Des réactions mitigées au budget Girard

Un report de l’équilibre budgétaire jugé nécessaire par plusieurs. Des mesures jugées insuffisantes contre la rareté de la main-d’oeuvre. Des syndicats qui déplorent un échec à «réinvestir dans le personnel en santé». L’environnement, une simple «note de bas de page», selon Greenpeace.

Les réactions ont été mitigées, jeudi, au budget 2021-2022 du Québec, déposé par le ministre des Finances, Eric Girard.

La Ville de Montréal estime que le budget 2021-2022 du gouvernement du Québec répond aux «enjeux pressants» soulevés par la crise sanitaire causée par la COVID-19, «mais ne propose malheureusement pas de mesures phares pour contribuer à la relance verte et inclusive qu’amorce la métropole».

La Ville salue la décision du gouvernement d’offrir aux PME une baisse d’impôts, mais la mairesse Valérie Plante dit toutefois rester sur sa faim quant aux sommes consacrées à la relance de la région métropolitaine.

En matière d’habitation, Montréal rappelle que les 500 nouvelles unités annoncées pour l’ensemble du Québec sont loin d’être suffisantes pour répondre aux besoins.

La Ville se réjouit de la confirmation de nombreux projets de transport collectif dans la région métropolitaine, mais souligne qu’il faudra rapidement s’attaquer au défi de l’électrification des installations de la Société de transport de Montréal (STM).

Montréal dit accueillir très positivement la somme de 5 millions $ dédiée à l’Escouade de lutte au trafic des armes (ELTA) du SPVM. La Ville salue également l’investissement de 25 millions $ prévus sur trois ans consacré au «repositionnement du modèle policier au Québec». 

«Cela permettra de traiter de divers enjeux sociaux importants, tels que les problématiques de santé mentale, d’itinérance et de toxicomanie», selon la Ville.

La Ville accueille aussi favorablement les 65 millions $ sur cinq ans qui seront investis dans la lutte contre l’itinérance.

La présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) Sonia Ethier, déplore que le gouvernement n’investisse pas «concrètement pour ses employés et les services à la population» dans son budget 2021-2022.

«L’immobilisme du gouvernement aux tables de négociation est confirmé. Le cadre financier de la négociation n’a pas bougé d’une miette : il était à 6,2 % l’automne dernier, il est toujours à 6,2 %, six mois plus tard!», soutient Mme Ethier par communiqué.

«Il refuse d’accorder des ressources financières suffisantes pour qu’on puisse améliorer durablement les conditions de travail et les services à la population, qui sont occupés en majorité par des femmes.»

La CSQ salue le report de l’équilibre budgétaire de deux ans, mais estime que le gouvernement aurait également dû annoncer la suspension de versements au Fonds des générations. «À défaut, il convie le Québec à un retour à l’austérité et aux compressions à partir de 2023, après la prochaine échéance électorale», soutient le syndicat.

En éducation, la CSQ est soulagée de voir des «mesures supplémentaires totalisant 205 millions cette année pour limiter les retards d’apprentissage et pour soutenir le réseau scolaire». «Cependant, la Centrale considère que ces efforts auraient dû être durables dans le temps», affirme-t-on.

La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) dit accueillir favorablement le report de l’atteinte de l’équilibre budgétaire, mais est «déçue» de constater que le gouvernement poursuit ses versements aux fonds des générations. 

«Le ministre Girard aurait pu profiter de ces sommes pour proposer une relance plus ambitieuse, autant au plan économique, environnemental, social et de nos services publics» déclare le président de la FTQ, Daniel Boyer.

La FTQ se questionne sur la façon dont les montants prévus au secteur public seront investis. 

«À quand des mesures de rétention et d’attraction du personnel? À quand une amélioration des conditions d’exercices d’emploi et une meilleure rémunération des travailleuses et travailleurs? Ça doit être la priorité! Monsieur Legault, j’en profite pour vous rappeler qu’on attend toujours vos représentants à la table de négociation», ajoute M. Boyer.

L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) dit accueillir le budget 2021-2022 «avec déception, quoique sans surprise», puisqu’il ne prévoit «aucune mesure pour régler la négociation des conventions collectives dans le réseau de la santé et des services sociaux alors qu’elle stagne depuis plus de 16 mois».

« Quand il faut réinvestir dans les secteurs traditionnellement masculins ou quand il faut donner de meilleurs salaires à Investissement Québec, le gouvernement trouve toujours de l’argent. Mais quand il faut réinvestir dans le personnel qui procure les services de santé et les services sociaux, majoritairement féminin, il n’y a jamais d’argent disponible », commente Laure Letarte-Lavoie, 4e vice-présidente de l’APTS.

Le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) «dénonce vivement» les coupes de 5000 postes annoncées dans le cadre du budget 2021-2022 du Québec. 

«C’est ainsi que le ministre remercie son personnel après plus d’un an de pandémie à tenir l’État à bout de bras?», déclare Line Lamarre, présidente du SPGQ.

Le SPGQ se réjouit des investissements en culture, notamment pour permettre un meilleur accès aux jeunes. «Espérons que les musées nationaux ne seront pas une fois de plus oubliés dans l’exercice», indique la présidente du SPGQ.

Le syndicat juge «intéressante, mais insuffisante», l’injection de 104 millions $ sur les six prochaines années pour assurer la défense et la promotion du français.

La Fédération des centres de services scolaires du Québec (FCSSQ) dit se réjouir des annonces d’investissements dans le réseau de l’éducation.  

«Nous saluons notamment les investissements pour la persévérance et la réussite scolaire des élèves. La pression sur les élèves et sur le réseau a été grande depuis le début de la pandémie, nous devons tout mettre en œuvre afin de les soutenir», déclare la présidente-directrice générale de la FCSSQ, Caroline Dupré.

La FCSSQ accueille favorablement les investissements pour améliorer les services de garde en milieu scolaire et l’entretien des bâtiments scolaires.

Concernant la valorisation et à la rétention du personnel, la FCSSQ parle d’un «premier pas pour contrer la pénurie de main-d’œuvre».

Le réseau devrait avoir les moyens de mettre en œuvre des solutions durables, selon l’organisation. 

«La Fédération souhaite que les centres de services scolaires fassent partie de la réflexion sur la stratégie annoncée visant à valoriser, à attirer et à mobiliser le personnel du réseau scolaire», dit Mme Dupré.

La Fédération des cégeps dit applaudir à l’augmentation de 4,6 % des crédits budgétaires octroyés au réseau collégial, ce qui représente un total de 101,6 millions $.

«  Il y aura des investissements dans les trois cibles qui avaient été identifiées par les cégeps : la réussite éducative et l’accessibilité, la formation et la requalification des travailleurs ainsi que le soutien à la santé mentale de nos étudiantes et de nos étudiants», indique le président-directeur général de la Fédération des cégeps, Bernard Tremblay.

L’Association québécoise de la production médiatique (AQPM) se réjouit des sommes que le gouvernement du Québec consacre à la culture. L’AQPM souligne les 28,9 millions $ destinés au programme d’aide temporaire au secteur de l’audiovisuel administré par la SODEC, «qui permet de bonifier les budgets de production afin de défrayer une partie des coûts supplémentaires découlant de la mise en place des mesures sanitaires».

L’AQPM est heureuse de constater que les sommes qui avaient été annoncées dans le budget de mars 2020 ont été renouvelées pour une année supplémentaire, soit 15 millions $ pour la production télévisuelle, 20 millions $ pour le secteur cinématographique et six millions de dollars pour les productions d’animation.

L’Union des municipalités du Québec (UMQ) affirme que le budget répond aux demandes qu’elle a formulées, tout en ciblant des moyens efficaces pour stimuler l’économie à long terme. 

«Je pense entre autres aux sommes prévues pour le transport collectif, pour nos centres-villes ainsi que pour nos bâtiments municipaux», souligne la présidente de l’UMQ et mairesse de Sainte-Julie, Suzanne Roy.

Particulièrement, l’UMQ souligne que le plan budgétaire du Québec ouvre un «nouveau chapitre en matière de logement», en prévoyant 304,5 millions $ d’investissements sur cinq ans pour accroître le parc de logements sociaux et abordables. 

«Nous sommes très heureux que le gouvernement du Québec finalise enfin le rattrapage des projets en logement social qui ont été annoncés depuis 2010.»

Selon le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), «le gouvernement n’a pas compris l’urgence d’agir».

«Pour améliorer la résilience du Québec comme il le prétend, le budget aurait dû prévoir des investissements beaucoup plus ambitieux pour le logement social et annoncer un plan sur plusieurs années», affirme la porte-parole du regroupement pour le droit au logement, Véronique Laflamme.

Le FRAPRU se réjouit que le gouvernement ait prévu le financement de nouvelles unités,. Mais selon l’organisation, les «500 unités budgétées» sont «très largement insuffisantes» pour répondre rapidement aux besoins urgents des 244 120 ménages locataires qui avaient des besoins impérieux de logement lors du dernier recensement, et ce avant la pandémie et la pénurie des dernières années. 

Le FRAPRU se réjouit cependant que le budget prévoie les sommes manquantes pour compléter le financement de «tous les logements sociaux qui avaient déjà été annoncés avant l’arrivée du gouvernement Legault».

La Fédération québécoise des municipalités (FQM) souligne l’effort du gouvernement du Québec qui investit 72,4 millions $ sur trois ans pour consolider le patrimoine culturel.  

«La FQM est heureuse de constater l’écoute du gouvernement envers ses propositions. Nous avions demandé des sommes conséquentes pour aider les municipalités à protéger leur patrimoine qui représente une richesse architecturale unique et inestimable», affirme Jacques Demers, président de la FQM, maire de Sainte-Catherine-de-Hatley et préfet de la MRC de Memphrémagog.

Avec des sommes de plus de 1,3 milliard $ qui seront investies pour brancher tous les foyers du Québec à internet haut débit au cours des deux prochaines années, la FQM constate «le sérieux du gouvernement dans ce dossier».

La Coalition québécoise pour le contrôle du tabac se dit «déçue et perplexe» face à l’absence d’une hausse de la taxe sur le tabac dans le budget provincial 2021-2022 «alors que le gouvernement fait face à un gouffre déficitaire». 

«C’est le septième budget qui délaisse cette mesure de santé publique qui sauverait des milliers de vies, malgré un taux de contrebande stable (autour de 11-12%) depuis presque dix ans et le très grand recul du Québec par rapport aux taux de taxation des autres provinces», affirme la coalition.

Selon la PDG de Manufacturiers et exportateurs du Québec, Véronique Proulx, le budget ne répond pas à un important enjeu de pénurie de main-d’œuvre dans le secteur manufacturier. Il y aurait encore un manque de 18 000 travailleurs dans le secteur, selon l’organisation.

«Les mesures incitatives pour stimuler les investissements dans l’automatisation et la numérisation ne suffiront pas si nous n’avons pas assez de travailleurs. Sans travailleurs supplémentaires, le manufacturier ne pourra pas jouer pleinement son rôle dans la relance économique», affirme Mme Proulx.

La PDG déplore l’absence de hausse des taux des crédits d’impôt à la recherche et le développement.

Elle salue par ailleurs la multiplication par deux des crédits d’impôt à l’investissement et à l’innovation. 

«MEQ se réjouit de cette mesure qui aura un impact significatif sur les projets d’investissement, notamment pour accélérer l’intégration de nouvelles technologies et favoriser le virage numérique des entreprises.»

Mme Proulx voit aussi d’un bon oeil la bonification et l’élargissement du congé fiscal pour les grands projets d’investissement pour inclure les projets de transformation numériques. 

La Fédération canadienne des contribuables (FCC) critique la décision du gouvernement Legault de repousser le retour à l’équilibre budgétaire à 2027-28.

«Il n’y a rien de plus facile pour un gouvernement que de dépenser, c’est faire des choix en fonction de la capacité de payer qui prend du courage» affirme le directeur Québec de la FCC, Renaud Brossard. 

«Malgré l’orgie de dépenses annoncée par le gouvernement, les contribuables peuvent se consoler du fait que le ministre rejette les hausses de taxes et impôts», dit M. Brossard. 

«Malheureusement, ce que le gouvernement emprunte aujourd’hui devra être payé demain, donc le gouvernement doit trouver un moyen de contrôler ses dépenses», affirme M. Brossard, qui estime qu’il doit commencer «par réduire ses dépenses de rémunération».

La Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) se dit satisfaite des grandes lignes du budget 2021-2022 du gouvernement du Québec. Elle salue entre autres la baisse d’impôt prévue pour les petites et moyennes entreprises à 3,2 %, pour les premiers 500 000 $ de revenus.

Le «report exceptionnel» de l’atteinte de l’équilibre budgétaire en 2027-2028 est «compréhensible étant donné les circonstances, afin de maintenir l’aide nécessaire de la part du gouvernement pour les entreprises», affirme la FCCQ.

Tout de même, la FCCQ estime que l’aide budgétaire aux entreprises ne s’attaque pas assez vigoureusement aux enjeux de main-d’œuvre. Selon l’organisme, le gouvernement investit massivement pour retourner les chômeurs sur les bancs d’école, mais rien n’est prévu pour la formation des travailleurs déjà en emploi.

Selon Greenpeace, l’environnement est «une note de bas de page au budget». Le document laisse l’organisation «totalement sur (sa) faim».

«Après avoir présenté cet automne un plan climatique qui n’atteint que 42% de sa cible de réduction des GES pour 2030, le budget Girard ne propose rien de nouveau et démontre qu’au-delà des discours, ce gouvernement ne reconnaît pas l’urgence climatique», soutient Greenpeace.

L’organisation dit accueillir favorablement les investissements en santé et en éducation, tout en ajoutant que la protection de l’environnement reste le «talon d’achille» de ce gouvernement. 

«Si le gouvernement voulait que la relance soit juste et verte, il vient de manquer lamentablement le bateau avec ce budget.»

L’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ) salue les bonifications apportées aux programmes en habitation, «mais reste néanmoins sur sa faim étant donné l’absence de mesures en matière d’efficacité énergétique».

«Le gouvernement a choisi de ne pas stimuler les programmes d’efficacité énergétique qui ont pourtant un impact significatif auprès des Québécois et permettent au secteur de l’habitation d’apporter sa contribution aux enjeux climatiques», commente François Bernier, vice-président principal Affaires publiques à l’APCHQ.

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