Deux soeurs qui se disent victimes d’une erreur judiciaire demandent leur libération

YORKTON, Sask. — Deux sœurs de la Saskatchewan qui ont passé près de 30 ans en prison pour un meurtre qu’elles soutiennent ne pas avoir commis ont demandé mardi à un juge de les libérer sous caution pendant le réexamen de leur cause par le ministère fédéral de la Justice.

Odelia et Nerissa Quewezance avaient été reconnues coupables en 1994 du meurtre au deuxième degré d’Anthony Joseph Dolff, un fermier de 70 ans tué près de Kamsack.

La défense demande au tribunal que les sœurs obtiennent une libération conditionnelle pendant que leur cause est réexaminée par le ministère de la Justice. Ottawa, qui a amorcé l’examen du dossier l’année dernière, admet qu’il pourrait y avoir une base raisonnable pour conclure à une erreur judiciaire dans cette affaire.

Les deux sœurs, issues de la première nation saulteau de Keeseekoose, à Kamsack, ont toujours clamé leur innocence, et une autre personne, qui était mineure à l’époque, a confessé le meurtre.

Un tribunal a récemment annulé une ordonnance de non-publication, ce qui permet aux médias de relater ce qui se passe pendant l’audience de deux jours sur le cautionnement, à Yorkton.

La Couronne a interrogé mardi Odelia Quewezance sur son casier judiciaire et sur ses violations des conditions de libération conditionnelle pendant sa peine.

«Aujourd’hui, j’admets que j’ai lutté contre la dépendance, j’ai lutté contre un traumatisme intergénérationnel, a-t-elle plaidé. Aujourd’hui, je suis ici et je suis fière de moi.»

Elle a évoqué l’accès aux programmes en détention, aux traitements et aux thérapies, et elle a déclaré qu’elle s’était engagée à être une mère pour ses enfants. Elle souhaite résider dans la maison où son conjoint vit avec ses filles jumelles, en Saskatchewan.

«Ma famille, c’est ce qui me permet de continuer», a-t-elle dit.

Présentes, mais pas coupables

Odelia Quewezance avait 20 ans et sa sœur 18 lorsque les deux jeunes femmes ont été arrêtées en lien avec la mort par arme blanche du fermier en 1993. La Cour suprême du Canada avait refusé trois ans plus tard d’entendre leur cause en appel.

Leur avocat, James Lockyer, a admis que les deux femmes étaient présentes lorsque M. Dolff a été tué, mais la personne mineure qui a confessé le meurtre a témoigné que les sœurs n’étaient pas impliquées dans le crime.

Odelia, la sœur aînée, a obtenu l’année dernière une libération conditionnelle de jour, assortie de conditions strictes. Elle réside actuellement au YWCA de Regina, mais elle soutient qu’il est difficile d’y côtoyer des personnes toxicomanes.

Mais sa soeur cadette, Nerissa, n’a pas obtenu sa libération: elle est toujours détenue à l’Établissement Fraser Valley pour femmes, en Colombie-Britannique.

La Couronne l’a également interrogée sur les cas où elle n’avait pas respecté ses conditions lorsqu’elle a obtenu des libérations temporaires. Elle a admis qu’elle aussi avait lutté contre les dépendances.

Nerissa Quewezance a déclaré au tribunal que ces écarts étaient en partie liés au «traumatisme d’avoir été incarcérée pendant 30 ans». Si elle obtient sa libération conditionnelle, elle veut demeurer chez le vice-chef national du Congrès des peuples autochtones, Kim Beaudin, à Saskatoon.

Me Lockyer lui a demandé comment le fait d’avoir été incarcérée pendant toutes ces années avait affecté son comportement. «Ça affecte ma façon de penser, mes pensées, mes actions, a déclaré Nerissa Quewezance au tribunal. Je veux retrouver la liberté qui m’a été enlevée.»

Le juge a indiqué qu’il mettrait sa décision en délibéré après les audiences.

Lorsque le processus de révision des deux condamnations sera terminé, un rapport et des avis juridiques seront préparés pour le ministre fédéral de la Justice. Le ministre pourrait ensuite ordonner la tenue d’un nouveau procès ou un recours en appel. Mais s’il n’est pas convaincu qu’il y a eu erreur judiciaire, il devrait alors rejeter leur requête en révision.

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