Du beau… et du moins beau dans les CHSLD, selon des soldats

Des militaires basés à Valcartier sont allés prêter main-forte au CHSLD Vigi de Mont-Royal, l’un des plus touchés au Québec. Depuis un mois, ils en ont vu de toutes les couleurs. Mais la situation semble sur le point de s’améliorer. 

MONTRÉAL — Le beau et le moins beau. Des soldats de l’armée canadienne qui travaillent dans un CHSLD de Montréal depuis trois semaines ont vu bien des choses: la saleté, la douleur et les sacs mortuaires, mais aussi la joie et l’apaisement sur les visages des aînés qu’ils sont venus aider.

La Presse canadienne les a rencontrés lundi après-midi, deux jours avant que l’armée ne dépose son rapport sur les CHSLD québécois. Si ce rapport résume les difficultés rencontrées sur le terrain, les soldats, eux, ont offert un témoignage de ce qu’ils ont vu — de leurs propres yeux.

Les militaires ont franchi les portes du CHSLD Vigi Mont Royal, l’un de ceux considérés comme les plus contaminés au Québec, le 1er mai dernier : ce jour-là, le bilan indiquait 196 résidants atteints de la COVID-19.

Certains d’entre eux affichaient au début mai une certaine appréhension sur ce qu’ils allaient trouver à l’intérieur. D’autres étaient tout à fait confiants : on est bien formés et on sait quoi faire, disaient-ils alors lorsque La Presse canadienne les a rencontrés une première fois.

Finalement, ce qu’ils ont vu au début du mois de mai n’était pas le chaos.

« On s’attendait à une situation plus difficile que ce qu’on a vu. On s’attendait à ce qu’ils (les résidants) soient plus mal en point que ce qu’on nous avait dit », a confié le caporal Nicholas Gagnon, rencontré lundi devant les tentes vertes de l’armée montées dans le stationnement du CHSLD.

Visiblement, il manquait de personnel sur les étages, a-t-il dit. Beaucoup de patients étaient alités. « On a vu tout de suite que des gens avaient des besoins. »

« Ça a été dur de voir ça. On ne se cachera pas les choses », a dit le grand gaillard, en tenue de combat, qui est technicien médical au sein de la 5e ambulance de campagne dans l’armée.

De voir des gens qui ont des besoins de base qui ne sont pas comblés, «c’est quelque chose qui frappe l’imaginaire».

« On s’est tout de suite mis à la tâche », a-t-il dit. Ce qui signifie donner des verres d’eau, brosser des dents, changer des couches, a-t-il expliqué.

Il est particulièrement fier d’avoir pu, avec les soldats, les soldates et le personnel du CHSLD, rassembler certains résidants dans une salle commune pour qu’ils puissent manger ensemble.

Dès son quatrième jour dans le CHSLD, «rapidement, on a vu le résultat sur leur moral».

Cela a été rendu possible parce qu’il y avait soudainement plus de bras pour déplacer les résidants, les aider à marcher ou pousser leurs fauteuils roulants.

Et aussi désinfecter la salle.

C’était l’une des responsabilités des équipes de l’armée de jour.

Si le personnel médical formé de l’armée (techniciens médicaux et infirmières) pouvait donner des soins aux résidants, les soldats et soldates ont beaucoup fait de travail de nettoyage.

De cette façon, les préposées et les infirmières pouvaient se concentrer à donner des soins aux aînés, « leur priorité », a expliqué le caporal-chef Jean-Philippe Ménard. « Car ils étaient débordés .»

« C’était très malpropre. Les vidanges, les sacs de vêtements, tout était plein, ça s’accumulait. »

Inimaginable, a-t-il dit. « Moi je ne serais pas capable de vivre là-dedans. »

« On a clairé les poubelles », a dit le militaire, qui opère normalement les canons des tanks, et lavé des planchers, désinfecté des chambres et des salles, instauré des zones vertes pour le personnel.

Mais fin mai, cela allait vraiment mieux au CHSLD, ont-ils dit : les employés qui étaient absents, car malades, sont tous en train de revenir au boulot.

C’est le 12e régiment blindé du Canada, basé à Valcartier, près de Québec, qui est responsable de la logistique au CHSLD Vigi de Mont-Royal. Des réservistes font aussi partie des soldats qui se sont portés volontaires pour aider, comme des membres des Voltigeurs de Québec, un régiment d’infanterie.

Le caporal Gagnon souligne que leur travail a été grandement facilité par le personnel du CHSLD et par celui de l’Institut de cardiologie de Montréal, aussi venu en renfort.

Mercredi, l’armée rapportait que 39 militaires venus aider dans des résidences pour aînés ont été infectés par la COVID-19, dont 24 au Québec.

Mais aucun d’entre eux ne l’ont été au CHSLD Vigi Mont Royal, disent les soldats.

Et même en sachant que des collègues ont été infectés, ils ne craignent pas pour eux-mêmes: l’armée leur a fourni l’équipement nécessaire et leur a montré comment bien se protéger.

Et la mort?

Les soldats interrogés n’ont pas été témoins de décès.

« Les gens mourraient surtout la nuit », a dit le caporal-chef Jean-Philippe Ménard qui a vu des sacs mortuaires « partir ».

Le caporal Gagnon dit avoir vécu « les décès indirectement » : « quand on rentrait sur notre quart de travail, on voyait que des gens n’étaient plus là ».

« C’était triste. On pensait aux familles, a-t-il confié. Mais on vivait aussi ça avec le sentiment du devoir accompli. » Il gardera avec lui la fierté d’avoir levé la main pour aider dès le début, et tout un bagage d’expérience médicale.

Et puis, sa formation médicale lui a permis de rester concentré sur les tâches à accomplir. « On pouvait se recueillir un peu à l’intérieur de nous-mêmes, mais le devoir continue et on devait aller donner des soins aux autres. »

Les résidants étaient surpris de voir de nouveaux visages. Certains étaient surpris, mais pas inquiets. Ils montraient de la joie et de l’apaisement, rapporte le caporal.

« On a vu beaucoup de sourires », a résumé le soldat Louis Émond des Voltigeurs de Québec.

Si la situation sortait tout de même de l’ordinaire pour le fantassin, il n’a pas hésité : « on va aider dans les autres pays, alors pourquoi pas ici ? »

Pour lui, le déploiement de l’armée a démontré à quel point les soldats se sont entraidés et ont bien travaillé ensemble. Quelque chose qui augure bien pour leur prochaine mission, estime-t-il.

Le caporal Ménard a rapporté avoir entendu des gens crier de douleur : « J’ai trouvé ça dur ».

Mais il dit qu’il va se souvenir de cette expérience toute sa vie. « Pour les liens créés avec les résidants, les gens rencontrés », a-t-il précisé.

Il parle de Joyce, au troisième étage.

Une dame qui aime faire tout par elle-même, mais qui ne peut plus toujours.

« J’ai lavé sa chambre. Elle en pleurait. Ça, c’est venu me chercher. »

Et puis Nassim au deuxième étage. « Toujours de bonne humeur et qui aimait faire la jasette. »

« Peut-être qu’un jour je vais pouvoir revenir les voir. Leur dire un petit bonjour », a-t-il dit les yeux souriants.

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Du beau… et du moins beau dans les CHSLD, selon des soldats
Bravo et merci à tous ces p’tits gars!

Touchants témoignages. Édifiantes approches. Chouettes comportements et réflexions.

Ils/elles ont même… parlé avec eux/elles… (re: « jasette »).
Ont remarqué des… sourires reconnaissants 🙂
Et constaté surprise de voir de nouveaux…
visages.
?
Quoi : on pouvait voir leurs visages ?… 😉

La Merveille Masquée.

Voilà comment considère-t-on aujourd’hui pouvoir réduire-prévenir
le pire: en voilant visage.
Geste aussi en demande en ce moment que l’aura été l’an dernier
celui de dévoiler son chef face aux enfants d’école.

Agissez maintenant, pensez plus tard ou, mieux, ne pensez point !

Érigez des monstres, à fin de pouvoir remiser, parquer en empilade
des « aîné.e.s ».
Ainsi, advenant grands maux, même proches, ne pourrez-vous plus
approcher ces remisé.e.s parqué.e.s empilé.e.s tassé.e.s les un.e.s
par-dessus les autres.

Ah, en temps « normal », n’est-on pas moins entassé.e.s en métro…
indépendamment d’âge
illustrant ainsi l’appréhension moderne de ce que doit être l’humaine
vie aujourd’hui : tout paqueté, pressé.

Maison d’aîné.e.s douze personnes, mieux? Peut-être en campagne
mais à Montréal? Où trouvera-t-on espace pour semblable ambition?

Là encore, l’in medio stat virtus devrait prévaloir. C’est-à-dire, songer
plutôt à des bâtiments pouvant accueillir une trentaine d’intéressées
ou légèrement plus, en même temps que configurés de manière à ce
que jamais plus ne doive-t-on barrer l’accès d’aînées aux ressources
premières que représentent pour elles et eux leurs proches aidantes
ou autres proches, sachant que
« de tous les soins, c’est l’amour des proches qui apaise le plus » !…

Que donné-ce, en effet, d’a l l o n g e r, indéfiniment, le temps de ‘vie’
si c’est pour en extraire le meilleur ou plus important de la vie, l’amour
des siens?
Que donné-ce de retarder seulement la mort du corps si c’est pour en
provoquer une, pire, interminablement insupportable d’âme, de coeur?
N’équivaut-ce pas, cela, à enterrer vivant?

Et que donné-ce, également, qu’ajouté-ce, supposément pour mieux
les « protéger »,
de dérober l’expression de son visage à des aîné.e.s ne comprenant
(quasi) plus rien ainsi parce que ne pouvant plus lire sur les lèvres et
en raison de voix plus étouffée, en sus de ne plus voir ce qu’il peut y
avoir de plus précieux, outre ses plus proches aimé.e.s, rendues en
‘captivité’, soit certains sourires de leurs soignant.e.s?
Encore une fois, oui, peut-être ainsi «sauvé»-ce une vie, temporaire
ment
mais ‘quelle’ « ‘vie’ » !…

Époque de remises, quoi. On remise les vieux et leur mort est remise
à plus tard… Au moyen de médications, chirurgies et traitements de
toutes sortes les ‘p r o l o n g e a n t’, sans pour autant les ‘bonifier’
Si bien qu’ainsi, en ce qui les touche, la « distanciation sociale »
est là depuis belle lurette. On les met et tient loin, et reporte +
loin aussi l’avènement de leur fin dernière. En attendant…
s’éloigne-t-on davantage encore, voire se coupe-t-on +
encore d’elles et d’eux au moyen de cette Merveille
Masquée
trouvaille du siècle en fait d’accroissement subtil
du barrage ou barriérage de l’autre à soi et de
soi à l’autre, et ce même lorsque l’autre est
presque autre soi-même, lorsque proche
parent.

Il n’y a pas qu’à deux – mètres que c’est mieux; à deux, c’est mieux aussi pour… parler, échanger, partager.
Le vieillisolement de personnes âgées ayant été le pire fléau les ayant affectées ces dernières décennies, d’y avoir ajouté d’autres « absences », telles l’enfermement-‘séquestration’, la distanciation physique et, là, maintenant, croissamment, ‘la Merveille Masquée’…; aura fait en sorte de porter à son comble leur exclusion du monde (ou) de la vie.

Il ne peut y avoir respect (d’égalité) de dignité des gens que moyennant prise en compte de leur différence ou éventuelle ‘particularité’. Cela vaut eu égard au féminin par rapport au masculin ou ‘autre’; comme cela vaut eu égard aux aîné.e.s, notamment ceux/celles en état de plus grande vulnérabilité, mais aussi par rapport à ceux-celles dont la condition ne s’avère pas moins bonne que celle de plus jeunes…

Bon. Arrive, donc, cette ‘Merveille Masquée’. Au moyen de laquelle, certes, sans doute, en protège-t-on d’autres; mais à cause de laquelle aussi certain.e.s n’y comprennent plus rien, parce que ne voyant plus. Lorsque ta compréhension de dits oraux repose à 60% ou plus sur une lecture sur les lèvres, et qu’il n’y en a plus de lèvres (exhibées); que, de surcroît, le couvre-visage rend la voix plus ‘étouffée’, plus difficilement compréhensible, donc; que « reste-t-il » à (y) comprendre ? Et ce n’est pas tout…

Y a-t-il aussi de l’expressif non verbal perdu. Voilé aussi. À commencer par le sourire, qui, lui non plus, n’y est plus. Ne se voit plus en tout cas.

De telle sorte qu’il y a, oui, à se demander, sérieusement, (qu’)est-ce qu’on y ‘gagne’ ? A fortiori, sachant que, rendu.e à cet âge, pour la plupart, l’émotionnel domine de plus en plus, à mesure que le cognitif décroît relativement. Si bien que…

LA Question se pose de savoir si on ‘apporte’, si on ‘donne’, plus qu’on enlève, plus qu’on retire, aux personnes qu’on dit vouloir aider, ainsi, pour censément préserver leur vie ou celle d’autres gens; en les séparant du monde, y compris de leurs plus proches, en les emmurant, et, enfin, en ‘dérobant’ à leurs regards ce qu’elles auraient le plus besoin de voir – des visages (animés, aimés, aimants ou bienveillants)…

Pas sûr que ça ‘balance’, i.e. plus positivement que négativement, tout considéré.

P. S. Aujourd’hui, j’ai écrit au PM pour lui demander de moyenner, en laissant la moitié
de son ‘armée’ en fonction dans les CHSLD/Q :
« L’art, ça soigne l’âme », lâchait aujourd’hui un éminent directeur national de Santé publique ?

Eh bien, l’« art mée », elle, en ce moment, soigne des personnes ne l’ayant résolument pas été
convenablement jusqu’à son arrivée.

Si bien que ce n’est pas parce qu’on paie, nous aussi, pour l’armée — (assez ‘bête’, ça ?!) — qu’il
siérait de laisser encore, disons, la moitié des effectifs actuellement présents sur place, mais
bien parce que les personnes au secours desquelles y viennent des militaires s’avèrent déjà
assez éprouvées comme ça et que ce n’est aucunement de leur faute, si ça va aussi mal là.

N’y a-t-il pas (eu) bien assez, en effet, du vieillisolement chronique extrême en lequel devaient
déjà vivre antérieurement ces pauvres personnes âgées assorti de manque de soins adéquats
qu’on y ajouterait, en en enlevant encore?
On voit bien que ç’a aucun sens. Assez
c’est assez. « Fini, les folies », disait-il