d’une résolution exigeant la fin immédiate de la violence et des activités criminelles qui paralysent le pays. Une deuxième résolution autorisant une action militaire étrangère est en cours d’élaboration après une demande du 7 octobre du premier ministre Ariel Henry.

La première résolution imposerait également des sanctions au chef de gang de haut niveau Jimmy Chérizier – surnommé «Barbecue» – ainsi qu’à d’autres ressortissants haïtiens et groupes liés à des activités criminelles et à la violence.

La vice-présidente de l’organisation communautaire Maison d’Haïti, Chantal Ismé, a déclaré que la majorité de la communauté haïtienne de Montréal s’oppose à une intervention militaire étrangère.

«On est contre toute intervention militaire, a déclaré Mme Ismé. La majorité des personnes qui fréquentent notre organisation sont contre cette intervention. (…) Je dois avouer qu’il y a quelques personnes qui sont ouvertes à ça, mais c’est vraiment une très infime minorité.»

Selon Mme Ismé, des militants et différents groupes sociaux en Haïti ont présenté leur propre résolution.

«On souhaite que l’actuel premier ministre illégal et de facto démissionne. On souhaite aussi qu’il y ait une coopération (…) qui soit respectueuse de la dignité et de la souveraineté d’Haïti, mais qui ait aussi accès aux besoins réels d’Haïti. Il faut aller écouter avant de donner de l’aide», a-t-elle dit.

Elle a cité les nombreuses occupations étrangères qu’Haïti a subies au fil des ans comme raison de la forte opposition à la fois en Haïti et au sein de la diaspora montréalaise.

Les choses ont empiré le mois dernier après que le premier ministre Henry a annoncé de fortes augmentations des prix du carburant, provoquant des manifestations à travers Port-au-Prince et le blocus du plus grand terminal de carburant du pays par des gangs armés.

Jean Ernest Pierre, propriétaire et animateur de CPAM 1410 – une station de radio de langue française desservant principalement la communauté haïtienne de Montréal – a déclaré que l’intervention et l’occupation militaires étrangères n’ont jamais aidé Haïti et n’ont fait que causer plus de mal. 

«Chaque fois qu’il y a une force qui se présente en Haïti, les Haïtiens ont toujours applaudi la présence d’une force étrangère, sauf cette fois. La situation est extrêmement tendue, c’est une situation qu’on avait jamais vue auparavant, relate-t-il. Le peuple cette fois-ci n’est pas enthousiasmé à l’idée qu’une force entre dans le pays et il faut comprendre pourquoi. Lorsque le peuple fait le bilan de la présence des étrangers en Haïti c’est un bilan qui est négatif, avec entre autres, le choléra en prime.»

Selon lui, le premier ministre Henry est impuissant à maîtriser la crise actuelle et devrait démissionner. 

Le 15 octobre, Affaires mondiales Canada a confirmé que, grâce à une opération conjointe avec les États-Unis, un avion militaire canadien a aidé à livrer trois véhicules résistants aux mines et protégés contre les embuscades ainsi que trois véhicules blindés qui avaient été achetés par le gouvernement haïtien.

Le député libéral fédéral de la circonscription montréalaise de Bourassa, Emmanuel Dubourg, qui a immigré d’Haïti en 1974, s’est dit inquiet pour sa famille vivant actuellement au pays. Sa circonscription compte également une importante communauté haïtienne.

«Une demande a été présentée par le gouvernement haïtien pour de l’aide internationale, humanitaire et des forces militaires. Nous sommes en train d’analyser cette demande, donc le Canada n’est pas tout seul là-dedans. C’est une demande à l’international, (mais) on est très impliqué», a indiqué M. Dubourg en entrevue.

Il a souligné qu’il y a quelques jours, le premier ministre Justin Trudeau a mis en place un groupe de travail pour Haïti. «On y travaille de façon diligente parce que la situation mérite qu’on y réponde», a-t-il déclaré. 

«Le pays est en crise, c’est mon pays d’origine et je suis très affecté personnellement par cette situation-là. (…) Je suis préoccupé et je regarde le peuple là-bas, mes frères et sœurs et comment ils souffrent. Le pays est bloqué et (il y a de) la misère. Il faut absolument passer à l’action», a mentionné M. Dubourg qui a dit être toujours «très connecté» à son pays d’origine.

En plus de la crise du carburant, Haïti fait également face à une épidémie mortelle de choléra et à d’importantes pénuries de nourriture et d’eau potable.

– Avec des informations de l’Associated Press.

Cette dépêche a été rédigée avec l’aide financière des Bourses de Meta et de La Presse Canadienne pour les nouvelles. 

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