Deux psychiatres jugés responsables d’avoir torturé des patients

TORONTO — Deux psychiatres ont été jugés responsables des préjudices qu’ils ont causés aux détenus d’un établissement de santé mentale à sécurité maximale, qui ont déclaré que les mauvais traitements qu’ils avaient subis constituaient de la torture.

Dans sa décision, le juge de la Cour supérieure de l’Ontario, Ed Morgan, s’est rangé du côté de 28 anciens patients de l’établissement Oak Ridge, à Penetanguishene en Ontario, dans leur poursuite contre les médecins et le gouvernement de l’Ontario.

«La dégradation du patient et l’atteinte à sa dignité personnelle et à son estime de soi n’étaient pas un effet secondaire des (…) programmes, a déclaré le juge Morgan. Elles faisaient partie de leur conception.»

L’affaire tournait autour de trois programmes mis en place par les médecins Elliott Barker et Gary Maier pour le «service de thérapie sociale» d’Oak Ridge. Le Dr Maier lui-même avait décrit les programmes comme représentant «les plus grandes expériences de psychiatrie».

De leur côté, les plaignants ont déclaré qu’ils sont devenus les victimes de «traitements inhumains et d’abus psychologiques et physiques».

Entre autres choses, le tribunal a entendu comment les hommes ont été forcés de prendre des drogues psychotropes comme du LSD, ont été contenus de force ou placés en isolement et ont été confinés nus et menottés à d’autres hommes dans la «capsule» — une minuscule pièce sans fenêtre et insonorisée où la lumière était toujours allumée et qui ne contenait qu’une toilette à la vue de tous. Ils ont été nourris avec des pailles passées à travers les murs.

Les patients étaient souvent enrôlés pour s’assurer que les autres suivent les règles, privés de sommeil ou maintenus pendant de longues périodes dans des positions douloureuses qualifiées de «torture positionnelle».

Les patients internés dans l’établissement entre 1966 et 1983 étaient pour la plupart des adolescents ou des hommes au début de la vingtaine et presque tous venaient de foyers violents et gravement dysfonctionnels. Un, cependant, avait été un jeune prodige au piano et avait joué au théâtre Royal Alexander, mais avait commencé à boire et à consommer de la drogue à l’adolescence.

Avant d’être envoyés dans l’établissement, la plupart avaient commis des crimes d’une horrible violence, allant du viol au meurtre. Un des patients était Russ Johnson, l’un des tueurs en série les plus notoires du Canada, qui avait violé et assassiné sept femmes.

Un homme, Danny Joanisse, décédé au milieu de la soixantaine après avoir témoigné l’année dernière, est arrivé dans l’établissement alors qu’il était un frêle adolescent de 14 ans. Il se souvient d’avoir passé des jours dans la «capsule», attaché à un homme reconnu coupable de meurtre et de pédophilie. Danny Joanisse, qui avait été agressé physiquement et sexuellement à l’école, avait été envoyé à Oak Ridge après plusieurs tentatives de suicide.

Le procès de près de 10 semaines, qui a généré 120 000 pages de preuves, a entendu tous les plaignants, soit directement, soit par le biais de déclarations. Le Dr Barker n’a pas pu témoigner pour des raisons de santé, mais a laissé derrière lui de nombreux écrits et notes.

Dans sa décision, le juge Morgan a conclu qu’aucun psychiatre ne s’était assuré que les patients avaient donné leur consentement éclairé et volontaire pour le traitement ou l’expérimentation. Ils n’auraient pas non plus dû autoriser d’autres patients à agir en leur nom pour s’assurer que les autres patients respectaient les consignes, a-t-il ajouté.

«Les deux médecins ont ignoré les obligations éthiques qui leur incombaient de traiter les patients d’une manière qui ne leur causait aucun préjudice supplémentaire», a écrit le juge Morgan.

Le gouvernement et les médecins ont nié tout acte répréhensible, affirmant que le traitement était conforme à la science médicale de l’époque. Les médecins ont également déclaré que les programmes représentaient la seule chance pour ces hommes d’être libérés.

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