Des parents mettent en garde contre une opération mondiale de «sextortion»

PILOT MOUND, Man. — Une famille du Manitoba lance une mise en garde contre une opération de «sextortion» mondiale visant les adolescents qui a conduit son garçon au suicide.

Derek et Jill Lints décrivent leur fils Daniel, âgé de 17 ans, comme un garçon aimable, responsable et spirituel.

Il avait victime d’un chantage sur Snapchat en février. Il avait reçu le message prétendument écrit par une jeune femme attirante. Cette personne l’a convaincu de lui envoyer une photographie explicite. Dans les minutes qui ont suivi, l’adolescent faisait l’objet d’un chantage. Trois heures plus tard, il s’enlevait la vie.

«C’est comme s’il avait été assassiné», soutient M. Lints en pleurant à chaudes larmes.

Plusieurs corps de police de partout dans le monde ont transmis une mise en garde contre ce stratagème.

La ruse est sophistiquée, mentionne Stephen Sauer, le directeur de Cyberaide!ca du Centre canadien de protection de l’enfant. Des membres d’organisations liées au crime organisé d’outre-mer se font passer pour de jeunes femmes sur les réseaux sociaux très utilisés par des adolescents, comme Snapchat et Instagram.

Les escrocs leur tendent la main et les excitent sexuellement. Ils prennent ensuite avantage de leur niveau de développement et de leur impulsivité pour leur demander une photo ou une vidéo, explique M. Sauer. 

Le chantage suit.

M. Sauer raconte que les escrocs, sachant fort bien la gêne que pourraient ressentir les victimes, menacent d’envoyer les images aux familles et aux amis si elles ne leur envoient pas de l’argent.

«Les jeunes gens sont assez vulnérables à cela. Leur sentiment de soi est toujours en développement. Ils sont en train de développer leur identité et ils sont engagés dans une exploration sexuelle.»

Plusieurs victimes vident leur compte bancaire. Mais, souvent, si le chantage se poursuit, plusieurs préfèrent se suicider.

Le Centre national contre l’exploitation d’enfants mis en place par la GRC a reçu 52 306 plaintes en 2020-2021, une hausse de 510 % par rapport à sept ans auparavant. Selon des experts, la recrudescence des activités sur internet à cause de la pandémie de COVID-19 peut avoir contribué à ce phénomène.

Cyberaide!ca, une ligne d’aide pour les enfants agressés sexuellement, rapporte en moyenne une vingtaine de cas de «sextortion» par mois en 2021. Ce chiffre a grimpé à 55 cette année et même à 75 en mai.

Les corps de police du pays surveillent la situation. 

Le Service de police de Calgary dit avoir reçu près de 50 plaintes de «sextortion» depuis le début d’année. «Nous pensons que ce crime est très sous-signalé», reconnaît le sergent d’État-major, Graeme Smiley.

Divers corps policiers recommandent aux parents de discuter avec leurs enfants des risques de l’utilisation d’internet. La GRC conseille aux victimes de cesser immédiatement toute communication avec le fraudeur, de ne pas envoyer pas d’argent et de communiquer avec le service de police local.

Le Canada a formé en mars un groupe consultatif d’experts sur la sécurité en ligne afin de l’aider à concevoir une législation visant à lutter contre le contenu préjudiciable en ligne.

M. Sauer dit que les plateformes de réseaux sociaux ont une responsabilité dans la protection des enfants. Selon lui, elles pourraient en faire plus.

«Il semble y avoir un manque de volonté. On ne fait pas assez pression. La réglementation est insuffisante dans cet espace.»

Les Lints sont frustrés de voir que les enfants demeurent menacés. Ils souhaitent que tous les parents et que tous les adolescents soient au courant des stratagèmes d’extorsion. Ils veulent que des pressions soient exercées sur les réseaux sociaux afin de mieux protéger les enfants.

«C’est notre façon de combattre ces prédateurs qui nous ont volé Danny. C’est ce qu’on peut faire à l’heure actuelle. Le dire à tout le monde», lance Jill Lints.

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