Des républicains dénoncent la diatribe de Trump

WASHINGTON — Des législateurs républicains de premier plan, dont le candidat présidentiel de 2012 Mitt Romney, ont vivement réagi vendredi aux allégations sans fondement du président Donald Trump que les démocrates essaient de «voler» l’élection.

Certains de leur collègues ont adopté un ton plus modéré, mais d’autres ont demandé à la Maison-Blanche de continuer à se battre.

Le sénateur républicain Mitt Romey, qui représente l’Utah, a dit que M. Trump a le droit de demander un nouveau dépouillement et des enquêtes là où des preuves permettent de croire à des irrégularités.

Mais M. Trump a «tort de dire que l’élection était truquée, corrompue et volée», a lancé M. Romney sur Twitter. Ses allégations «endommagent la cause de la liberté, ici et à travers le monde (…) et elles enflamment de manière insouciante des passions destructrices et dangereuses».

Le sénateur Pat Toomey de la Pennsylvanie, dont l’État se retrouve en plein coeur de la guerre pour la présidence, a dit que «personne ne m’a montré la moindre preuve de corruption ou de fraude répandue» en appui aux allégations de fraude électorale réitérées jeudi par le président.

«J’ai trouvé le discours du président hier soir très troublant parce qu’il a lancé des allégations très, très graves, sans preuves pour les appuyer», a dit M. Toomey au réseau CBS.

Il a ensuite ajouté: «J’ai voté pour le président Trump. J’ai appuyé le président Trump. Je veux que le prochain président soit la personne qui aura légitimement remporté le collège électoral et je l’appuierai, peu importe qui c’est.»

M. Trump, qui dénonce le vote par correspondance depuis plusieurs semaines, a amplifié ses allégations jeudi soir, déclarant depuis la Maison-Blanche que le dépouillement est injuste et corrompu. Il n’a pas fourni de preuves ou de détails, et les responsables sur le terrain ne rapportent aucune fraude électorale répandue.

M. Toomey a déjà annoncé qu’il ne sollicitera pas un nouveau mandat en 2022.

Le leader de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConell du Kentucky, a adopté une position neutre: «Chaque vote légal devrait être compté, a-t-il dit sur Twitter. Chaque camp devrait pouvoir observer le processus.»

M. McConnell a ensuite paru irrité lors d’une conférence de presse au Kentucky, quand il a été pressé de questions pour en dire plus. «Je n’ai rien à dire de plus que ça, a-t-il dit. Ça ne changera rien combien de fois vous le demandez; j’ai déjà donné ma réponse.»

Le leader de la minorité républicaine à la Chambre de représentants, Kevin McCarthy, a choisi le ton de la confrontation, insistant erronément pour dire que M. Trump a «remporté» l’élection — même si le dépouillement se poursuit dans plusieurs États.

«Donc tous ceux qui nous écoutez, ne soyez pas passifs, ne soyez pas silencieux à ce sujet. On ne peut pas tolérer que ça arrive sous nos yeux, a-t-il dit jeudi au réseau Fox. Joignez-vous à nous et mettons un frein à tout ça.»

Cette division témoigne de l’emprise que M. Trump a toujours sur son parti, surtout après que des candidats républicains proches du président eurent été réélus au Sénat et à la Chambre.

Un des principaux alliés du président, le sénateur Lindsey Graham de la Caroline du Sud, a dit aux journalistes vendredi, lors d’une conférence téléphonique, qu’il «ne concède pas» que M. Biden va remporter la présidence, mais qu’il essaiera de collaborer avec une administration démocrate si c’est ce qui se produit.

Il avait annoncé sur les ondes du réseau Fox, jeudi, qu’il donnera 500 000 $ US au «fonds de défense juridique» du président, et il avait invité les Américains à faire des dons sur le site de la campagne Trump.

Plusieurs autres parlementaires républicains ont attaqué les commentaires du président.

Le représentant Adam Kinzinger, un républicain de l’Illinois, a estimé jeudi sur Twitter que les allégations de fraude du président «commencent à friser la démence». Si le président a des préoccupations «légitimes» concernant la fraude, elles doivent s’appuyer sur des preuves et être présentées à la justice, a dit M. Kinzinger, avant d’ajouter: «CESSEZ de propager de la désinformation discréditée».

«Il n’y a aucune défense pour les commentaires du président ce soir, qui minent notre processus démocratique, a dit le gouverneur républicain du Maryland, Larry Hogan, un détracteur du président. L’Amérique compte les votes et nous devons respecter les résultats comme nous l’avons toujours fait auparavant.»

«Aucune élection ou personne n’est plus importante que notre Démocratie», a-t-il ajouté.

D’autres politiciens y sont allés de dénonciations moins directes. Marco Rubio, un sénateur républicain de la Floride qui a récemment pris la parole lors d’un événement de la campagne Trump, a dit sur Twitter que si un candidat croit «qu’un État contrevient aux lois électorales, ils ont le droit de le contester en cour & de fournir des preuves en appui à leurs allégations».

M. Rubio avait précédemment dit: «Prendre plusieurs jours pour compter des votes exprimés légalement n’est PAS de la fraude. Et contester en cour des votes exprimés après la date butoir légale pour voter ne prive PAS les électeurs de leur droit de vote.»

Il est rare de voir des leaders républicains s’opposer à un président qui, pendant quatre ans, a exigé et habituellement reçu leur allégeance. La plupart des républicains évitent de critiquer M. Trump directement, même s’ils sont profondément en désaccord avec son comportement.

Les éruptions de M. Trump sur Twitter jeudi, quand il a notamment demandé de «CESSER LE DÉPOUILLEMENT», permettront de voir à quel point il peut encore compter sur la loyauté des républicains, alors qu’il conteste le processus électoral devant les tribunaux.

Le représentant Will Hurd, un républicain du Texas qui ne sollicitait pas de nouveau mandat, a dit que les commentaires du président au sujet de la corruption étaient «dangereux» et «erronés». Ses remarques minent le processus politique américain et «les fondations mêmes sur lesquelles ce pays a été construit», a dit M. Hurd.

L’ancien gouverneur républicain du New Jersey Chris Christie, un proche de M. Trump qui agit aussi comme analyste pour le réseau ABC News, a déclaré que les allégations du président sont sans fondement. Il a estimé que son attaque contre l’intégrité de l’élection est une «mauvaise décision stratégique» et une «mauvaise décision politique; ce n’est pas le genre de décision qu’on s’attendrait à voir quelqu’un qui occupe son poste prendre».

La famille Trump, qui ne se gêne jamais pour prendre la défense du patriarche, s’est demandée où étaient soudainement passés ses alliés républicains. «Où sont les républicains! Ayez une colonne vertébrale. Combattez cette fraude. Nos électeurs ne vous oublieront jamais si vous faites les moutons!», a prévenu Eric Trump, le fils du président, sur Twitter.

Des gouverneurs républicains ont répondu à l’appel. Ron Santis, de la Floride, a demandé au président de se «battre, épuisez toutes les options». Au Dakota du Sud, Kristi Noem a estimé que le président combat «un système électoral truqué».

Le sénateur Rob Portman, un républicain de l’Ohio, a rappelé que ce sont les États, et non le gouvernement fédéral, qui sont responsables des élections.

«On devrait respecter ce processus et voir à ce que tous les bulletins exprimés en respect avec les lois des États soient comptés, a-t-il dit par voie de communiqué. C’est aussi simple que ça.»

Laisser un commentaire