Des travailleuses du sexe exigent la décriminalisation de leur métier au Canada

MONTRÉAL — Des travailleuses et des travailleurs du sexe se rassembleront devant le palais de justice de Montréal en début de soirée, vendredi, pour exiger l’abolition de la Loi sur la protection des collectivités et des personnes victimes de l’exploitation, qui criminalise certains aspects du travail du sexe au Canada.

Cette manifestation marque la fin d’une semaine d’audiences tenues devant la Cour supérieure de l’Ontario en réponse à une contestation constitutionnelle de l’Alliance canadienne pour la réforme des lois sur le travail du sexe, qui regroupe 25 groupes communautaires et organisations à travers le pays.

Le gouvernement de Stephen Harper avait instauré en 2014 de nouvelles dispositions concernant la réglementation du travail du sexe afin de se conformer à une décision de la Cour suprême du Canada, qui avait tranché que la criminalisation de la prostitution était inconstitutionnelle.

L’Alliance canadienne pour la réforme des lois sur le travail du sexe estime que ces nouvelles dispositions violent les droits des travailleuses et qu’elles les forcent à travailler de façon clandestine, ce qui les rend plus vulnérables aux violences sexuelles et les empêche de dénoncer des situations dangereuses liées à leur métier.

Le groupe communautaire Stella, qui œuvre pour améliorer les conditions de vie des travailleuses du sexe à Montréal, fait partie du regroupement des 25 organismes de l’alliance.  

Sa directrice générale, Sandra Wesley, a affirmé en entrevue téléphonique que ces lois devaient être abolies, car elles cultivent une culture de «peur extrême» à l’égard des forces policières et contribuent à la marginalisation des travailleuses du sexe.

«Ce qu’on observe, c’est que la vaste majorité des femmes n’appelleraient jamais le 911, peu importe ce qui leur arriverait, a expliqué la directrice. Dans plusieurs situations où la police a été appelée, les conséquences ont été très sévères pour les travailleuses du sexe impliquées.»

Si la contestation constitutionnelle de l’alliance vise d’abord à abroger les lois instaurées sous le gouvernement Harper, les groupes qui la composent cherchent aussi à obtenir un statut et une reconnaissance pour le métier de travailleuse du sexe.

«[Ce statut] permettrait d’abolir la surveillance policière intrusive et non consensuelle, qui est souvent source de violence dans la vie des travailleuses. […] Mais également, ça nous donnerait accès à toutes les choses qui nous sont interdites pour l’instant, comme l’accès à un compte de banque sans craindre que notre argent soit saisi, des références d’employeurs pour obtenir un logement, et la possibilité de travailler dans un endroit intérieur sans avoir peur d’être évincées», a souligné Mme Wesley.

Les démarches judiciaires restent toutefois laborieuses pour aboutir devant la Cour suprême du Canada. Melina May, militante au sein du Comité autonome du travail du sexe (CATS) et escorte indépendante depuis trois ans, a déclaré en entrevue téléphonique que la lutte contre la stigmatisation de l’industrie du sexe était loin d’être achevée. 

«On n’est qu’à la première étape, et ça va prendre plusieurs années avant de se rendre devant la Cour suprême, admet-elle. […] Mais on ne veut pas attendre que la Cour juge que c’est inconstitutionnel; on le sait déjà. Il faut que l’action se fasse maintenant.»

La militante a aussi témoigné des nombreux obstacles sociaux auxquels l’industrie du travail du sexe fait face, comme la stigmatisation du métier et les pressions de certains groupes féministes abolitionnistes.

«Ce féminisme-là, qui prétend vouloir sauver des victimes, on doit vraiment le démanteler, car il n’est pas représentatif. Oui, il y a de l’exploitation, mais des lois sont déjà en place pour lutter contre le trafic humain, et le cadre spécifique imposé au travail du sexe est plus néfaste qu’utile.»

Si la contestation constitutionnelle a été amorcée devant la Cour supérieure de l’Ontario, l’Alliance canadienne pour la réforme des lois sur le travail du sexe devra attendre sa décision avant de pouvoir présenter sa cause devant la Cour d’appel ontarienne. Ce n’est qu’après cette étape qu’elle pourra se rendre jusqu’à la Cour suprême du Canada, un processus judiciaire qui s’étalera probablement sur plusieurs années.

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