Des vigiles organisées en mémoire des deux victimes de l’attaque à Québec

QUÉBEC — Quelques heures à peine après avoir partagé des rires avec son frère aîné François, qui avait fait de la randonnée par une belle journée ensoleillée à Québec, samedi, Marie-Jo Duchesne, installée à Paris, a appris le terrible drame qui venait de se produire. C’est un autre membre de la famille qui lui a annoncé sa mort tragique.

«La police est venue chez l’une de mes soeurs», a expliqué Mme Duchesne à La Presse Canadienne. «Nous avons beaucoup parlé et beaucoup pleuré.»

François Duchesne, âgé de 56 ans, est l’une des deux personnes tuées lors de l’attaque au sabre du soir de l’Halloween à Québec. Selon la police, l’attaque visait des personnes inconnues du suspect, au hasard de sa course. La coiffeuse Suzanne Clermont, âgée de 61 ans, a aussi été tuée dans cette série d’agressions «aléatoires», en plein coeur historique d’une capitale assez déserte à cause des mesures de santé publique. Cinq autres personnes ont été blessées, mais on ne craint pas pour leur vie.

Jointe à Paris, Mme Duchesne a décrit François comme un «frère aimant», qui était son confident et son meilleur ami, toujours là quand elle en avait besoin. Elle explique que les cinq enfants Duchesne, élevés par une «mère courageuse», étaient très soudés, même si elle vit à Paris et qu’un autre frère réside en Colombie-Britannique.

Mme Duchesne raconte que samedi, peu de temps avant le drame, elle avait participé à un appel en visioconférence avec son frère François ainsi que son fils à elle, âgé de 19 ans, qui étudie aux Pays-Bas. «(François) était très proche de ses 10 neveux et nièces», a-t-elle dit, la voix brisée par l’émotion. «Il souriait, il était heureux — c’était le frère que j’aime.»

Mme Duchesne ne connaît pas tous les détails de l’attaque, mais elle sait que François rentrait chez lui à pied dans une ville qu’il adorait. «C’est tellement une grande perte.»

Le Musée national en deuil

Le directeur de la police de Québec, Robert Pigeon, a déclaré dimanche matin que l’accusé était vêtu de vêtements «médiévaux» et avait attaqué avec un sabre japonais des victimes choisies au hasard dans la rue, à mesure de sa déambulation morbide. Il ne s’agirait pas d’un attentat terroriste, a indiqué le chef Pigeon.

La police s’est d’abord précipitée près du château Frontenac vers 22 h 30 samedi soir, puis a poursuivi un suspect dans les rues étroites du Vieux-Québec, avant de procéder à son arrestation peu avant 1 h dimanche dans le Vieux-Port. Carl Girouard, un résident de la banlieue nord de Montréal, a été accusé de deux chefs de meurtre au premier degré et de cinq chefs de tentative de meurtre. L’identité des cinq victimes blessées est protégée par une ordonnance de non-publication.

L’horreur du drame de samedi soir a aussi atteint le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ), où François Duchesne, directeur des communications et du marketing, a été décrit comme un employé très apprécié. La direction du Musée tiendra une vigile en sa mémoire mardi soir, à compter de 18 h, devant le pavillon Pierre-Lassonde, qui sera éclairé les jours prochains en vert, symbole d’espoir. Comme le drapeau du Québec qui flotte sur l’édifice de l’Assemblée nationale, le fleurdelysé situé sur le parvis du pavillon Pierre-Lassonde sera aussi mis en berne pendant trois jours.

Une vigile est également organisée devant le domicile de Suzanne Clermont à 19 h, lundi, rue des Remparts.

Jean-Luc Murray, directeur général du MNBAQ, affirme que toute l’équipe du musée a du mal à encaisser le choc de la mort tragique d’un collègue. Il parle de François Duchesne comme d’un homme lumineux, positif, perspicace — un homme de coeur très sensible aux autres. La direction du MNBAQ attribue à M. Duchesne d’avoir réussi, en un temps record, à relier le musée national à un impressionnant réseau de partenaires et de collaborateurs, contribuant à réaliser la vision d’une institution humaine et engagée.

«Il y a mille et une manières de mourir et François ne méritait pas cette fin terrible et si violente», a indiqué M. Murray lundi matin. «L’humain d’exception qu’il a été nous a marqués pour toujours.»

Marie-Jo Duchesne, elle, tente d’organiser un retour au Québec, ce qui n’est par facile actuellement en raison de la pandémie. «Le Québec est si loin en ce moment», dit-elle. 

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