Des perquisitions font au moins neuf morts aux Philippines

MANILLE, Philippines — Des perquisitions menées en fin de semaine par la police et l’armée des Philippines ont fait au moins neuf morts.

Les forces de l’ordre affirment que les opérations ciblaient de présumés rebelles communistes et que les suspects ont ouvert le feu en premier.

D’autres prétendent plutôt que les victimes étaient des militants sans défense.

La police a affirmé lundi que tous ceux qui ont été tués étaient affiliés avec des «groupes terroristes communistes» et qu’ils ont tiré sur la police pendant les perquisitions. Les suspects sont morts pendant leur transport vers l’hôpital, selon la police.

La police a procédé à au moins 24 perquisitions, surtout dans des affaires d’armes et d’explosifs, dans les provinces de Cavite, de Laguna, de Batangas et de Rizal pendant la fin de semaine. Six autres suspects ont été arrêtés et neuf se sont échappés, ont dit les policiers.

Ces pertes de vie ont immédiatement été condamnées par des groupes de gauche et de défense des droits de la personne, qui ont réclamé une enquête indépendante. Ces organisations prétendent que des militants légitimes ont été exécutés sous le couvert de la lutte à une insurrection marxiste qui dure depuis 50 ans.

Des responsables ont promis que le ministère de la Justice fera enquête sur les morts.

Cristina Palabay, du groupe de défense des droits de la personne Karapatan, affirme que plusieurs victimes appartenaient à des organisations politiques ou syndicales. Elle prétend qu’un couple qui dirigeait un groupe de pêcheurs a été abattu sous les yeux de leur fils de dix ans, qui se cachait sous un lit.

Le chef de la police nationale, le général Debold Sinas, a nié que les suspects aient été victimes d’assassinats extrajudiciaires.

«Ce sont des opérations légitimes qui ont été effectuées en vertu de mandats de perquisition», a-t-il dit aux journalistes.

Renato Reyes, de l’alliance de gauche Bayan, croit que la Cour suprême devrait se pencher sur ce qu’il prétend être la tendance qu’ont les responsables de présenter des informations douteuses ou fausses aux juges pour obtenir des mandats de perquisition.

«Un policier invente que vous êtes en possession d’une grenade et un juge va signer une mandat de perquisition qui pourrait mener à votre arrestation ou à votre mort, a dit M. Reyes par voie de communiqué. C’est aussi grave que ça. Les mandats de perquisition sont devenus des armes pour persécuter des militants pacifiques.»

Mme Palabay pointe du doigt le président Rodrigo Duterte, qui selon elle encourage les policiers et les militaires à agir en toute impunité quand il menace régulièrement à la télévision de tuer les insurgés et les trafiquants de drogue.

Lors d’un discours vendredi, M. Duterte a indiqué avoir dit aux policiers et aux soldats que «lors de ces rencontres, si l’ennemi tient une arme, tuez-le. Tuez-le maintenant. Ne tenez pas compte des drois de la personne. C’est mon ordre. J’irai en prison. Pas de problème.»

Mme Palabay accuse le général Antonio Parlade fils, qui dirige les forces militaires dans la région où la plupart des perquisitions ont eu lieu en fin de semaine, d’avoir faussement associé les militants à des groupes communistes armés. Le général Parlade réfute ces allégations.

Le mois dernier, le ministre philippin de la Défense, Delfin Lorenzana, a congédié le chef adjoint du renseignement militaire pour avoir publié une liste erronée de rebelles communistes présumés. La «négligence (du responsable) témoigne d’une attitude nonchalante envers son emploi, causant de la confusion et endommageant la réputation», a dit M. Lorenzana.

L’armée a intensifié sa campagne contre la Nouvelle Armée populaire et ceux qui seraient ses partisans, alors que la présidence de six ans de M. Duterte tire à sa fin. L’armée souhaite écraser cette insurrection, une des plus longues du monde, avant la fin de son mandat en 2022.

– Par Jim Gomez, The Associated Press

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