Des vandales «antiféministes» effacent les femmes d’Israël

JÉRUSALEM — L’éclat vif dans l’oeil de Peggy Parnass est si brillant qu’il peut être admiré sur les murs de la vieille Jérusalem. Affichées de part et d’autre de la rue à proximité de l’hôtel de ville, les deux imposantes photographies de la survivante de l’Holocauste et militante observent les dédales menant aux monuments sacrés du christianisme, du judaïsme et de l’islam.

Mais quelqu’un n’a pas apprécié de voir ces images d’une femme à l’extérieur d’un lieu dédié à la spiritualité. Cinq fois depuis l’installation des photographies de Mme Parnass, dans le cadre d’une exposition ayant débuté en avril dernier, elles ont dû être restaurées.

Des vandales, que l’on croit être des extrémistes ultra-orthodoxes, ont couvert les yeux et la bouche de graffitis. Chaque fois, les graffitis ont été nettoyés pour redonner le sourire à l’image de Peggy Parnass.

Cependant, pour de nombreux Israéliens, ces méfaits à répétition ont l’effet d’un douloureux rappel et la douleur est d’autant plus vive que le mal vient de l’intérieur de la communauté et non pas d’ennemis d’Israël. 

«Ce n’est pas des gestes antisémites, observe le conservateur du projet d’installation artistique Lonka, Jim Hollander. Ce sont des gestes antiféministes.»

Malgré toute sa modernité en matière de puissance militaire et de haute technologie, Israël est incapable depuis des décennies à protéger l’image des femmes dans certains lieux publics. Des photos de femmes sur des panneaux publicitaires, montrant des athlètes, des musiciennes et de jeunes filles, sont continuellement défigurées ou détruites depuis 20 ans par des extrémistes religieux de Jérusalem et d’autres villes israéliennes où se trouve une grande population ultra-orthodoxe.

Même la chancelière allemande Angela Merkel a récemment été effacée d’une photographie des leaders mondiaux prise en 2015 à Paris et publiée dans un journal ultra orthodoxe.

Cette tendance est devenue particulièrement inconfortable désormais.

«Ce n’est pas Kaboul ici, c’est Jérusalem, dénonce Fleur Hassan-Nahoum mairesse adjointe de Jérusalem. Il s’agit d’une campagne concertée menée par des radicaux qui veulent effacer les femmes de l’espace public qui appartient à tout le monde.»

Les photographies de Peggy Parnass, 94 ans, vivant en Allemagne, ont été installées sur un mur extérieur du complexe de l’Hôtel de Ville de Jérusalem pour une raison bien précise.

Jim Hollander dit avoir choisi spécifiquement ces images parce qu’elles projettent la vitalité, la persévérance et la force de survivre dans un des lieux les plus représentatifs d’Israël. De cet endroit, elles peuvent être vues par des milliers de personnes chaque jour.

Ces actes de vandalisme sont attribués à un petit groupe marginal parmi les ultra-orthodoxes qui disent prôner la modestie de la femme et qui ont eu historiquement un impact disproportionné sur les politiques du pays. 

Les photos en question sont d’ailleurs affichées tout près d’une rue bordant un quartier ultra orthodoxe. L’endroit est aussi un passage fréquemment emprunté pour se rendre au site sacré du mur des Lamentations.

Les ultra-orthodoxes représentent environ 12,6 % de la population totale de 9,3 millions de personnes en Israël. Toutefois, cette communauté croît plus rapidement que d’autres sous-groupes de la population, selon les chiffres de l’Institut de la démocratie d’Israël. À Jérusalem, la majorité de la population juive serait ultra orthodoxe.

Il y a tout de même une importante différence entre la population générale, plus pragmatique, dans la communauté ultra orthodoxe et les vandales qui s’attaquent aux images de femmes, prévient l’expert Gilad Malach.

«La population générale sait que le monde extérieur fonctionne de manière différente, dit-il. Et ils savent qu’ils doivent s’y adapter dans certaines situations.»

Par ailleurs, certaines femmes de la communauté orthodoxe ont commencé à se faire entendre sur les réseaux sociaux.

«Les hommes ne sont pas aux commandes ici», plaide Kerry Bar-Cohn, une chiropraticienne et artiste qui a diffusé dans le passé des vidéos en ligne où elle chante des chansons pour enfants. Récemment, elle a voulu publier une publicité avec sa photo et sa demande a été refusée.

«C’est carrément de la discrimination», s’insurge cette épouse d’un rabbin et mère de quatre enfants. «Je me disais que j’allais les poursuivre, mais premièrement, qui a le temps de faire ça? Et deuxièmement, vous ne voulez pas être cette personne.»

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