Discours du Trône: l’évocation du racisme systémique donne espoir aux militants

OTTAWA — L’allusion directe au racisme systémique dans le discours du Trône du gouvernement libéral, mercredi, a été bien accueillie par des militants et des intellectuels, qui s’attendent maintenant à des gestes concrets et rapides, au-delà des belles paroles.

«C’est la première fois que l’on reconnaît de façon aussi positive (le racisme systémique), au-delà des reconnaissances du bout des lèvres que j’entends depuis 30 ans», s’est réjoui le professeur en études culturelles Boulou Ebanda de B’Beri, de l’Université d’Ottawa.

Le chercheur, qui s’est penché sur «l’amnésie historique» concernant les colons noirs au Canada, ajoute toutefois que les paroles encourageantes ne suffisent pas à changer les choses. «Il s’agit de premières étapes, mais je suis convaincu qu’il y en aura de nombreuses autres. C’est la toute première fois que nous assistons à ce genre de déclaration», a-t-il soutenu en entrevue.

Alors qu’une grande partie du discours du Trône de mercredi portait sur la pandémie de COVID-19 et la relance économique, le plan libéral comportait aussi plusieurs grandes promesses pour lutter contre le racisme systémique. On a promis notamment de redoubler d’efforts dans la lutte contre la haine en ligne, d’améliorer la diversité dans la fonction publique et de réformer les systèmes de police et de justice au pays.

De nombreux engagements avaient déjà été pris par le gouvernement libéral, en particulier depuis la mort de George Floyd sous le genou d’un policier aux États-Unis, en mai dernier. Mais ces promesses n’étaient pas liées à des échéanciers et du financement, ce qui a poussé des militants et des experts à exiger la fin des vagues promesses libérales et l’adoption de véritables mesures pour prendre à bras le corps le problème du racisme systémique.

Paroles, paroles…

«Les Canadiens ont vu par le passé ce gouvernement exprimer son intention de lutter contre le racisme et la haine, mais ils ont été déçus à plusieurs reprises», a déclaré dans un communiqué Fareed Khan, fondateur de l’organisme militant Canadiens unis contre la haine. «On réserve notre jugement sur le gouvernement Trudeau jusqu’à ce qu’il adopte des mesures significatives (…) Les gestes sont plus éloquents que les belles paroles.»

Un point de vue partagé par Kathy Hogarth, professeure en travail social à l’Université de Waterloo et spécialisée dans le racisme et l’équité. Elle critique également l’accent mis dans le discours du Trône, dans une autre section, sur la protection de l’anglais et du français, «nos deux langues officielles indissociables du patrimoine de notre pays». La professeure Hogarth y voit un signe de la volonté des libéraux de maintenir les structures gouvernementales existantes. «Si nous voulons sérieusement lutter contre le racisme systémique, nous devons être prêts à examiner de manière critique les structures mêmes qui font de nous ce que nous sommes», a estimé Mme Hogarth dans un courriel.

D’autres encore ont applaudi la toute première mention du racisme systémique dans un discours du Trône, quelques semaines seulement après le lancement par le gouvernement fédéral d’un programme donnant accès à des millions de dollars en subventions aux Noirs qui dirigent des entreprises. Un geste spécifique et concret, celui-là, souligne le professeur Ebanda de B’Beri.

Le discours du Trône expose les priorités du gouvernement pour la session, et le député libéral Greg Fergus, qui préside le Caucus des parlementaires noirs, tire espoir de la mention directe du racisme systémique. Les membres du Caucus des parlementaires noirs, qui comprend des députés et des sénateurs de différents partis, ont publié une déclaration en juin appelant tous les ordres de gouvernements à lutter contre le racisme systémique. M. Fergus estime que ce discours du Trône aborde tous les points soulevés par le groupe.

«Le discours du Trône n’est pas une mesure: il définit l’orientation du gouvernement. Et là, le gouvernement met de la chair sur l’os. Et le fait que ce soit là nous permet, à moi et à d’autres, de faire en sorte que ça arrive», a-t-il déclaré à La Presse Canadienne.

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