Des survivants de pensionnats autochtones se disent exclus de «leur» cérémonie

OTTAWA — Des survivants de pensionnats fédéraux pour Autochtones se sont plaints d’avoir été ni plus ni moins exclus, lundi, d’un événement marquant le dixième anniversaire des excuses qui leur avaient été présentées par le gouvernement du Canada à la Chambre des communes en 2008.

Carolyn Bennett, ministre des Relations Couronne-Autochtones et des Affaires du Nord, a prononcé lundi un discours au Musée canadien de l’histoire, à l’occasion du 10e anniversaire des excuses officielles présentées par le gouvernement conservateur de Stephen Harper. Mais la ministre Bennett a rapidement été éclipsée par des survivants qui ressentent le besoin impérieux de partager leur douloureuse expérience.

Peter Sackaney et sa soeur Vivian Timmins sont montés sur scène juste avant que des anciens ne prononcent la prière de clôture de l’événement officiel.

M. Sackaney a rappelé qu’à l’époque, au pensionnat, on lui avait justement interdit de parler — un souvenir qui lui est revenu en écoutant le discours de Mme Bennett. «Je me suis dit: « Non, non, non, il faut que je me lève et que je dise quelque chose, parce que je ne suis plus ce petit garçon, je suis un homme maintenant »», a-t-il expliqué.

L’événement, organisé par la Fondation autochtone de l’espoir mais financé par le cabinet de la ministre Bennett, comprenait une cérémonie traditionnelle de guérison, les discours de Mme Bennett et d’autres responsables, ainsi que le dévoilement d’une nouvelle exposition au Musée de l’histoire qui rend hommage aux survivants.

Pendant la cérémonie de guérison, M. Sackaney avait envie de dire: «J’ai faim» — une phrase simple qu’on lui avait interdit de prononcer à l’école. «Ils m’ont affamé», a-t-il rappelé. Selon lui, ces cérémonies devraient toujours placer à l’avant-plan des survivants de pensionnats, «pour que les gens voient qu’ils existent vraiment».

«Où sont les survivants?»

Sa soeur Vivian Timmins a critiqué l’événement lui-même, dont elle n’a appris la tenue que vendredi dernier. Selon elle, les survivants se sentiront probablement encore exclus d’autres cérémonies officielles comme celle-ci. «Pourquoi on ne l’a pas planifié plus tôt? Pourquoi n’étions-nous pas au courant de tout cela? Où sont tous les survivants?», s’est-elle demandée lundi.

Un porte-parole de Mme Bennett a expliqué que son cabinet n’était pas responsable de l’organisation proprement dite de l’événement au Musée canadien de l’histoire. Pour ce qui concerne un deuxième événement, qui a eu lieu lundi dans le foyer de la Chambre des communes, le ministère avait communiqué avec les organismes partenaires il y a environ deux mois, a indiqué James Fitz-Morris. Par contre, il a admis que l’horaire avait dû être modifié à la fin de la semaine dernière parce que les cérémonies coïncidaient avec une période de votes des députés aux Communes.

Mme Timmins a raconté avec émotion son expérience dans les pensionnats — elle a notamment été obligée de manger ses propres vomissures. Les pensionnaires, elle comprise, ont subi des violences physiques, émotionnelles, spirituelles et culturelles, a-t-elle dit, qualifiant les pensionnats de foyer de «génocide».

«Je suis l’une de ces survivantes agressées par un prêtre», a-t-elle confié. «Cela m’a gardée si calme, j’étais si calme et j’ai souffert toute seule, je ne pouvais même pas en parler à mes frères, je ne pouvais même pas en parler à ma mère. Mais maintenant, je vais en parler.»

Peter Sackaney et Vivian Timmins estiment aussi que Justin Trudeau aurait dû être présent à ces cérémonies, lundi. «Un premier ministre s’est excusé» il y a 10 ans, «ce serait à un premier ministre de le commémorer aujourd’hui».

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