Des technologies à la fois bienfaitrices et menaçantes pour les personnes aînées

MONTRÉAL — Les nouvelles technologies existent pour simplifier la vie quotidienne, répondre à des besoins, créer de nouvelles opportunités, mais elles cachent bien souvent un côté sombre. Cette dualité entre bienveillance et malveillance sera au cœur des travaux de la nouvelle titulaire de la Chaire de recherche sur la maltraitance envers les personnes aînées de l’Université de Sherbrooke, la professeure Mélanie Couture.

Si d’une part les technologies peuvent faciliter la vie de la population vieillissante en permettant d’avoir accès à divers services à distance ou en améliorant simplement l’organisation du domicile, elles donnent aussi à des personnes malveillantes des outils pour contrôler, surveiller ou frauder des gens vulnérables.

On n’a qu’à penser aux fraudes amoureuses, où une personne prétend entretenir une relation virtuelle dans le but d’exploiter financièrement une autre personne. Ou encore aux fraudes par hameçonnage, où une personne peut se faire voler ses informations personnelles, voire même son identité.

Par ailleurs, le seul fait d’avoir accès à un ordinateur ou à un téléphone intelligent n’est pas toujours simple. Dans une société où il faut posséder un téléphone intelligent pour se procurer un billet électronique afin d’assister à un spectacle ou détenir une adresse courriel pour effectuer une réservation au restaurant, la marginalisation guette les gens n’y ayant pas accès. Pour une partie de la population âgée qui mise sur des revenus de retraite fixes, le pouvoir d’achat ne fait que s’effriter.

Les axes de recherche concernant les aînés et les technologies sont nombreux et diversifiés, souligne la professeure Couture. «C’est sûr que l’on peut maltraiter des gens en utilisant de la technologie, mais on peut aussi identifier de la maltraitance à partir de la technologie, observe-t-elle. Aussi, comment bien utiliser la technologie en respectant les droits des personnes aînées? Il faut donner aux gens les moyens d’utiliser la technologie et la rendre accessible.»

L’Université de Sherbrooke contribue même à développer des technologies visant à favoriser le maintien à domicile, mais encore là, des obstacles sont à éviter. «Il y a toujours le côté vie privée et prise de décision éclairée qui entrent là-dedans. Il faut mettre des processus en place pour s’assurer que les choses sont bien faites», reconnaît la spécialiste des aspects sociaux du vieillissement.

Autre aspect de la maltraitance, l’âgisme prive parfois des personnes aînées d’outils qui pourraient leur convenir.

«En raison d’un certain stigma, parfois, on n’offre même pas la technologie disponible aux personnes aînées en présumant qu’elles ne sauront pas l’utiliser, déplore la chercheuse. Il faut mettre des structures en place pour donner accès aux technologies.»

Ce volet ouvre la porte à une tout autre voie qui est celle de l’hétérogénéité de la vieillesse. Pour Mélanie Couture, il n’y a pas qu’une personne aînée, il y en a plusieurs. «En gros, ce sont des adultes plus âgés, c’est tout», résume-t-elle.

Si la Fédération de l’âge d’or du Québec ouvre ses portes aux personnes de 50 ans et plus, le gouvernement donne accès au revenu de sécurité de la vieillesse à compter de 65 ans et certaines études ciblent l’âge moyen de 72 ans pour désigner une personne aînée.

«Il y a une évolution dans la perception, mais il y a une évolution dans la santé aussi. Dans le milieu de la recherche, on a des débats aussi. Est-ce qu’on commence nos recherches à 50-60-65 ans?», s’interroge-t-elle.

Pour la professeure Couture, l’important est surtout de ne pas associer systématiquement l’âge avancé à un état de vulnérabilité. 

Tout ce vaste champ d’études sera remué par la professeure Mélanie Couture et son équipe au cours des prochaines années. En plus d’annoncer la nomination de la nouvelle titulaire de la Chaire de recherche sur la maltraitance envers les personnes aînées, l’Université de Sherbrooke a confirmé le renouvellement du financement de 1,5 million $ du gouvernement du Québec pour la poursuite des travaux.

Il s’agit d’un troisième mandat qui s’étend jusqu’en 2027. La professeure Couture tenait d’ailleurs à rendre hommage au travail effectué par sa collègue, la professeure-chercheuse Marie Beaulieu, qui tenait les rênes de la chaire depuis ses débuts en 2010. Cette dernière devrait d’ailleurs continuer de contribuer aux recherches.

En marge de la chaire, la professeure Couture aura également le mandat de codiriger le Centre collaborateur de l’Organisation mondiale de la santé sur les communautés amies des aînés et la lutte contre la maltraitance des aînés.

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