Deuxième rencontre sur le racisme vécu par les Autochtones dans les soins de santé

OTTAWA — Les Canadiens s’attendent à des mesures concrètes de la part des politiciens pour s’assurer que tout le monde — y compris les Autochtones — a accès à des soins de premier ordre, a déclaré le ministre Marc Miller, mercredi, avant de présider une réunion sur le racisme systémique dans les réseaux de la santé au pays.

Reconnaissant qu’il s’agit là d’un champ de compétence «jalousement gardé par les provinces», le ministre fédéral des Services aux Autochtones a soutenu que «lorsqu’il s’agit de questions comme le racisme, le racisme systémique, la discrimination, chaque dirigeant de ce pays a un rôle de leadership à jouer pour le dénoncer et s’en débarrasser».

«Évidemment, nous savons que le racisme anti-Autochtones, le racisme systémique existe dans le système de santé à travers le Canada, à travers toutes les provinces et tous les territoires», a-t-il dit en conférence de presse à Ottawa, avant le début de la rencontre virtuelle de deux jours. «Prendre acte de cette réalité est un pas en avant. C’est important que toutes les provinces et tous les territoires le reconnaissent.»

M. Miller avait invité dans l’urgence, en octobre, des dirigeants autochtones et des professionnels de la santé à une première réunion sur le racisme systémique dans les soins de santé. On venait de prendre brutalement connaissance des insultes racistes proférées par des soignantes à l’endroit de l’Attikamek Joyce Echaquan, morte à l’hôpital de Joliette en septembre.

«C’est un exemple — malheureusement pas le seul — qui vient renforcer le fait que trop souvent, les Autochtones non seulement sont mal traités dans leur système de santé provincial ou territorial, mais c’est une situation au quotidien que les gens normalisent, ce qui est inacceptable dans une société aussi avancée que le Canada», a soutenu le ministre mercredi en parlant de Joyce Echaquan.

Le rôle de «leader» d’Ottawa

M. Miller a déclaré qu’à l’issue de la réunion d’octobre, il avait demandé aux participants de réfléchir à des solutions. La réunion de cette semaine a donc pour but de se concentrer sur des mesures concrètes pour éliminer le racisme dans le système de santé et sur ce que peuvent faire les gouvernements provinciaux et territoriaux pour y remédier.

«Les gens qui vivent cette réalité au quotidien (…) et qui ont des pistes de solution demandent l’appui du fédéral en tant que leader, a-t-il dit. C’est faux de présumer que le fédéral n’a aucun rôle dans le système de santé.»

Interrogé par une journaliste sur le fait que le premier ministre François Legault ne reconnaissait pas l’existence d’un racisme systémique au Québec, le ministre Miller a admis qu’il était «difficile de régler le problème si on ne le reconnaît pas».

«Le racisme systémique existe au Québec autant qu’il existe à travers le reste du Canada», a-t-il soutenu, tout en refusant de critiquer plus avant le gouvernement québécois. «Je présume de sa bonne foi: j’ai vu au sein du gouvernement Legault l’effort de vouloir reconnaître qu’il existe du racisme et d’essayer de l’enrayer», par exemple en créant «des accompagnateurs culturels avec les populations autochtones», a-t-il dit.

COVID-19 et vaccins

Le ministre Miller a par ailleurs soutenu que les querelles de compétence entre le gouvernement fédéral et les provinces et territoires peuvent également entraîner un traitement inéquitable des Autochtones. «C’est de cela que nous parlons lorsque nous parlons de résultats et de racisme systémique», a-t-il dit.

Le ministre Miller estime aussi que la pandémie de COVID-19 a affecté les communautés autochtones de manière disproportionnée. Selon les plus récentes données de son ministère, les communautés autochtones ont recensé jusqu’ici 15 894 cas de COVID-19 et 144 décès. «Nous savons que les populations autochtones — nous avons les chiffres, nous avons les victimes pour le prouver — sont trois fois et demie à cinq fois plus vulnérables à la COVID-19», a déclaré le ministre.

Le docteur Tom Wong, médecin hygiéniste en chef au ministère des Services aux Autochtones, rappelle qu’il existe de grandes populations autochtones qui sont mal desservies dans les centres urbains et qu’il ne faut pas oublier. «Des discussions sont en cours afin de voir comment les provinces peuvent être soutenues pour atteindre la population non desservie ou mal desservie», a-t-il déclaré.

Le docteur Wong a ainsi rappelé qu’Ottawa soutenait à Montréal un programme de vaccination ciblant les personnes en situation d’itinérance qui sont mal desservies.

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Cet article a été produit avec l’aide financière des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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