Des proches se souviennent d’une autre victime noire d’une bavure policière

COLUMBUS, Ohio — À la fin du mois de mai, Andre Hill et son colocataire Donyell Bryant ont regardé la vidéo montrant un policier maintenant son genou sur le cou de George Floyd pendant de longues minutes, l’étouffant à mort.

Et près de six mois tard, M. Bryant, presque incrédule, est assis sur le même canapé pour regarder les images d’une caméra corporelle montrant la mort de son ami, tué par balle par un policier.

Le révérend Al Sharpton prononcera l’éloge de M. Hill à l’occasion du service commémoratif public qui se déroulera mardi, a annoncé la famille du défunt, vendredi.

«Cela ne semble toujours pas réel, souligne M. Bryant. Cela semble juste un peu fou.» L’amitié entre les deux hommes était vieille de 22 ans.

L’agent de Columbus en Ohio, Adam Coy, un Blanc, a tiré sur M. Hill, le 22 décembre, lorsque celui-ci sortait d’un garage, un cellulaire à la main. Il venait de rendre visite à un ami de la famille.

Le policier répondait alors à une plainte non urgente d’un voisin au sujet de l’arrêt et du démarrage d’une voiture à l’extérieur.

«Il m’apportait de l’argent pour Noël. Il n’a rien fait », a ensuite crié une femme à l’intérieur de la maison.

Coy, qui avait déjà fait l’objet de plusieurs plaintes de citoyens, a été congédié six jours plus tard pour ne pas avoir activé sa caméra corporelle avant la confrontation et pour ne pas avoir fourni d’aide médicale à la victime.

Le procureur général de l’Ohio, le procureur fédéral du centre de l’Ohio et le FBI ont commencé leurs propres enquêtes au sujet de cette mort.

L’avocat des droits civiques Ben Crump devrait lancer mardi matin un «appel à l’action» au cours du service commémoratif, selon le communiqué de presse de la famille Hill.

Les proches de M. Hill se souviennent de lui comme un homme dévoué à sa famille, un optimiste toujours souriant et un artisan qualifié qui rêvait de posséder un jour son propre restaurant.

«Je le considère comme un homme qui avait toutes les qualités, a raconté jeudi sa fille de 27 ans, Karissa Hill. Il est difficile de dire ce qu’il a fait, car il a tout fait.»

André Hill, âgé de 47 ans, a grandi dans le quartier Eastmoor de Columbus, une zone racialement mixte du côté est de la ville. Il a obtenu son diplôme au début des années 1990 et obtenu une certification en gestion d’entreprise et en arts culinaires au Hocking College dans le sud-est de l’Ohio.

Hill  — surnommé le «Docteur» par ses amis et «Big Daddy» par ses trois petits-enfants — a travaillé dans de nombreux restaurants autour de Columbus au fil des ans en tant que chef ou gérant.

Il était un chef cuisinier qualifié qui aimait essayer tous les styles de cuisine.

«On lui demandait quelque chose, il le faisait, dit Michael Henry, 49 ans, qui a partagé un logement avec M. Hill. C’était sa passion là-bas, cuisiner.»

M. Hill a aussi travaillé chez Airnet Systems à Columbus, une société de transport qui expédiait des colis et du courrier. C’est là, qu’il a rencontré Donyell Bryant. Ils se sont liés à la suite d’une partie d’échecs. Les deux hommes se sont si bien entendus qu’ils ont finalement emménagé ensemble, témoigne M. Bryant. 

C’est d’ailleurs M. Hill qui a présenté à son ami celle qui est devenue sa petite amie.

Victor Carmichael a rencontré les deux hommes lorsqu’il a commencé à travailler chez Airnet Systems à la fin des années 1990. Il venait de s’installer à Columbus. M. Hill l’a aidé à forger des liens avec la communauté.

Son penchant pour les échecs reflétait bien sa manière d’être, selon son jeune frère Alvon Williams.

«Il avait l’esprit d’un joueur d’échecs. Il avait souvent un ou deux coups d’avance sur les autres. C’est ainsi qu’il essayait de faire dans tout ce qu’il entreprenait.»

M. Hill avait insisté pour que sa famille — sa fille, ses petits-enfants, ses deux soeurs et son frère — reste en contact après une séparation prolongée.

«C’est lui qui a pris la décision: ‘Amenez-vous ici maintenant, je prépare le souper», témoigne sa soeur Michelle Hairston.

L’année dernière, la pandémie a contraint M. Hill à renoncer temporairement à son rêve d’acquérir un restaurant. Il a commencé à travailler dans la construction et la rénovation pour aider à subvenir aux besoins de sa famille.

Le jour de sa mort, Andre Hill avait réuni sa propre équipe pour s’occuper de ses  contrats indépendants, raconte M. Bryant.

Ce mardi fatidique, il avait emprunté le camion d’un collègue qu’il avait l’intention d’acheter et l’avait garé devant la maison de son ami.

Comble de l’ironie, il portait un t-shirt «Black Lives Matter» lorsqu’il a été abattu par le policier.

– Par Farnoush Amiri et Andrew Welsh-Huggins, The Associated Press

Laisser un commentaire