Des survivants des pensionnats veulent voir des monuments dans les capitales

OTTAWA — Le gouvernement fédéral et ceux des provinces et des territoires doivent ériger des monuments dans les capitales à travers le pays en mémoire des survivants des pensionnats fédéraux pour Autochtones et de leurs proches, affirme la directrice du Centre national pour la vérité et la réconciliation (CNVR), un organisme établi au Manitoba.

Devant le Comité du patrimoine canadien à la Chambre des communes, lundi, Stephanie Scott a fait valoir que les symboles représentent un remède puissant pour apporter du réconfort aux survivants et pour ne pas perdre de vue ce qu’ils ont vécu.

«Les Canadiens doivent connaître la vérité et comprendre ce qui est arrivé si l’on veut établir réellement une réconciliation et une guérison», a-t-elle affirmé. «La commémoration et l’éducation sont cruciales pour saisir la complexe et douloureuse histoire que nous partageons en tant que Canadiens autochtones et non autochtones», a poursuivi Mme Scott.

Elle a aussi souligné l’importance de créer une journée nationale de vérité et de réconciliation, afin de reconnaître les survivants et les violations des droits de la personne qu’ils ont subies.

«Nous avons vu maintes et maintes fois ce que peut signifier l’éducation dans une voie comme celle que nous avons tous désormais empruntée pour la réconciliation avec notre passé et pour créer un avenir lumineux pour toutes les générations qui vont suivre», a déclaré Mme Scott.

Le 30 septembre est présentement la «journée du chandail orange», en référence à Phyllis Webster, qui s’était fait arracher le cadeau offert par sa grand-mère à son premier jour dans un pensionnat.

Mme Webster, qui a pris la parole à la rencontre du comité, est une survivante de troisième génération des pensionnats. Elle s’est retrouvée à l’école Saint-Joseph, connue sous le nom de «la Mission», près de Williams Lake, en Colombie-Britannique. Sa grand-mère y a passé dix ans, tout comme ses dix enfants, incluant la mère de Phyllis Webster.

Les pensionnats de génération en génération

«Lorsque j’ai eu six ans, en juillet 1973, ma grand-mère m’a amenée en ville pour acheter quelque chose pour me vêtir pour ma première journée d’école, a relaté Mme Webster. J’ai choisi un nouveau chandail orange éclatant. Il était étincelant et excitant, à l’image de ce que je ressentais à l’idée d’aller à l’école pour la première fois. Lorsque je suis arrivée à l’école, mon chandail m’a été enlevé et je ne l’ai plus jamais porté.»

Elle a souligné que son propre fils avait fréquenté le dernier pensionnat en fonction en Saskatchewan avant la cessation de ses activités en 1996. 

Mme Webster a expliqué que la «journée du chandail orange» était née lors d’un événement à Williams Lake en mai 2013 avec l’objectif de maintenir la conversation vivante après la conclusion de la Commission de vérité et réconciliation.

«Les thèmes étaient la mémoire, la guérison et la réconciliation. J’ai fait partie de l’organisation d’un événement (de vérité et de réconciliation), au cours duquel j’ai raconté mon histoire du chandail orange pour la première fois», a-t-elle relaté.

Le comité du patrimoine étudie un projet de loi du gouvernement pour faire de cette journée un événement pancanadien afin de commémorer de façon plus large l’histoire des pensionnats.

Stephen Kakfwi, survivant des pensionnats et ancien premier ministre des Territoires du Nord-Ouest, a affirmé que cette journée nationale devrait être vue comme un moment pour se souvenir et pour honorer les victimes, à l’image du jour du Souvenir.

«La réconciliation n’est pas un problème autochtone, mais canadien», a-t-il fait valoir. «Je voudrais dire que nous sommes très heureux de la suggestion du 30 septembre comme date pour une journée nationale de la vérité et de la réconciliation.»

Le mois de septembre correspond à la période où les enfants étaient «arrachés à leur famille dans leur communauté, et amenés dans les pensionnats», a-t-il souligné.

L’ancien député néo-démocrate Romeo Saganash, qui est Cri, a exhorté Ottawa et les gouvernements des provinces à instaurer un plan pour adopter entièrement et appliquer la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.

«N’oublions pas qu’il y a au moins 16 références à la déclaration des Nations unies dans les appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation», a rappelé M. Saganash.

Non seulement les lois du Canada doivent respecter la déclaration des Nations unies, mais les politiques et les pratiques doivent aussi s’y conformer, a-t-il déclaré.

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Cet article a été produit avec l’aide financière des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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