Des partisans de Bolsonaro prennent d’assaut les lieux de pouvoir brésiliens

RIO DE JANEIRO — Des milliers de partisans de l’ancien président brésilien Jair Bolsonaro, toujours amers de la défaite électorale de leur favori, ont pris d’assaut dimanche des lieux de pouvoir du Brésil comme le Palais du congrès national, la Cour suprême et le Palais présidentiel, une semaine après la cérémonie d’assermentation de Luiz Inácio Lula da Silva.

Ils ont fait fi des barricades, grimpé sur les toits, brisé des fenêtres et envahi les trois édifices situés sur la place des Trois Pouvoirs, à Brasilia. Certains ont réclamé une intervention de l’armée pour reporter M. Bolsonaro au pouvoir ou en chasser M. Lula.

Au cours d’une conférence de presse dans l’État de Sao Paulo, M. Lula a accusé M. Bolsonaro d’avoir encouragé ce coup de force de ceux qu’il a qualifiés de «fascistes fanatiques». Il a aussi signé un décret pour permettre au gouvernement fédéral de contrôler les forces de sécurité dans le district fédéral.

«Il n’y a aucun précédent pour ce qu’ils ont fait. Ces gens doivent être punis», a-t-il lancé.

Les images de la chaîne de télévision Globo News laissent voir des manifestants vagabonder dans le Palais présidentiel. Plusieurs portaient des vêtements verts et jaunes, les couleurs du drapeau brésilien symbolisant l’ancien gouvernement Bolsonaro.

M. Bolsonaro s’est souvent disputé avec les juges de la Cour suprême. Leur salle de réunion a été saccagée par les émeutiers. Ces derniers ont aussi utilisé des boyaux d’incendie pour inonder des bureaux du Palais du congrès national et vandaliser ceux du Palais présidentiel. Les fenêtres des trois immeubles ont été fracassées.

L’ancien président, qui est parti en Floride avant l’assermentation de Lula, ne s’est pas exprimé sur la tournure des événements, dimanche.

La ministre des Affaires étrangères du Canada, Mélanie Joly, a écrit sur Twitter que «le Canada condamne dans les termes les plus forts les attaques au Brésil visant à miner sa démocratie. Nos institutions démocratiques sont au cœur de nos sociétés et elles doivent être protégées.» Elle a indiqué que le Canada se range du côté du gouvernement Lula.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a déclaré sur Twitter qu’il condamnait l’assaut contre les institutions démocratiques brésiliennes, mais qu’il était convaincu que «la volonté du peuple brésilien et des institutions du pays» serait respectée.

La police a lancé des gaz lacrymogènes pour tenter de chasser les émeutiers des immeubles. Vers 18h30 (heure locale), moins de quatre heures après le début de l’assaut, les forces de sécurité semblaient repousser les occupants de l’immeuble abritant la Cour suprême. La télévision a montré des manifestants en train de descendre une rampe du Palais présidentiel, les mains attachées derrière le dos. 

En début de soirée, le contrôle des bâtiments avait été rétabli, a déclaré le ministre de la Justice Flavio Dino lors d’une conférence de presse. Il a dit qu’environ 200 personnes avaient été arrêtées et que les agents lançaient davantage de gaz lacrymogène pour chasser les manifestants restant dans la zone. 

Plusieurs s’interrogent sur l’inaction des forces de l’ordre avant le début de la manifestation. Comment la police a-t-elle pu ignorer les avertissements? Pourquoi n’était-elle pas préparée à cet assaut? Les opposants avaient-ils des complices?

Selon M. Lula, la police a fait preuve «d’incompétence et de mauvaise foi». Elle s’était d’ailleurs montrée complaisante lors d’une précédente émeute dans la capitale, il y a quelques semaines. Le nouveau président a promis que des policiers seraient sanctionnés et chassés.

Apprendre des événements du Capitole 

L’émeute rappelle les événements du 6 janvier 2020 au Capitole des États-Unis, lorsque des manifestants trumpistes avaient tenté de contraindre les élus américains à ne pas reconnaître la victoire du candidat démocrate Joe Biden aux élections présidentielles du novembre précédent.

Des analystes politiques ont averti pendant des mois qu’une prise d’assaut similaire était une possibilité au Brésil, étant donné que M. Bolsonaro a semé le doute sur la fiabilité du système de vote électronique du pays – sans aucune preuve. Les résultats ont été reconnus comme légitimes par des politiciens de tous horizons, y compris certains alliés de M. Bolsonaro, ainsi que des dizaines de gouvernements étrangers.

Toutefois, il est vraisemblable que peu d’employés ont été perturbés par l’irruption des partisans de M. Bolsonaro, puisque la majorité d’entre eux ont congé le dimanche.

Le président américain Joe Biden a déclaré aux journalistes que les émeutes au Brésil étaient «scandaleuses». Son conseiller à la sécurité nationale, Jake Sullivan, est allé plus loin sur Twitter et a déclaré que les États-Unis «condamnaient tout effort visant à saper la démocratie au Brésil».

M. Biden a ensuite gazouillé qu’il avait hâte de continuer à travailler avec M. Lula, qualifiant les émeutes «d’assauts contre la démocratie et contre le transfert pacifique du pouvoir au Brésil».

Les partisans de M. Bolsonaro s’opposent à M. Lula depuis sa victoire électorale, le 30 octobre. Ils ont bloqué des routes et incendié des véhicules. Ils se sont aussi rassemblés devant des casernes militaires afin de persuader les soldats d’intervenir. Plusieurs soutiennent que les résultats ont été frauduleux ou ne sont pas fiables.

«Cette tentative absurde d’imposer leur volonté par la force ne réussira pas, a déclaré le ministre de la Justice, Flavio Dino, sur Twitter. Le gouvernement du District fédéral s’est assuré d’envoyer des renforts. Les forces à notre disposition sont en train de faire leur travail.»

Le président du Sénat, Rodrigo Pacheco, dit être en contact permanent avec le gouverneur de Brasilia, Ibaneis Rocha. Il a ajouté que tout l’appareil policier avait été mobilisé pour rétablir la situation.

M. Rocha a confirmé que le directeur de la sécurité publique de la capitale, Anderson Torres, avait été congédié.

«Les autorités brésiliennes ont eu deux ans pour apprendre les leçons de l’assaut contre le Capitole et se préparer contre un événement identique au Brésil, rappelle Maurício Santoro, un professeur de science politique de l’Université d’État de Rio de Janeiro. Les forces de sécurité locales de Brasilia ont échoué de façon systématique à empêcher les actions extrémistes dans la ville et à y réagir. Et les nouvelles autorités fédérales, comme les ministres de la Justice et de la Défense n’ont pu agir de façon décisive.»

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