Des syndicats d’ambulanciers envisagent de se doter de moyens de pression

MONTRÉAL – Des syndicats de travailleurs du secteur préhospitalier d’urgence durcissent le ton. Ils songent à se doter de mandats de moyens de pression, parce que leur négociation est enlisée à cause d’une réforme des services ambulanciers.

Ces syndicats, affiliés à la CSN, représentent 3600 membres dans l’ensemble du Québec.

Jadis la négociation en vue du renouvellement de leur convention collective se déroulait à la fois avec les entreprises ambulancières, pour les questions normatives, et le ministère, pour les questions monétaires, puisque celui-ci verse des subventions et a donc son mot à dire.

Or, à la fin du mois d’avril, le ministère a décidé de revoir le contrat de service qui le lie aux entreprises ambulancières, de réviser leur mode de financement et d’accroître leur reddition de comptes. Par le fait même, il s’est retiré du processus de négociation, estimant que celle-ci devrait désormais relever du secteur privé.

Les syndicats affirment que depuis, leur négociation n’a pas vraiment commencé, à cause de l’incertitude qui persiste entre le ministère de la Santé et les services préhospitaliers d’urgence. Ils craignent aussi de se retrouver avec des conditions de travail distinctes d’une entreprise à l’autre et affirment que les mandats de négociation ne sont pas clairs à cause de la réforme.

Leur contrat de travail est échu depuis plus d’un an, soit depuis le 31 mars 2015.

«Là, on dénonce, mais rapidement après dénonciation, on va se pencher sur des moyens d’action, parce que ce n’est pas à nous à payer pour ça. C’est à eux à se parler et à trouver des solutions», a tonné en entrevue jeudi Dany Lacasse, vice-président de la FSSS-CSN.

Ces éventuels moyens d’action ne sont pas encore arrêtés. De toute façon, en cas de grève, les dispositions sur les services essentiels s’appliqueraient alors.

«Aller avec un mandat de grève pour avoir une table de négociation, ce serait assez particulier. Mais s’il le faut, on va se rendre là», a lancé M. Lacasse.

Du côté patronal, la Corporation des services d’ambulance du Québec, qui représente une soixantaine d’entreprises ambulancières, soit la majorité d’entre elles hors de Montréal et Laval, confirme que la situation avec le ministère de la Santé reste incertaine. Elle ne va toutefois pas jusqu’à parler de litige.

«Ils (au gouvernement) veulent revoir la forme, mais ils ne nous ont jamais contactés pour nous dire comment le tout était pour se faire. Nous, on ne peut pas décider des revenus, donc si je ne peux pas décider des revenus, je ne peux pas décider non plus des dépenses — ce qui est normal, ça relève de l’État. Il faudrait que le ministère puisse nous indiquer quelles vont être les modalités de fonctionnement», a expliqué Denis Perrault, directeur général de la corporation.

«On est prêt à prendre cette responsabilité (la négociation avec les syndicats), mais est-ce qu’on peut nous indiquer c’est quoi l’enveloppe et quelles sont les modalités de fonctionnement?» a résumé M. Perrault.

Lorsqu’il avait dévoilé sa réforme, le ministre Gaétan Barrette avait indiqué que «le repositionnement du MSSS quant aux négociations liées à la main-d’oeuvre viendra confirmer le statut d’entreprises privées des compagnies ambulancières, alors que les frais liés aux négociations seront assumés par celles-ci, comme il se doit dans le secteur privé».

Il s’était alors dit confiant que le nouveau mode de fonctionnement apportera «une meilleure gestion des dépenses de ce secteur».