Des universitaires demandent des excuses pour l’esclavage des Noirs

Le vote unanime au Parlement canadien pour proclamer le 1er août comme le jour de l’Émancipation ne signifie rien si le gouvernement fédéral n’offre pas ses excuses pour l’esclavage, soutient l’historienne Elise Harding-Davis.

L’ancienne conservatrice du musée Freedom d’Amherstburg, en Ontario, considère que la proclamation est une forme de reconnaissance des torts causés aux Noirs du Canada par l’esclavage et ses effets secondaires. Selon elle, avoir refusé de présenter des excuses depuis plusieurs années malgré les demandes est «honteux.

«Des excuses seraient une reconnaissance de ce que nous avons été des esclaves dans ce pays, dit la Pre Harding-Davis. Cela serait une amélioration par rapport aux durs traitements que les Noirs ont subis. On reconnaîtrait que nous avons contribué honnêtement à l’histoire de ce pays et à son essor.»

Le jour de l’Émancipation salue l’abolition de l’esclavage en 1834 dans la plupart des colonies britanniques, y compris dans les territoires qui formeront plus tard le Canada. Des dizaines de milliers d’esclaves ont été amenés d’Afrique à Terre-Neuve, au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse, dans le Bas-Canada et dans le Haut-Canada.

Avant 1760, il y avait des esclaves en Nouvelle-France, mais la majorité d’entre eux étaient autochtones, selon des historiens.

La Loi sur l’abolition de l’esclavage, qui est entrée en vigueur le 1er août 1834, a libéré tous les esclaves, y compris les Autochtones. «La détermination pour libérer les Noirs a contribué à libérer tous les esclaves et c’est important», souligne la Pre Harding-Davis.

L’historienne craint qu’une majorité de Canadiens ne soient pas au courant du passé esclavagiste du pays.

«On a mis ça de côté. On l’a caché sous le tapis. Le mouvement contre le racisme en vogue depuis les dix dernières années […] a permis de constater qu’il n’existe qu’une minorité de Canadiens qui sont conscients que les Noirs ont été maltraités au Canada.»

Une professeure d’histoire à l’Université Dalhousie, en Nouvelle-Écosse, Afua Cooper, réclame des excuses officielles du gouvernement fédéral depuis 2007. Elle note que le gouvernement a présenté des excuses à divers autres groupes depuis ce temps.

«Il ne peut y avoir d’autres explications qu’une forme de racisme spécifique contre les Noirs, soutient la chercheuse principale au projet Histoire des Noirs du Canada. Les Noirs ne sont pas des citoyens à part entière. Pour le gouvernement fédéral, c’est sa façon de dire ‘tant pis’.»

Certains peuvent plaider que des excuses ne sont pas nécessaires puisque le Canada n’a été fondé qu’en 1867, plus de trois décennies après l’abolition de l’esclavage. Pour la Pre Cooper, le Canada n’est pas né spontanément.

«Bon d’accord. Pourquoi alors ne pas présenter des excuses à la communauté noire pour ce qui s’est déroulé après 1867 ?», demande-t-elle en faisant référence à la ségrégation et à une proposition au sein du gouvernement d’interdire les immigrants noirs à entrer au pays en 1911.

La dernière école ségréguée au pays — à Lincolnville, en Nouvelle-Écosse — a fermé ses portes en 1983.

Wanda Thomas Bernard, une sénatrice de la Nouvelle-Écosse, convient que le temps est venu pour le gouvernement fédéral de présenter des excuses. Toutefois, si aucune mesure n’est prise, des excuses seront  vides de sens.

«On fait quoi après?, demande-t-elle. Il y a un besoin important en éducation. Il y a un besoin important pour mieux sensibiliser le monde. Il y a un besoin pour nous de nous engager dans des actions.»

Le ministère fédéral du Logement, de la Diversité et de l’Inclusion, n’a pas commenté immédiatement.

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