Des pathogènes plus résistants en raison de notre gestion de l’environnement

MONTRÉAL — Tout comme on l’a entendu au moment de l’apparition du virus du SRAS-CoV-2, à l’origine de la COVID-19, la détection du champignon Candida Auris dans un hôpital du Québec fait dire à plusieurs experts que notre gestion de l’environnement favorise l’éclosion de pathogènes de plus en plus résistants.

Au moment où la nouvelle de l’éclosion de Candida Auris à l’Hôpital Pierre-Boucher de Longueuil se propageait dans les médias comme la grippe en novembre, la présidente de l’Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME), la Dre Claudel Pétrin-Desrosiers, lançait une série de messages sur Twitter afin d’inviter les journalistes à la prudence.

«À ceux qui veulent couvrir « le champignon mortel »: je vous invite à le faire d’un point de vue scientifique, objectif. Ce n’est PAS une surprise « inattendue », elle est une manifestation de plusieurs éléments défaillants dans les systèmes qui nous entourent», a-t-elle écrit.

La médecin de famille mentionnait que la littérature scientifique parle abondamment de «résistance antimicrobienne» et que celle-ci est favorisée par «le recours à l’antibiothérapie» en agriculture et «la consommation importante d’antibiothérapie pour des usages non indiqués».

De plus, la Dre Pétrin-Desrosiers soutient qu’un grand nombre de maladies et d’infections profitent des crises environnementales pour proliférer. Changements climatiques, destruction des habitats naturels et déclin de la biodiversité seraient tous des facteurs aggravants.

Le mycologiste et directeur du Centre d’excellence pour la recherche génétique des maladies infectieuses et immunitaires du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), le Dr Donald Vinh, explique que tout déséquilibre provoqué par l’activité humaine dans la nature a des conséquences à l’échelle microbienne. 

«Quand on parle de virus, de microbes, de bactéries, de levures dans l’environnement, chaque fois qu’on cause un déséquilibre, ça permet à certaines espèces d’avoir un avantage sur d’autres et ça pourrait permettre l’émergence de microbes qui sont normalement peu fréquents ou minimes dans une population microbienne», décrit le professeur associé de la faculté de médecine de l’Université McGill.

Il poursuit en disant que l’utilisation d’antibiotiques et d’antifongiques dans l’environnement, pour des activités agricoles ou autres, peut justement constituer une source de déséquilibre. 

Le Dr Vinh rapporte également que dans le cas précis du Candida Auris des hypothèses laissent croire à un lien entre sa prolifération mondiale et le réchauffement climatique puisqu’il a une tendance à tolérer des températures plus élevées ainsi qu’une salinité plus élevée que ses semblables.

Son collègue mycologiste associé au Centre de recherche de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, le Dr Simon F. Dufresne, met toutefois en garde que la preuve scientifique n’a pas été démontrée en ce qui concerne le lien entre la résistance du Candida Auris et l’usage d’antifongiques dans l’environnement.

En revanche, il relate un cas bien connu des chercheurs, soit celui du champignon Aspergillus fumigatus, un autre pathogène qui s’attaque à des hôtes immunocompromis. Il a fait son apparition aux Pays-Bas au début des années 2000 avant de se propager partout sur la planète grâce à une résistance acquise.

«L’usage de certains fongicides, en agriculture en particulier, qui ressemblent beaucoup à nos médicaments antifongiques qu’on utilise en médecine humaine, a mené au développement de la résistance de ce champignon-là qui vit dans l’environnement», décrit-il.

«Les patients ont alors commencé à être infectés par des champignons plus résistants», ajoute l’expert.

Dans un document intitulé «Maladies infectieuses et changements climatiques», disponible sur le portail web du gouvernement fédéral, on met en garde la population sur le fait que les changements climatiques risquent de favoriser la propagation des maladies infectieuses.

On souligne que la hausse des températures va entraîner «un prolongement des étés et un adoucissement des hivers» en plus de mener à un dérèglement des précipitations. Par conséquent, les pathogènes et les vecteurs de maladies vont pouvoir se multiplier plus facilement et migrer ou s’étendre vers de nouvelles régions.

On reconnaît dans ce même rapport que la perte de biodiversité, la dégradation des sols et la modification des écosystèmes font partie des facteurs favorables aux maladies infectieuses d’origine virale, fongique, bactérienne ou parasitaire.

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