Des parents dénoncent l’école québécoise «à trois vitesses» devant l’ONU

QUÉBEC — Un regroupement de 4000 parents québécois s’en va cogner à la porte de l’Organisation des Nations unies (ONU) pour se battre contre l’école à trois vitesses, une forme de discrimination scolaire.

C’est le coordonnateur du mouvement «L’école ensemble», Stéphane Vigneault, qui en a fait l’annonce lors d’une entrevue avec La Presse canadienne diffusée vendredi.

Il a dit prendre les grands moyens car le gouvernement du Québec n’est pas à l’écoute, selon lui. L’audience à l’ONU est prévue pour la mi-mars.

«Le ministre peut faire des labs-écoles, des maternelles 4 ans, même augmenter le salaire des profs, c’est comme dire: « On va mettre du nouveau gypse ». Mais la fondation est croche. Ça va constamment se refissurer, s’est-il exclamé. Malheureusement, il faut aller à une échelle internationale pour que quelqu’un d’autre porte nos questions.»

M. Vigneault s’insurge contre la «ségrégation scolaire» qui s’est installée au Québec au fil des ans, avec le financement des réseaux public, public sélectif et privé, alors que les enfants sont séparés dans des écoles différentes en fonction du revenu de leurs parents et de leurs résultats scolaires.

Il affirme avoir été surpris, lorsque sa fille est entrée à l’école primaire à Hull, de voir à peu près tous les parents abandonner l’école publique de quartier sans remords pour inscrire leurs enfants dans des programmes sélectifs. 

«Tout de suite, moi j’ai vu ce qui allait arriver: on allait se faire écrémer les élèves les plus forts de notre école, donc on renforce le: « Ah, l’école n’est pas bonne » parce que les élèves pas bons y vont, les élèves bons la quittent.

«Aussitôt qu’on commence à offrir du « choix », la ségrégation scolaire s’installe, c’est un cercle vicieux. C’est une personne, après ça deux, après ça dix, après ça l’école a mauvaise réputation et tout le monde la contourne», a-t-il déploré. 

Le phénomène ne date pas d’hier: dès 2016, le Conseil supérieur de l’éducation (CSE) a déclaré dans un rapport que l’école québécoise est la plus inégalitaire au pays. 

Le système d’éducation québécois favorise la concentration des élèves pauvres et en difficulté dans les écoles publiques ordinaires, constate M. Vigneault, qui considère que les conséquences de cette séparation physique entre enfants privilégiés et infortunés seront désastreuses pour le Québec, tant sur le plan social qu’économique.

Selon lui, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a eu plusieurs occasions d’agir pour régler le problème, entre autres avec son projet de loi pour baliser les frais scolaires l’an dernier, mais ne l’a jamais fait.

Tout récemment, lors de l’étude du projet de loi 40 qui abolit notamment les commissions scolaires, le ministre a fait preuve de «mauvaise foi» en refusant de répondre aux questions, accuse celui qui est le coordonnateur de «L’école ensemble» depuis 2017.

Il explique que le mouvement a fait parvenir un rapport au Comité des droits économiques, sociaux et culturels de l’ONU l’enjoignant d’exiger du gouvernement québécois qu’il justifie sa politique de ségrégation scolaire en vertu de ses obligations en matière de droits de la personne.

Le Comité contrôle la mise en oeuvre du Pacte international sur les droits économiques, sociaux et culturels, qui a été signé par le Canada, souligne Stéphane Vigneault. À cet égard, le Canada doit rendre des comptes environ tous les cinq ans concernant la mise en oeuvre de ses obligations découlant des traités.

M. Vigneault propose au Comité de prévoir au moins trois questions sur le Québec, concernant le financement des écoles privées, les frais imposés aux parents pour les programmes particuliers de type sports-études et la transparence des données scolaires.

Il espère que l’ONU émettra d’ici mars 2021 des recommandations au gouvernement du Québec, pour qu’il cesse notamment de subventionner avec des fonds publics l’école privée.

Le Comité se réunira à la mi-mars à Genève et «L’école ensemble» participera aux audiences par vidéoconférence. Le Comité fera paraître une semaine plus tard la liste des questions qui seront adressées au Canada.