Discours inaugural: Legault baisse les attentes relatives à la crise climatique

QUÉBEC — Les Québécois préoccupés par la crise climatique seront peut-être déçus de constater que l’enjeu de la lutte aux changements climatiques tient en une page sur les 26 que compte le discours d’ouverture livré mercredi par le premier ministre François Legault.

À la page 20 de son discours, qui trace la feuille de route de son gouvernement pour les quatre prochaines années, le premier ministre confirme qu’il n’est pas en mesure pour l’instant de dire s’il atteindra les cibles, fixées dans le passé, de diminution des gaz à effet de serre (GES) d’ici 2020.

«Personne n’a l’information pour répondre à cette question», a-t-il dit, rejetant le blâme sur le gouvernement précédent.

Le Québec devrait en principe avoir réduit ses GES de 20 pour cent en 2020, par rapport au niveau de 1990.

Le dernier bilan date de 2015, a déploré M. Legault, disant avoir demandé une mise à jour.

Il demeure très vague — sans cible précise, ni objectifs chiffrés ou une quelconque obligation de résultats — quant aux moyens qui seront privilégiés par son gouvernement pour lutter contre les GES, sauf pour exprimer son intention d’accélérer l’électrification des transports et d’augmenter les investissements dans les transports collectifs.

Le discours d’ouverture de la 42e législature ne comporte pas de surprises, reprenant plutôt les principaux engagements maintes fois formulés en campagne électorale par le chef caquiste et depuis son élection le 1er octobre.

Le mot «audace» revient fréquemment dans son discours, livré mercredi après-midi à l’Assemblée nationale devant l’ensemble des parlementaires. Et le premier ministre pousse l’audace jusqu’à associer le projet de troisième lien — autoroute ou tunnel — entre Québec et Lévis à une initiative de «développement durable», étant donné qu’il devrait être arrimé à un tramway.

«Si on est sérieux, dans notre volonté de lutter contre les changements climatiques, a-t-il observé, il faut éviter les discours idéologiques voulant que tous les projets de construction soient néfastes.»

La priorité absolue de son gouvernement sera donnée à l’éducation. Sur le plan financier, il s’engage à protéger le budget de l’éducation au cours du mandat, «même si le Québec devait affronter un ralentissement économique».

«Nous allons aussi ajouter cinq heures par semaine de présence dans toutes les écoles» pour les sports, les arts ou l’aide aux devoirs, a-t-il réaffirmé, pour illustrer le fait que l’éducation sera sa priorité.

Sauf qu’on cherche en vain les passages qui nous informeraient sur sa vision quant à l’avenir des cégeps ou au financement des universités.

Une fois de plus, l’éducation est ramenée essentiellement à développer le réseau des prématernelles quatre ans, de manière à dépister tôt les troubles d’apprentissage des enfants.

Pas un mot, par ailleurs, sur la façon envisagée de développer les services de garde, notamment sur l’avenir réservé aux Centres de la petite enfance (CPE).

Comme prévu, les commissions scolaires seront transformées en centres de service et les élections scolaires seront abolies.

La culture, pourtant «l’âme d’un peuple», selon le premier ministre, ne fait l’objet d’aucun engagement.

La condition féminine non plus, tout comme les affaires municipales, l’agriculture, la lutte à la pauvreté, la promotion de la langue française ou les relations Québec-Ottawa, notamment.

Il a réaffirmé son intention de «remettre de l’argent dans les poches des Québécois», particulièrement ceux de la classe moyenne.

Un nouveau programme d’allocations familiales sera créé «plus simple, plus logique et plus généreux».

«Les parents vont recevoir des montants plus élevés qu’à l’heure actuelle à partir du deuxième enfant», promet le premier ministre.

Comme prévu, le taux de la taxe scolaire sera uniforme à la grandeur du Québec.

Le bras financier du gouvernement, Investissement Québec, sera remanié, et deviendra «plus agile, plus volontaire, plus ambitieux, plus entreprenant» de manière à prospecter des investisseurs et favoriser les exportations.

Les relations internationales du Québec vont également prendre «un accent qui va être plus commercial, pour promouvoir nos exportations».

Le gouvernement demeure vague aussi sur les moyens qui seront entrepris pour régler les problèmes les plus criants du réseau de la santé: l’attente aux urgences et l’accessibilité à un médecin.

«On doit inciter les médecins de famille à prendre en charge leurs patients et à déléguer plus d’actes médicaux aux autres professionnels de la santé, au sein des groupes de médecine familiale, les GMF», a-t-il dit.

Le gouvernement va aussi négocier un nouveau mode de rémunération avec les médecins de famille: moins de paiements à l’acte et plus de rémunération pour la prise en charge des patients.

M. Legault a confirmé son intention de rouvrir l’entente conclue par le gouvernement précédent avec les médecins spécialistes et de procéder à des «réajustements» à la baisse de leur rémunération.

Il promet aussi d’offrir davantage de soins et de services à domicile, en plus de préparer un plan d’action de soutien aux proches aidants.

Dès les prochains jours, le gouvernement va déposer un projet de loi visant à faire passer de 18 à 21 ans l’âge minimum légal pour consommer du cannabis. Il sera aussi interdit de fumer du cannabis dans les lieux publics.

Au printemps, un projet de loi sera déposé pour interdire aux employés de l’État en position d’autorité (policiers, juges, gardiens de prison), y compris les enseignants du primaire et du secondaire, de porter des signes religieux.

Les commentaires sont fermés.

M. Legault,
Vous devriez vraiment mettre les bouchees doubles pour l’environnement! Si on n’est plus capables de respirer et de manger, l’education, l’economie et le reste ne serviront plus a rien! C’est par la qu’il faut commencer et pas le contraire!
Merci!

Sur l’urgence climatique, le Premier ministre a gagné du temps en invoquant le manque de données. Il faut qu’il utilise ce temps, non pas pour se tourner les pouces en attendant que la population relâche sa vigilance à ce sujet (ça ne fonctionnera pas), mais bien pour se renseigner sérieusement (et veiller à ce que son cabinet se renseigne) sur les enjeux climatiques et les décisions incontournables qui doivent en découler. Même sur le plan économique, il n’y a rien de pragmatique à foncer tête baissée dans un mur.

Les plus populaires