Des professionnels médicaux cherchent à allier santé du patient et de l’environnement

MONTRÉAL — «Choisir avec soin» est un mouvement qui se déploie au sein de la communauté médicale pour s’attaquer à la surmédication et à la prescription d’examens médicaux inutiles ou à faible valeur ajoutée pour les patients. S’il vise d’abord leur bien-être, il a été plus récemment mis de l’avant aussi en tant que «geste pour l’environnement».

Des professionnels de la santé se questionnent de plus en plus sur l’impact de leur travail sur l’environnement.

C’est notamment le cas des membres de l’Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME) qui a récemment tenu pendant cinq jours le «Colloque international francophone Climat et Santé», organisé avec l’organisme Médecins francophones du Canada, l’Université de Montréal (département de médecine familiale) et Synergie Santé Environnement.

Le sujet de la «décroissance» y a fait l’objet de plusieurs conférences, notamment en ce qui concerne ses applications concrètes dans le réseau de la santé.

La Dre Caroline Laberge a discuté à cette occasion du concept de «choisir avec soin»: elle s’y était déjà intéressée pour le bien-être de ses patients, mais dernièrement, sa réflexion a aussi pris une dimension environnementale. 

La médecin de famille au Gmf-U Laurier (groupe de médecine de famille) à Québec a expliqué en entrevue que de faire passer de nombreux examens aux patients, comme ceux d’imagerie médicale ou de tomodensitométrie, leur cause souvent beaucoup de stress et que certains tests présentent aussi parfois des risques, ainsi que des effets secondaires. Souvent, dit-elle, «on trouve de petites anomalies» lors de ces examens, tant l’équipement médical est devenu «puissant» et décèle des taches microscopiques, qui s’avèrent souvent bénignes. Il y a aussi tous ces cas de «fausses alertes» et de «faux positifs», souligne la docteure qui est aussi présidente du Collège des médecins de famille.

«Tout cela nécessite des suivis, des biopsies, etc.» On voit souvent «une cascade d’examens thérapeutiques», le premier menant à un autre et ainsi de suite, qui peuvent être des tests «à faible valeur ajoutée pour le patient» — avec en prime des examens de contrôle périodiques, et donc de nouveaux tests.

Parmi d’autres, le Collège de médecins de famille du Canada a rédigé un document pour susciter la réflexion des omnipraticiens qui indique, entre autres exemples: «Ne prescrivez pas de radiographies pulmonaires et d’électrocardiogrammes de dépistage aux patients asymptomatiques ou à faible risque» et «Éviter de prescrire des tests de fonction thyroïdienne chez les patients asymptomatiques».

«Les éventuels inconvénients d’un tel dépistage systématique dépassent les bénéfices potentiels», lit-on dans un des exemples.

Le stress des examens médicaux et les effets secondaires: «Tout cela a un impact sur le bien-être des gens, sur leur qualité de vie», selon la Dre Laberge.

On ne peut l’ignorer, juge-t-elle, et on doit y réfléchir pour le bénéfice des patients. 

Toutefois, il est évident que des tests diagnostics et des traitements sont tout à fait nécessaires pour bien des maladies: la campagne «Choisir avec soin» ne prône évidemment pas de les éliminer.

Et la planète? 

De façon parallèle à cette réflexion centrée sur le bien-être du patient, une autre s’est développée par rapport à l’environnement. «Choisir avec soin» devient en même temps un geste de développement durable.

À chaque examen, le patient et le personnel médical doivent se déplacer à l’hôpital, ce qui crée des émissions de gaz à effet de serre (GES). Idem pour l’envoi des tests au laboratoire, la fabrication des médicaments en usine qui utilise ressources et énergie, et évidemment, tout cela génère des déchets: on peut penser à ceux issus de la médecine nucléaire et aussi à toutes ces petites plaquettes de pilules qui se retrouvent à la décharge.

Dre Laberge donne aussi en exemple le cas d’un type spécifique d’inhalateur pour l’asthme: il pollue énormément, dit-elle, et détruit la couche d’ozone. 

«Une pompe (qui peut durer un mois) est l’équivalent d’une voiture qui roule pendant près de 300 kilomètres», souligne-t-elle.

«Depuis que je l’ai appris, j’en prescris d’autres», sauf si elles sont contre-indiquées. Elle mentionne aussi le cas de ces anesthésistes qui ont découvert que parmi leurs gaz anesthésiants utilisés en salle d’opération, un était particulièrement nocif. Ils lui préfèrent désormais les autres.

Garder l’environnement en tête, c’est aussi ça, selon la docteure.

L’idée n’est pas d’offrir de moins bons soins de santé pour protéger la planète, insiste-t-elle, mais plutôt de se poser cette question: «à traitement équivalent, quel est celui qui a le moins d’impact environnemental?»

Il y a aussi l’initiative de la «prescription nature», qui a été discutée lors du colloque et qui gagne en popularité. Un patient qui a une maladie cardio-vasculaire en raison de mauvaises habitudes de vie peut se faire prescrire des médicaments, par exemple, pour diminuer sa pression artérielle. Ceux-ci peuvent avoir des effets secondaires et ne s’attaquent pas à la cause de la condition médicale qui peut être la sédentarité ou le tabagisme.

Au lieu de cela, pourquoi ne pas lui «prescrire» du temps en nature et de l’exercice physique? demande-t-elle. «Je ne le fais pas pour l’environnement, je le fais pour le patient», mais en même temps, «le coût environnemental n’existe pas si je prescris la nature». 

Toute cette réflexion pour limiter les dégâts environnementaux n’est pas un mouvement «de masse», dit la médecin de famille. Ce sont plutôt des individus qui réfléchissent à l’impact de leurs gestes dans le réseau de la santé.

Elle explique que les médecins sont formés pour soigner l’individu qui vient les consulter, pas la collectivité — sauf pour les médecins en santé publique, précise-t-elle.

Et bien que cela puisse parfois être en contradiction, santé et environnement peuvent aussi marcher main dans la main, souligne-t-elle.

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