Des outils de 2 millions d’années montrent que l’Homme s’adapte à son environnement

Pour les non-initiés, ce ne sont que des cailloux ébréchés. Pour Julio Mercader, de l’Université de Calgary, ce sont plutôt des messages vieux de deux millions d’années illustrant les balbutiements de la technologie humaine.

«Ce sont vraiment les débuts de la dépendance technologique», a déclaré M. Mercader, auteur principal d’un article publié jeudi dans la revue «Nature». «Les outils proviennent d’une phase précoce de cette période qui marque une nouvelle relation entre l’Homme et l’environnement.»

L’article présente le travail combiné de 29 scientifiques de trois continents, qui ont analysé quelques dizaines d’outils en pierre trouvés à Oldupai Gorge, un site africain considéré par beaucoup comme l’endroit où les humains sont apparus pour la première fois. Datant de deux millions d’années, les haches à main, les flocons de quartz et les noyaux de roche sont parmi les plus anciens outils jamais trouvés.

Ils sont si vieux qu’ils précèdent l’Homo sapiens: ils peuvent avoir été l’oeuvre d’Homo habilis, une espèce dont des restes ont été retrouvés à proximité.

Tous les artefacts de cette antiquité sont précieux. Julio Mercader explique que ce qui les rend particulièrement précieux, c’est que des chercheurs de plusieurs disciplines ont été en mesure de les placer dans un contexte environnemental qui montre à quel point les humains ont su s’adapter depuis le début.

Les outils couvrent une période d’environ 235 000 ans. «Cela semble peut-être beaucoup, mais dans l’évolution humaine, c’est peu», rappelle le chercheur. Au cours de cette ère, l’environnement du site a changé rapidement et souvent: forêt, bord de lac, prairie, pré. Or, ces vieux humains ont su s’adapter. «Peu importe le changement de l’environnement, au moment où il y a une perturbation, un changement radical dans l’écologie locale, les humains se déplacent tout de suite», a déclaré M. Mercader.

«Il y a eu une énorme éruption volcanique qui a vraiment recouvert le paysage d’une masse solide de roche en fusion. Quand cela se refroidit et que de nouvelles plantes et animaux apparaissent, les humains font de même.

«Ce que cela montre, c’est l’énorme polyvalence et la flexibilité du comportement, qui permettent aux premiers humains d’exploiter tout environnement qui se trouve à leur proximité. Cela a des racines profondes.»

«Comme un couteau suisse» 

Les outils eux-mêmes sont fabriqués à partir de roches trouvées sur place ou tout près. Les «fabricants» semblent avoir transporté des noyaux de pierre particulièrement attrayants, qu’ils pourraient utiliser par la suite pour les tailler en cas de besoin.

Les outils n’ont pas beaucoup changé au fil du temps, rappelle M. Mercader. «La technologie reste suffisamment flexible et suffisamment générale pour que, quoi qu’il arrive, vous puissiez toujours exploiter l’environnement. C’est comme un couteau suisse.»

Ces découvertes sont le résultat d’années de travail dans la région. Les chercheurs, formés pour connaître la différence entre un outil et une roche naturellement ébréchée, parcourent d’abord le terrain à la recherche de fragments d’os fossiles exposés. De nombreux fossiles osseux suggèrent que d’autres artefacts peuvent être à proximité et une fouille est alors amorcée. «Si la fouille est intéressante, nous élargissons le champ.»

Selon M. Mercader, cette illustre à merveille comment des scientifiques de différentes disciplines peuvent collaborer pour faire la lumière sur un passé lointain. «En travaillant avec des géoscientifiques et des chimistes, des paléoécologistes et des paléogéographes, nous pouvons déduire beaucoup de choses à partir des outils en pierre et du contexte dans lequel ils se trouvent.»

Et il n’y a rien de tel que de tenir dans sa main une pierre que tenait jadis un ancien artisan, avoue le chercheur. «C’est l’excitation qui vous donne envie de devenir archéologue.»

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