Des tests linguistiques pour immigrants jugés déraisonnables, surtout en pandémie

OTTAWA — Les diplômés internationaux et les travailleurs essentiels admissibles à une demande de résidence permanente dans le cadre d’un nouveau programme fédéral estiment qu’il est déraisonnable de les obliger à repasser des tests de compétence linguistique — surtout en pleine pandémie.

Akshay Aman, un stagiaire en droit qui travaille actuellement comme gardien de sécurité à Toronto, affirme que les étudiants étrangers ont déjà prouvé leur maîtrise de l’anglais ou du français lorsqu’ils ont été admis dans un établissement d’enseignement au Canada et qu’ils ont obtenu leur visa d’étudiant.

Il soutient par ailleurs que les sites internet qui offrent des tests de compétence linguistique approuvés par le gouvernement pendant la pandémie se sont littéralement effondrés depuis l’annonce du nouveau programme, la semaine dernière. Des milliers de candidats auraient alors eu du mal, selon lui, à s’inscrire à un test à distance.

Toutes les places sont réservées jusqu’à la fin du mois de septembre, a-t-il déclaré, ajoutant qu’après avoir échoué à réserver un test à Toronto, il a essayé d’en trouver un en Alberta ou en Colombie-Britannique, mais tous les examens y sont également réservés.

Il a ajouté qu’il n’était pas sécuritaire d’exiger que des dizaines de milliers de gens subissent des tests de compétence linguistique en personne pendant la pandémie de COVID-19.

«Ils devraient retarder (cette exigence) ou ils peuvent l’abandonner parce que nous avons déjà nos diplômes», a-t-il fait valoir.

Le nouveau programme fédéral vise à accorder rapidement à 90 000 travailleurs essentiels ou diplômés étrangers qui sont actuellement au Canada un statut de résident permanent. Le ministère de l’Immigration commencera le 6 mai prochain à accepter jusqu’à 50 000 demandes de travailleurs de la santé et d’autres travailleurs essentiels et 40 000 demandes d’étudiants étrangers diplômés d’un établissement d’enseignement canadien.

Ce programme fédéral ne touche pas les travailleurs et les étudiants qui se trouvent actuellement au Québec, puisque la province est responsable de la sélection de ses immigrants. 

Alexander Cohen, porte-parole du ministre fédéral de l’Immigration, Marco Mendicino, a déclaré que le ministère voulait assurer aux candidats un processus équitable pour tous. Il n’a pas précisé si le ministère abandonnerait l’exigence linguistique pour ceux qui ont déjà réussi leurs tests de compétence.

«(Le programme) permettra à beaucoup plus d’étudiants internationaux de planifier leur avenir au Canada», a déclaré M. Cohen dans un communiqué.

«La taille, la portée et la rapidité de ce nouveau programme sont sans précédent.»

Morad Roohi, un étudiant de troisième année au doctorat à l’Université Queen’s, a déclaré qu’il avait essayé de réserver un test de compétence linguistique en anglais avec sa conjointe, afin qu’ils puissent demander la résidence permanente dans le cadre du nouveau programme.

Il a dit qu’ils avaient passé des jours à chercher un rendez-vous d’examen disponible, mais qu’ils n’en avaient pas trouvé.

M. Roohi a décrit le processus de demande, qui implique également de rassembler de nombreux documents, comme de faire face à un mur.

«C’est vraiment, vraiment injuste.»

Il a dit qu’ils avaient déménagé de Kingston, en Ontario, à Toronto pendant les premiers jours de la pandémie de COVID-19 lorsque sa conjointe a trouvé un emploi dans un refuge pour sans-abri de la ville.

«Elle risque sa vie tout au long de ces mois de pandémie et de confinement. Elle n’est pas chez elle une seule journée», a-t-il déclaré.

«En ce qui a trait à cette demande, vous êtes toujours bombardé par différents [facteurs de] pressions et de stress.»

M. Roohi a dit ne pas comprendre pourquoi l’on exige des étudiants internationaux qu’ils passent un test de langue générale après avoir réussi un examen académique.

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Cette dépêche a été produite avec l’aide financière des Bourses de Facebook et de La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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