Des sénateurs se demandent si tous les diplomates doivent absolument parler français

OTTAWA — Un comité sénatorial se demande si la connaissance du français ne devrait pas être une exigence moins importante dans le processus d’embauche des diplomates qui représentent le Canada à l’étranger, au moment où Ottawa oriente sa politique étrangère vers la région indopacifique.

Cet enjeu a été soulevé lors des audiences du comité sénatorial permanent des Affaires étrangères, qui tente actuellement de déterminer si Affaires mondiales Canada est en mesure de mener à bien les objectifs du pays en matière de politique étrangère.

Le sénateur de la Colombie-Britannique Yuen Pao Woo a souligné que de nombreuses personnes qualifiées connaissent très bien les langues et la culture asiatiques, mais qu’elles se retrouvent coincées puisqu’elles ne maîtrisent pas le français.

«Je me demande s’il ne serait pas possible de classer les compétences de certains Canadiens», a-t-il proposé, afin de «contrebalancer certaines moins bonnes notes pour les lacunes en français».

Lors d’une réunion tenue le 3 novembre, M. Woo a soutenu que les diplomates devraient toujours avoir à apprendre le français, mais que cette compétence pourrait être jugée moins importante pour les diplomates que pour d’autres employés du secteur public.

«Je peux comprendre qu’on ne pourrait pas le faire dans d’autres ministères, où le travail ne se fait pas autant à l’international, a-t-il reconnu. Mais pour Affaires mondiales Canada, où l’ouverture vers l’international est la raison d’être du ministère, on pourrait penser que d’autres attributs seraient mieux notés.»

Le ministre ouvre la porte

Questionné à ce sujet, le ministre du Développement international, Harjit Sajjan, s’est montré ouvert à l’idée d’engager des diplomates anglophones et de leur faire apprendre le français plus tard.

«C’est ma faute si je ne suis pas capable de parler français, et je peux trouver toutes les excuses, mais il y a des défis», a dit le ministre qui est député en Colombie-Britannique.

«Mais quand vous êtes dans le système, vous pouvez commencer à l’apprendre, parce que vous baignez dans cet environnement. Depuis que je suis à Ottawa, ça peut ne pas paraître comme ça, mais mon français s’est beaucoup amélioré — et ce n’est pas un très bon point de référence compte tenu d’où je commençais.»

La connaissance des deux langues officielles est requise pour certains postes diplomatiques, mais pas tous.

En juin, le directeur des ressources humaines d’Affaires mondiales Canada a souligné devant le comité que le recrutement est parfois difficile en raison des longs processus de sécurité et des tests de maîtrise des deux langues officielles.

Question épineuse

Le niveau de maîtrise du français dans la fonction publique est un sujet délicat depuis quelques années, surtout en ce qui concerne les services à l’étranger.

Des documents obtenus en 2020 par Le Devoir révélaient que les francophones étaient pratiquement absents des postes clés au sein de la diplomatie canadienne.

Alors que les francophones représentaient 42 % de tous les employés d’Affaires mondiales Canada, ils ne représentaient que 18 % des hauts cadres.

En avril, le diplomate Pierre Guimond, aujourd’hui expert en résidence à l’Université Laval, a mentionné aux sénateurs que ces chiffres étaient le résultat d’une «certaine apparence d’indifférence ou de confort mal placé» chez Affaires mondiales Canada.

«La réputation qui est faite au ministère, à qui l’on reproche d’avoir peu d’intérêt dans le fonctionnement d’un ministère bilingue, est une source de préoccupations pour ses employés actuels et passés, et même pour certains candidats québécois qui souhaitent rejoindre le service extérieur», a souligné M. Guimond.

«Dans mes postes à l’étranger, nombreux étaient mes vis-à-vis diplomates qui ne comprenaient pas pourquoi nos diplomates canadiens n’étaient pas tous bilingues avant de maîtriser une troisième, voire une quatrième langue», a-t-il ajouté.

Affaires mondiales Canada mène cet automne une consultation sur «l’épanouissement des minorités francophones et anglophones du Canada et sur l’usage du français et de l’anglais dans la conduite des affaires extérieures du Canada».

Par ailleurs, certains groupes autochtones ont aussi demandé à Ottawa d’étendre la prime salariale qu’il offre aux fonctionnaires qui parlent couramment l’anglais et le français afin d’inclure ceux qui parlent une langue autochtone.

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