Des prototypes québécois récompensés sur la scène internationale

MONTRÉAL — Une fusée, une voiture solaire, un bateau et une voiture de course électriques, ces quatre prototypes conçus par des étudiants en génie de Polytechnique Montréal se sont illustrés sur la scène internationale lors de récentes compétitions, se taillant une place parmi les meilleurs.

Le monoplace de Formule Polytechnique Montréal a remporté le titre de meilleure voiture de course électrique au Formula SAE du Michigan, aux États-Unis, en juin.

Habituée de se mesurer dans la catégorie des véhicules à moteur à combustion, la société technique montréalaise en était à sa première participation dans le volet électrique.

Cette transition vers une voiture sans carburant aura été un franc succès pour l’équipe. Elle a réalisé de bonnes performances dans les différentes épreuves, lui permettant de se hisser en tête du classement final devant une cinquantaine de délégations. 

Sa simplicité a été le principal atout de la voiture, selon Zakari Oulounis, chef de section en suspension de Formule Polytechnique Montréal. 

«On ne vise pas vraiment d’avoir les procédés les plus poussés, les technologies les plus récentes. Notre priorité est d’avoir une voiture qui roule. Pendant la compétition, plusieurs véhicules n’ont pas réussi à rouler», note l’étudiant au baccalauréat en génie mécanique. 

«On a opté pour un design qui nous permettrait d’avoir la voiture la plus vite possible pour s’assurer de ne pas avoir de problèmes en compétition», mentionne-t-il en entrevue, en marge d’une démonstration de la voiture devant des jeunes du camp scientifique Folie Technique, mercredi, à Montréal.

Déjà, l’équipe se penche sur la prochaine voiture, la FPM23, dont le principal objectif sera de la rendre encore plus efficace que sa prédécesseure. 

Une autre voiture, cette fois-ci solaire, a aussi décroché les honneurs lors de deux compétitions différentes aux États-Unis, en juillet. 

Le véhicule Estaban 10, qui a circulé au Québec l’an dernier, a terminé au premier rang du classement général au Formula Sun Grand Prix. 

Il a aussi pris le troisième rang lors du American Solar Challenge, une compétition d’endurance sur route, qui vise à parcourir plus de 2000 km à travers cinq États américains. Une situation imprévue pendant la première journée de compétition a empêché l’équipe du Projet Estaban d’arriver en tête, malgré un pointage final beaucoup plus élevé que ses adversaires. 

Le prototype à deux places se démarque par l’efficacité de sa consommation d’énergie. Le véhicule peut rouler jusqu’à 700 km dans une journée sans avoir besoin de s’arrêter pour recharger sa batterie. 

«Notre secret a été d’utiliser le maximum de notre énergie solaire. Les autres équipes avaient des véhicules très lourds, pas super aérodynamiques, donc elles devaient recharger dans une borne électrique, en plus de l’énergie solaire. On a dû recharger environ 30 % de la batterie pendant une soirée, tandis que les autres équipes rechargeaient leur batterie au complet tous les soirs», relate Étienne Bédard, directeur technique de Projet Esteban et finissant au baccalauréat en génie mécanique. 

Dans les airs et sur l’eau

Deux autres formations de Polytechnique Montréal se sont aussi illustrées dans les airs et sur l’eau. 

Le comité Oronos a su conserver son titre de champion de 2019 avec sa 17e fusée Atlas MK II, au Spaceport America Cup 2022, la plus grande compétition mondiale de fuséonautique, qui a regroupé plus de 150 équipes provenant d’une trentaine de pays, dans le désert du Nouveau-Mexique, en juin. 

L’équipe a gagné la première place dans la catégorie «Altitude 10 000 pieds — Moteur à propulseur liquide, hybride ou autre conçu et développé par des étudiants». Leur fusée a atteint environ 7800 pieds d’altitude. 

«Ce qui est particulier, c’est qu’on ne peut tester le lancement de notre fusée avant la compétition. C’est vraiment un moment fort en émotion de voir notre fusée décoller», mentionne Audrey Collard-Daigneault, directrice générale adjointe et étudiante à la maîtrise en génie chimique. 

La société technique Exocet a pour sa part conçu un bateau 100 % électrique de 5 mètres de long, qui a été présenté à la neuvième édition du Monaco Energy Boat Challenge, en juin. L’équipe montréalaise a été la première équipe nord-américaine à participer à cette compétition internationale. 

Le plus grand défi a été d’acheminer le bateau de l’autre côté de l’océan Atlantique, indique Mathieu Verville, directeur général d’Exocet. 

«On a dû défaire le bateau en plusieurs sous-sections pour être capable de le transporter dans plein de petites boîtes jusqu’à Monaco, et ensuite l’assembler rendu là-bas», a dit l’étudiant au baccalauréat en génie mécanique

L’équipe a obtenu deux prix pour le design et la collaboration. Cette première expérience a permis aux membres de la délégation de constater qu’ils étaient à la hauteur du niveau de compétition et de recueillir des informations pour mieux performer l’an prochain. 

Un atout à la formation

Les différentes distinctions obtenues sont le résultat d’innombrables heures de travail, certains y mettant entre 30 et 35 heures par semaine, souligne le coordonnateur des ressources techniques, Eduardo Olivera. 

Pour Pierre Baptiste, directeur des affaires académiques et de l’expérience étudiante par intérim, le succès repose aussi sur la culture des sociétés techniques à Polytechnique Montréal, qui en compte une dizaine de tous genres. 

«D’une équipe à l’équipe de l’année d’après, il y a un très bon transfert des connaissances. C’est pour ça qu’ils sont très efficaces», évoque-t-il à La Presse Canadienne. 

L’implication auprès de sociétés techniques augmente par ailleurs la qualité de la formation et permet de mettre en pratique leurs apprentissages. 

«Quand ils sortent pour aller sur le marché du travail, ils sont très recherchés par les entreprises, que ce soit dans les domaines de génie informatique, électrique ou mécanique», fait valoir M. Olivera. 

«Avoir fini un véhicule solaire, et avoir participé à une compétition et l’avoir réussie, ça montre que non seulement on est capable de concevoir quelque chose, mais aussi de le fabriquer», témoigne de son côté Étienne Bédard, du Projet Estaban. 

Cette dépêche a été rédigée avec l’aide financière des Bourses de Meta et de La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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