Des organismes veulent plus de financement d’Ottawa pour la recherche contre le sida

MONTRÉAL — Des organismes canadiens de lutte contre le VIH et le sida affirment que la conférence internationale sur le sida qui s’ouvre cette semaine à Montréal met en lumière le retard pris par le Canada dans la lutte contre cette maladie.

Ils rappellent que le financement du gouvernement fédéral n’a pas augmenté depuis 2008, même si le nombre de personnes qui vivent avec le VIH au Canada a depuis augmenté de 25 %.

Ces organismes appellent à ce que le fédéral bonifie ses subventions jusqu’à 100 millions $ annuellement, contrairement aux 73 millions $ dédiés à cette lutte actuellement, un chiffre recommandé par un comité parlementaire en 2003.

«Le nombre de nouvelles infections continue de rester assez stable, plutôt que de diminuer», a indiqué Richard Elliott, l’ancien directeur du HIV Legal Network de Toronto, une organisation qui défend les droits des personnes vivant avec le VIH. 

«Si cette enveloppe globale de 100 millions de dollars (était) réellement livrée, nous pourrions améliorer la recherche, a-t-il fait valoir. Nous pourrions financer plus d’organisations pour atteindre plus de populations avec un travail de prévention du VIH de première ligne, et puis avec des programmes de soutien et de traitement.»

M. Elliot, qui doit prononcer un discours à la conférence de Montréal, a fait savoir que non seulement le financement fédéral n’a pas augmenté, mais une partie de ce montant dédié à la recherche sur le sida a été utilisée pour des travaux portant sur d’autres maladies transmissibles sexuellement.

Selon lui, Ottawa a récemment puisé dans les fonds réservés à la recherche sur le VIH et le sida pour aider des organismes à maîtriser les éclosions de variole simienne qui sont rapportées un peu partout au pays.

Même s’il dit qu’il est «génial» que ces organisations obtiennent plus de financement, ça ne devrait pas être les organisations de lutte contre le VIH qui en paient le prix. 

«C’est toujours le même modèle, qui consiste à s’attendre à ce que les organisations sous-financées, avec des fonds insuffisants, continuent de relever de plus en plus de défis, plutôt que de les doter de ressources pour faire face à ces nouveaux défis, en plus de terminer la lutte contre l’épidémie de VIH, qui est loin d’être terminée», a-t-il dit.

Atteindre les objectifs 

Selon les plus récentes données de l’Agence de la santé publique du Canada, environ 1 500 personnes ont été infectées par le VIH au Canada en 2020. Cela porte le nombre de Canadiens vivant avec le VIH à plus de 62 000.

Le gouvernement fédéral affirme qu’en 2020, 90 % des personnes vivant avec le VIH au Canada connaissaient leur statut; 87 % des personnes vivant avec le VIH recevaient un traitement ; et 95 % des personnes sous traitement avaient une charge virale indétectable.

Le directeur général de la Coalition des organismes communautaires québécois de lutte contre le sida (COCQ-SIDA), Ken Monteith, affirme que ces statistiques révèlent que le Canada n’a pas atteint tous ses objectifs de 2020, qui font partie d’un engagement conjoint des Nations unies et de l’Organisation mondiale de la santé. Il précise que l’objectif était de 90% dans les trois catégories.

M. Monteith a mentionné qu’à son rythme actuel, le Canada n’est pas en voie d’atteindre les objectifs mondiaux en matière de santé sexuelle des personnes vivant avec le VIH.

Les cibles du Canada pour 2025 sont d’atteindre 95 % dans les trois catégories, un objectif fixé par l’ONUSIDA. Mais M. Monteith, qui participe à plusieurs tables rondes lors de la conférence, pense que le Canada a peu de chances d’atteindre ces objectifs.

«Si nous ne changeons pas notre posture et ne fournissons pas un financement suffisant, nous n’y arriverons pas», affirme-t-il. 

Le porte-parole de Santé Canada, Mark Johnson, a déclaré qu’il faudra une collaboration entre le gouvernement, les travailleurs de la santé et les groupes communautaires pour que le pays atteigne ses objectifs de santé sexuelle de 2025 en matière de VIH.

Dans un courriel, M. Johnson a soutenu que le gouvernement fédéral reste «déterminé à garantir que les gens au Canada aient un accès équitable à la prévention, au dépistage et aux soins pour les infections transmissibles sexuellement et par le sang.»

Jody Jollimore, directrice exécutive du Community-Based Research Centre, une organisation établie à Vancouver qui défend la santé des personnes de la diversité sexuelle, a déclaré qu’Ottawa devait «obliger» les provinces à augmenter l’accessibilité à des médicaments efficaces pour prévenir le VIH comme la PrEP. 

«Ce n’est pas seulement une question de financement, c’est une question de leadership, et nous avons besoin que le gouvernement fédéral fasse preuve de leadership à ce sujet», a mentionné Mme Jollimore, qui doit prendre la parole lors de la conférence à Montréal. 

«Nous avons en fait d’excellents outils en ce moment pour prévenir le VIH, nous avons juste besoin de les mettre entre les mains des bonnes personnes», dit-elle. 

AIDS 2022, la 24e Conférence internationale sur le sida, doit se dérouler du 29 juillet au 2 août au Palais des congrès de Montréal. 

Cet événement rassemble des chercheurs, des professionnels de la santé et des personnes vivant avec le VIH. Les éditions précédentes ont attiré plus de 20 000 participants.

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