Des prisonniers politiques éthiopiens font une grève de la faim depuis un mois

NAIROBI, Kenya — Les avocats d’opposants éthiopiens incarcérés s’inquiètent pour la santé de leurs clients, dont la grève de la faim qui s’étire depuis un mois a attiré l’attention de la communauté internationale alors qu’ils dénoncent leur traitement par le gouvernement.

«Quatre d’entre eux poursuivent leur grève de la faim et leur santé se détériore rapidement, a dit à l’Associated Press l’avocat Tokuma Daba, qui affirme les avoir rencontrés lundi. Nous nous inquiétons maintenant pour leurs vies. Les médecins nous disent qu’ils ont besoin de soins sophistiqués qu’ils ne reçoivent pas. C’est très préoccupant.»

Les politiciens derrière les barreaux incluent le baron de la presse Jawar Mohammed, Bekele Gerba, Hamza Adane et Dejene Tafa. 

Ils ont été arrêtés, en plus d’une quinzaine d’autres personnes, après l’assassinat du populaire chanteur Hachalu Hundessa en juin 2020. La flambée de violence contre les minorités ethniques qui a suivi a fait des dizaines de morts, surtout dans la région d’Oromia.

Des membres de l’ethnie Oromo demandent plus de démocratie et le droit de choisir leurs propres leaders. Ils accusent le premier ministre Abiy Ahmed, qui a pris le pouvoir en 2018, de ne pas avoir tenu parole quand il a arrêté des politiciens qui sont rentrés en Éthiopie, dont M. Jawar.

Les politiciens incarcérés font l’objet d’accusations de nature terroriste. Ils se disent plutôt victimes d’une persécution politique.

Ils prétendent avoir été arrêtés pour les empêcher de participer aux prochaines élections nationales éthiopiennes, en juin. La commission électorale du pays a annoncé cette semaine que les politiciens emprisonnés ne pourront pas être candidats.

M. Tokuma dit que ses clients font la grève de la faim notamment pour dénoncer le harcèlement et l’arrestation de leurs partisans et de membres de leurs familles. Ils réclament aussi la libération de tous les prisonniers politiques.

Les grévistes refusent d’être soignés dans un hôpital gouvernemental, préférant un établissement privé.

Mardi, la Cour suprême éthiopienne a tranché qu’ils auront droit à des soins privés, tout en stipulant que cela se déroulera à l’intérieur de la prison de Kaliti, où ils sont détenus. Un autre avocat qui les représente, Tuli Bayissa, a dit que cette décision est l’équivalent d’une condamnation à mort.

Plutôt ce mois-ci, le patron de la Commission éthiopienne des droits de la personne, Daniel Bekele, a déclaré que la santé des grévistes doit être surveillée étroitement et que toutes leurs demandes raisonnables doivent être étudiées.

Le premier ministre Abiy, le lauréat du prix Nobel de la paix en 2019, a déclaré en ligne mercredi que le «rôle évident du gouvernement est d’assurer la tenue d’élections pacifiques, libres et justes».

Des membres de l’opposition éthiopienne prétendent déjà qu’on interfère avec leurs préparatifs en vue du scrutin. Ils évoquent le harcèlement, l’arrestation et même les meurtres de certains de leurs membres.

– Par The Associated Press

Laisser un commentaire