Des personnalités appellent Trudeau à mettre fin au soutien à Jovenel Moïse

De nombreux artistes et universitaires réclament que les libéraux mettent fin au «soutien canadien à la dictature en Haïti».

L’ancien ambassadeur de l’ONU Stephen Lewis, l’animateur et militant écologiste David Suzuki, l’auteure Naomi Klein, le professeur Noam Chomsky, la légende du rock Roger Waters, le député fédéral vert Paul Manly, ainsi que les anciens députés Svend Robinson, Libby Davies et Jim Manly et plus de 100 autres universitaires, militants et artistes figurent parmi les signataires de la lettre adressée au premier ministre Justin Trudeau.

La lettre publique, parrainée par l’Institut canadien de la politique étrangère, soutient que «Jovenel Moïse occupe (depuis le 7 février) le palais présidentiel de Port-au-Prince au mépris de l’écrasante majorité des institutions du pays».

La lettre doit être livrée formellement au bureau du ministre des Affaires étrangères, Marc Garneau, vendredi, lors d’un rassemblement organisé par Solidarité Québec Haïti et Mouvement québécois pour la paix.

«Il y avait jusqu’à 100 000 personnes qui ont manifesté dimanche à Port-au-Prince. On a décidé qu’on avait besoin de faire quelque chose d’un peu plus large. Puis, en trois jours, on a pu avoir beaucoup de personnalités un peu partout qui appuyaient la lettre», a affirmé en entrevue Yves Engler, de l’Institut canadien de la politique étrangère.

La démarche s’est concrétisée rapidement cette semaine, et le député fédéral vert Paul Manly est le seul élu en exercice parmi les signataires.

«On espère que dans les prochains jours, il y aura plus de politiciens qui appuieront la lettre, ou à tout le moins l’esprit de la lettre», a-t-il affirmé.

Selon les signataires, le gouvernement canadien doit mettre fin à l’appui qu’il donne à un président haïtien «répressif, corrompu et dépourvu de légitimité constitutionnelle». 

Dénoncée par des manifestations importantes en Haïti, la «demande de Jovenel Moïse de prolonger d’une année son mandat a été rejetée par le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, la Fédération haïtienne du barreau et d’autres institutions constitutionnelles», fait-on valoir. 

Des élections justes sont impossibles sous la direction de Jovenel Moïse, affirme la lettre. 

Appui à la police nationale

Les signataires déplorent que les autorités canadiennes continuent de financer et de former un corps de police qui a «violemment réprimé les manifestations organisées» contre Jovenel Moïse. 

L’ambassadeur du Canada en Haïti a assisté «à plusieurs reprises à des cérémonies de la police tout en refusant de critiquer les actes de répression contre les manifestants commis par celle-ci», peut-on lire dans la lettre adressée à M. Trudeau. Le 18 janvier, l’ambassadeur Stuart Savage a rencontré le «controversé» nouveau chef de police Léon Charles pour discuter du «renforcement des capacités de la police», ajoute-t-on.

Les représentants du Canada continuent d’offrir à Jovenel Moïse un important appui diplomatique, selon le groupe. 

Le 12 février, le ministre Marc Garneau s’est entretenu avec le ministre des Affaires étrangères «de facto» d’Haïti, rappelle-t-on. 

«La déclaration sur la réunion a annoncé des plans conjoints d’Haïti et du Canada d’accueillir une conférence prochaine. La déclaration ne mentionnait cependant pas le fait que (Jovenel) Moïse avait prolongé son mandat et limogé illégalement des juges de la Cour de cassation, qu’il gouverne par décrets ou qu’il criminalise les manifestations», affirme la lettre.

«Il est temps que le gouvernement canadien arrête d’appuyer une dictature répressive et corrompue en Haïti», concluent les signataires.

Parmi les signataires figurent aussi Will Prosper, le fondateur et porte-parole du mouvement citoyen Montréal-Nord Républik (MNR), l’éditeur, historien et réalisateur d’origine haïtienne Frantz Voltaire et le professeur retraité de l’UQAM, André Jacob, récipiendaire du Prix «droits et libertés» de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse du Québec.

Ce qui inquiète les gens, selon M. Engler, dans les prochains jours, les prochains mois, c’est la «situation de la répression, des manifestants qui sont tués». 

«Mais l’autre côté, c’est qu’avec ce gouvernement, il n’y a aucune chance qu’il va y avoir du développement, que le peuple va sortir de la pauvreté extrême. Parce qu’il est complètement corrompu. (…) Le modèle, ce n’est pas d’investir dans le pays, c’est de donner tout aux dix familles qui contrôlent l’économie», a-t-il fait valoir.

«Le Canada pourrait dire « on ne va plus financer, entraîner la police nationale ». Parce que c’est la seule raison pourquoi Jovenel Moïse est là, c’est parce qu’il réprime les manifestations qu’il n’est pas encore chassé du pouvoir», soutient M. Engler.

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