Diabète de type 1 et COVID: attention aux conclusions faciles

MONTRÉAL — Il n’est pas possible de conclure que le coronavirus est responsable d’une augmentation de cas de diabète de type 1, contrairement à ce que laisse entendre une très courte étude publiée récemment par le journal médical JAMA Network Open, prévient une experte québécoise.

Il n’y a rien de nouveau à ce que le diabète de type 1 se manifeste dans la foulée d’une infection virale, qu’il s’agisse du coronavirus ou d’un autre virus, précise la docteure Mélanie Henderson, qui est pédiatre endocrinologue au CHU Sainte-Justine.

«D’ailleurs, on voit une plus grande incidence (de diabète de type 1) dans les mois d’hiver au Canada lorsque les infections respiratoires sont plus fréquentes», a-t-elle souligné.

L’étude publiée par des chercheurs américains porte à conclure que les jeunes qui ont été infectés par le SRAS-CoV-2 étaient plus susceptibles que des jeunes non infectés de recevoir un diagnostic de diabète de type 1 un mois, trois mois ou six mois après leur infection.

Certains jeunes, explique la docteure Henderson, ont une prédisposition génétique à voir leur système immunitaire attaquer les cellules pancréatiques responsables de la production d’insuline, et c’est ce processus qui est activé par l’infection virale.

C’est ce qu’on appelle en anglais la «two-hit theory» (la théorie des deux coups), a-t-elle dit: tout d’abord le jeune présente une auto-immunité envers les cellules qui sécrètent l’insuline probablement dans le contexte d’une prédisposition génétique, puis il contracte un virus qui enclenche le processus qui mène éventuellement au diabète de type 1.

Si le diabète de type 1 se présente un mois après que quelqu’un ait développé une infection à la COVID, ce n’est pas la COVID qui a causé le diabète parce que le processus était déjà entamé, a résumé la spécialiste.

«Ces jeunes-là ont développé un diabète de type 1 parce qu’ils avaient un risque génétique, ils avaient une auto-immunité déjà établie, donc des anticorps contre leurs propres cellules qui sécrètent l’insuline, a-t-elle dit. Et la présence de la COVID ou d’une autre infection a déclenché la présentation du diabète de type 1. Mais c’est un processus qui évoluait depuis longtemps à cause des risques génétiques et de leur auto-immunité.»

Toute infection virale a le potentiel d’activer le système immunitaire et de stimuler un processus d’auto-immunité déjà en place, a dit la docteure Henderson, et on aurait besoin d’études prospectives pour mieux comprendre le rôle de la COVID-19 dans tout ça.

L’incidence de diabète de type 1 est en hausse à travers le monde depuis bien avant la pandémie, sans qu’on ne comprenne vraiment pourquoi, a-t-elle ajouté. 

L’étude américaine, souligne la docteure Henderson, a été réalisée au mois de décembre 2021, donc au tout début de la vague Omicron.

«Depuis ce moment, Omicron a quand même infecté 60 % de la population, a-t-elle dit. Alors si c’était le cas que la COVID-19 cause le diabète de type 1, on aurait un tsunami de cas de diabète de type 1, et ce n’est pas le cas.»

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