Charbon: les conservateurs ne veulent pas débattre de la protection des Rocheuses

EDMONTON — Le gouvernement de Jason Kenney a rejeté une demande de débat spécial à l’Assemblée législative de l’Alberta sur un projet de loi de l’opposition qui vise à protéger les montagnes Rocheuses contre des mines de charbon.

Le refus des députés du Parti conservateur uni d’accorder unanimement le consentement pour le débat signifie probablement que le projet de loi n’ira pas plus loin et mourra au Feuilleton.

«Des gens de tous les horizons et de toutes sortes d’opinions politiques veulent voir ce projet de loi débattu», a déclaré la chef du NPD Rachel Notley dans un communiqué.

«L’action du gouvernement Kenney aujourd’hui est une trahison envers ces Albertains.»

Rachel Notley avait demandé à la législature d’inscrire le projet de loi à l’ordre du jour pour être débattu lundi soir.

Elle a indiqué que le débat était nécessaire parce que le forage et la construction de routes se poursuivent sur le versant est des montagnes, alors même que le gouvernement conservateur uni dit qu’il recueille les commentaires du public concernant les mines de charbon.

«Le fait est que c’est urgent», a déclaré Rachel Notley à la législature. «Nous voulons offrir un forum pour que cette discussion ait lieu dans cette assemblée».

Le projet de loi appelle à l’annulation des baux qui ont été émis après que le gouvernement eut abandonné en mai dernier une politique qui protège une vaste bande de sommets et de contreforts dans les pentes orientales des Rocheuses.

Le projet de loi empêcherait également l’organisme de réglementation de l’énergie de la province de délivrer des permis de développement. Les mines à ciel ouvert seraient interdites en permanence dans les zones les plus sensibles et les mines ailleurs ne pourraient pas être approuvées tant qu’un plan d’aménagement du territoire n’aurait pas été élaboré.

Une trentaine de scientifiques de l’Université de l’Alberta exhortent le gouvernement provincial à revoir ses plans d’expansion de l’exploitation du charbon dans les Rocheuses.

Les 35 chercheurs, tous du département de biologie de l’université, estiment qu’il n’y a aucun moyen fiable d’empêcher les contaminants des mines de charbon de s’infiltrer dans les eaux souterraines. Ils soutiennent que les ruisseaux et les rivières qui coulent des pentes orientales des Rocheuses sont déjà sous le stress du développement industriel et qu’une grande partie de l’Alberta dépend de cette eau.

«Beaucoup d’Albertains se sentent actuellement assez découragés en ce qui concerne les outils dont nous disposons pour ralentir la destruction massive qui nous est infligée», a indiqué l’instigatrice de la lettre,  la biologiste Shelagh Campbell.

«Le projet de loi permettrait au moins de dévoiler ces problèmes au grand jour», a-t-elle déclaré.

Les scientifiques veulent que le gouvernement conservateur de Jason Kenney accepte de débattre à l’Assemblée législative du projet de loi des néo-démocrates qui protégerait les célèbres montagnes.

L’expansion des mines de charbon à ciel ouvert dans les Rocheuses est controversée depuis que le gouvernement Kenney a annoncé au printemps dernier qu’il révoquait la protection environnementale de ce territoire pittoresque.

Cette protection a depuis été rétablie, mais le forage et la construction de routes en vertu des baux vendus entre-temps sont toujours en cours. Les consultations gouvernementales sur les mines de charbon ont été largement critiquées pour leur cadre trop restreint.

Le gouvernement provincial n’a initialement recueilli aucune opinion du public avant de supprimer les mesures qui protégeaient les montagnes, mais il a par la suite publié un sondage en ligne et nommé un groupe d’experts pour entendre les commentaires de la population.

Cette démarche s’est terminée lundi.

«Le Comité des politiques du charbon examine et analyse actuellement les résultats du sondage et fournira une mise à jour dans un proche avenir», a déclaré la porte-parole d’Alberta Energy, Jennifer Henshaw. «Les résultats serviront également de feuille de route pour les prochaines étapes du processus d’engagement dans la politique du charbon.»

Le comité a été largement critiqué après que son mandat ait clairement indiqué que ses cinq membres ne seraient pas autorisés à entendre des préoccupations au sujet de l’eau ou de l’utilisation des terres – deux enjeux qui soulèvent de nombreuses préoccupations dans la population. 

La ministre de l’Énergie, Sonya Savage, a déclaré que les professeurs d’université qui ont signé la lettre devraient envisager de faire valoir leurs arguments devant le comité.

«Nous les encouragerions vivement à participer aux consultations sur la politique du charbon qui sont en cours», a-t-elle déclaré dans un courriel.

Shelagh Campbell a déclaré qu’elle n’avait encore reçu aucune réponse précise à la lettre. Elle a déclaré que les enjeux de l’extraction du charbon étaient trop importants pour être pris à la légère.

«Quand ils nous disent que nous pouvons garder ceci ou cela hors de l’eau et le rendre sûr, ce n’est pas vrai. Ils ne le savent pas.»

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