Deux sœurs autochtones emprisonnées depuis 30 ans voient un espoir de libération

OTTAWA — Deux sœurs autochtones qui ont passé près de 30 ans en prison pour ce qu’elles disent être une condamnation pour meurtre injustifiée ont maintenant des raisons d’espérer que leur nom sera bientôt blanchi.

Le ministère de la Justice a envoyé une lettre à l’avocat représentant Odelia et Nerissa Quewezance disant qu’il peut y avoir une base raisonnable pour conclure qu’une erreur judiciaire s’est probablement produite dans cette affaire.

La lettre, du Groupe de la révision des condamnations criminelles (GRCC), indique que l’affaire passera maintenant à l’étape de l’enquête du processus de révision des condamnations.

Une fois que le groupe aura terminé son enquête, une recommandation sera faite au ministre de la Justice, David Lametti, pour examen.

Odelia avait 20 ans et Nerissa avait 18 ans lorsqu’elles ont été arrêtées pour avoir poignardé en 1993 le fermier de 70 ans Anthony Joseph Dolff, près de Kamsack, en Saskatchewan.

Leur avocat, James Lockyer, a dit que les sœurs étaient présentes lorsque M. Dolff a été tué, mais une personne qui était mineure à l’époque a confessé le meurtre et a témoigné que les sœurs n’étaient pas impliquées.

Odelia Quewezance a récemment obtenu une brève libération de prison et s’est rendue à Ottawa jeudi pour faire appel directement aux autorités judiciaires et demander la libération de Nerissa, qui reste emprisonnée en Colombie-Britannique.

Me Lockyer a déposé une demande auprès du bureau de M. Lametti en décembre pour demander un examen ministériel de l’affaire.

Il dit avoir reçu la lettre du GRCC jeudi et prévoit maintenant de déposer une demande de mise en liberté sous caution plus tard ce mois-ci ou début juillet.

«C’est un signe que les choses pourraient bien se passer pour elles, a indiqué Me Lockyer. C’est très excitant pour elles. Elles peuvent commencer à voir un possible renversement de leur condamnation à l’horizon. C’est vraiment une bonne nouvelle, et si je peux les obtenir toutes les deux sous caution, c’est encore mieux.»

Le Congrès des peuples autochtones écrit dans un communiqué qu’il est «fou de joie» d’apprendre que la justice pourrait venir pour les sœurs.

Kim Beaudin, vice-cheffe nationale du congrès, souligne qu’il est excitant qu’«après 30 ans d’une injustice colossale, les femmes fassent un pas de plus vers la liberté».

«Ce doit être le destin», dit Mme Beaudin, à propos du moment où la lettre est parvenue à Me Lockyer, le jour même où Odelia Quewezance a fait appel à Ottawa.

Me Lockyer, un avocat installé à Toronto qui a aidé à disculper David Milgaard en 1997 et à fonder l’organisation de défense Innocence Canada, a précisé qu’il avait pris le cas des sœurs en raison de la croyance de M. Milgaard en leur innocence.

Odelia a souligné que M. Milgaard, qui a passé 23 ans en prison pour un viol et un meurtre qu’il n’a pas commis en 1969, était son «plus grand partisan» et était «comme un frère, un ange» pour elle. M. Milgaard est décédé le mois dernier.

Me Lockyer a fait valoir que «les deux jeunes femmes autochtones (étaient) essentiellement à la merci de tout un groupe d’agents de la GRC pendant cinq jours sans protection» et que les déclarations qu’elles ont faites étaient «peu fiables».

«Oubliez un instant l’erreur judiciaire lors de leur procès, elles sont toujours (incarcérées), 20 ans après avoir été admissibles à la libération conditionnelle», a dit Me Lockyer en entrevue le mois dernier.

«Elles doivent pouvoir vivre le reste de leur vie en tant que personnes libres», conclut-il. 

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