Des patientes en obstétrique au Labrador doivent aller accoucher à 500 km de distance

HAPPY VALLEY-GOOSE BAY, T.-N.-L. — La pénurie d’infirmières a atteint son paroxysme au Labrador, où les patientes en obstétrique de Happy Valley-Goose Bay sont dirigées vers Labrador City, une ville à plus de 500 kilomètres à l’ouest.

En fonction de l’évaluation de leur médecin, les patientes seront transportées par avion ou sur une autoroute isolée sans service cellulaire, a déclaré mardi Yvette Coffey, présidente du syndicat des infirmières et infirmiers autorisés de Terre-Neuve-et-Labrador.

«Nous savons tous que c’est une période très, très stressante pour ces patientes, a dit Mme Coffey lors d’une entrevue. C’est aussi très stressant pour le personnel, sachant que leurs patientes doivent être détournées de leur centre et qu’ils ne peuvent pas leur prodiguer des soins en toute sécurité pour le moment.»

Elle a indiqué que les responsables de l’autorité sanitaire locale «travaillent dur» pour organiser le voyage et l’hébergement de toutes celles qui doivent faire le voyage. 

Happy Valley-Goose Bay est reliée à Labrador City par une autoroute de 530 kilomètres qui traverse une vaste étendue de nature sauvage, avec rien d’autre que des conifères broussailleux et des terres vierges de chaque côté. Il n’y a pas de réception cellulaire sur une grande partie de l’autoroute à deux voies. Churchill Falls, situé à peu près à mi-chemin entre les deux villes, est le seul endroit où s’arrêter pour faire le plein d’essence.

Les transferts de patientes ont commencé vendredi dernier, selon un communiqué de presse de la Labrador-Grenfell Health Authority. Ils devraient se terminer le 13 janvier.

Mme Coffey a déclaré que Labrador-Grenfell Health a été particulièrement touché par une pénurie d’infirmières à l’échelle de la province. L’autorité sanitaire couvre la péninsule Great Northern de Terre-Neuve et tout le Labrador, et environ 60% de ses postes d’infirmières sont vacants, selon Mme Coffey. 

Environ 50% du personnel infirmier de l’autorité travaille à temps partiel, comparativement à environ 26% dans le reste de la province, a-t-elle dit.

L’autorité sanitaire s’appuie de plus en plus sur des agences de soins infirmiers privées et des infirmières contractuelles pour combler les besoins en matière de personnel, a fait savoir Mme Coffey. Mais pendant les vacances, ces solutions ne sont pas aussi largement disponibles.

«Je sais qu’ils s’efforcent toujours d’obtenir de l’aide pour la période de Noël», a-t-elle déclaré, ajoutant que les responsables font également appel à l’aide des trois autres autorités sanitaires de la province. 

Yvette Coffey estime que si la province veut trouver une solution permanente, elle doit mieux payer ses infirmières et leur accorder plus de temps libre et plus de contrôle sur leur horaire. «Nous ne pouvons pas continuer à opérer sur le dos des infirmières autorisées qui meurent debout, a souligné la présidente. Nous ne pouvons pas continuer à les pousser.»

Stacey Hoffe, directrice exécutive de Mokami Status of Women Council à Happy Valley-Goose Bay, a déclaré que son organisation est particulièrement préoccupée par la santé mentale des patientes touchées par les détournements. La grossesse peut déjà être une période incertaine et anxieuse, et les patientes ont besoin d’un soutien et de soins de proximité, a indiqué Mme Hoffe dans un courriel. 

«Au lieu de cela, les familles doivent penser à organiser le transport dans des conditions météorologiques imprévisibles sur des routes sans service cellulaire et à prendre des dispositions pour s’absenter de chez elles beaucoup plus longtemps que prévu dans un délai très court», a-t-elle déclaré.

La pénurie d’infirmières fait partie d’un «problème systémique» et les travailleurs de la santé ne sont pas à blâmer, a-t-elle ajouté.

Kim Dyer, directrice exécutive du Labrador West Status of Women Council, à Labrador City, a indiqué que les services de santé sont également mis à rude épreuve dans sa communauté.

«Nous avons eu une saison de la grippe très difficile, notre hôpital est très durement touché en ce moment, a fait savoir Mme Dyer dans une entrevue. Je n’arrive donc pas à comprendre comment nous allons pouvoir accueillir un nombre aussi important de nouveaux patients provenant de tout le Labrador.»

Le système de santé au Labrador est déjà dispersé et les gens sont «malheureusement» habitués à voyager à travers la province pour des soins spécialisés, a-t-elle mentionné, ajoutant que les détournements en obstétrique présentent désormais un autre obstacle. 

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