Deuxième débat péquiste: Guy Nantel se défend en évoquant Gérald Godin

QUÉBEC — Guy Nantel a dû se justifier de poursuivre sa carrière d’humoriste au cours du second débat dans la course à la direction du Parti québécois (PQ), mardi soir, en évoquant l’exemple du poète et ancien député péquiste Gérald Godin.

À M. Nantel qui disait vouloir légiférer sur les agressions sexuelles s’il devient chef péquiste puis premier ministre, Paul St-Pierre Plamondon a répliqué avec le contenu des spectacles de l’humoriste.

«Comment vas-tu faire pour légiférer sur les agressions sexuelles tout en faisant des blagues sur des victimes alléguées d’agressions sexuelles?» a-t-il demandé. Il lui reproche de vouloir honorer ses contrats de spectacle jusqu’à la fin en plaidant que les fonctions d’élu et d’humoriste sont incompatibles.

«La fonction de politicien, c’est la probité, la raisonnabilité, l’empathie, je pense qu’il y a un mélange des genres qui pose problème», a-t-il renchéri.

«Il faut que tu comprennes que c’est un personnage qui est sur une scène, alors que Guy Nantel qui est devant toi, c’est la vraie personne», a riposté l’humoriste en ajoutant que M. St-Pierre Plamondon était pourtant allé lui demander un autographe.

«Ce n’est pas vrai, j’ai des témoins», a répliqué M. St-Pierre Plamondon en conférence de presse après le débat.

M. Nantel a qualifié l’attaque de «cheap» et de «petite politique», arguant qu’il devait honorer ses contrats, sous peine de pénalités financières.

«Gérald Godin était un poète et il a continué à être poète pendant qu’il faisait de la politique. Paul a une position plus désespérée. Il s’attaque à une valeur fondamentale pour moi, le féminisme.»

Chef sans être député

M. St-Pierre Plamondon a également déclaré dès l’allocution d’ouverture que le parti ne peut se permettre d’avoir un élu comme chef — comme le député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault.

«Bien honnêtement, je ne pense pas qu’un chef qui a une carrière d’humoriste à temps partiel ou un chef qui est souvent pris dans des commissions parlementaires puisse se consacrer à temps plein à cette mission de rebâtir nos appuis en seulement deux ans (avant les élections).»  

M. St-Pierre Plamondon dit que le parti joue actuellement sa survie et il lui faut un chef extraparlementaire qui doit être sur le terrain et qui va débattre dans les cégeps et les universités. M. St-Pierre Plamondon n’est pas un élu à l’Assemblée nationale, contrairement à M. Gaudreault.

René Lévesque

«L’idée du chef extraparlementaire, ça ne marche pas, a protesté M. Gaudreault, en conférence de presse après le débat. Même (l’ancien chef) M. (René) Lévesque avait été menacé d’être ‘putsché’  (dans les années soixante-dix avant son élection). La vraie place du chef, c’est partout, à la fois à l’Assemblée nationale et sur le terrain.»

M. St-Pierre Plamondon est resté vague sur son intention de se faire élire député dans une circonscription lors d’une complémentaire s’il est élu chef. «On verra en temps et lieu, mais j’aurais tendance à faire le plus de terrain possible.»

Ce sont parmi les rares escarmouches dans ce débat qui portait sur l’équité et la justice: les candidats, Sylvain Gaudreault, Frédéric Bastien et MM. Nantel et St-Pierre-Plamondon étaient le plus souvent d’accord tout en proposant des mesures différentes.

Tous les aspirants chefs ont d’ailleurs dénoncé unanimement les empiètements du gouvernement fédéral dans les champs de compétence du Québec. M. Nantel a été virulent: «Le seul objectif du fédéral, c’est d’éliminer tout ce qui se rapporte à la nation française au pays.»

Tous les candidats ont surenchéri sur les mesures sociales-démocrates de partage des richesses qui camperaient le PQ résolument à gauche. M. Nantel a évoqué de nouveaux paliers d’imposition pour les plus riches, une taxe sur les successions et une taxe sur le capital des institutions financières. De même, M. Gaudreault a proposé la taxation des fortunes familiales et des fortunes immobilières.

Cimenterie

Étonnamment, M. Nantel a vertement condamné l’investissement de l’État dans la controversée cimenterie McInnis en Gaspésie. Or, c’est le gouvernement péquiste de Pauline Marois qui a concrétisé ce projet et aucun élu péquiste ne l’a remis en question depuis.

Le débat se déroulait dans un studio de Granby, sans public et sans partisans, en raison des règles sanitaires.

Le premier débat a eu lieu il y a deux semaines et portait sur la question nationale. Le prochain débat aura lieu le 22 septembre et se partagera en deux thèmes, soit le nationalisme, ainsi que la protection de l’environnement et le territoire.

Les membres pourront voter de façon virtuelle entre le 5 et le 9 octobre. Les résultats seront dévoilés au terme de la dernière journée de scrutin.

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