Discrimination au CLSC de Joliette: l’AFAC réclame une enquête indépendante

MONTRÉAL — L’Association des femmes autochtones du Canada (AFAC) réclame la tenue d’une enquête indépendante sur les événements qui se sont produits vendredi au CLSC de Joliette. Elle demande de plus un «examen tant de Québec que d’Ottawa pour déterminer l’étendue du racisme systémique dans le réseau de la santé».

Jocelyne Ottawa, de la communauté atikamekw de Manawan, a été victime de propos et comportements dégradants et humiliants de la part de deux infirmières du CLSC, qui ont été suspendues sans solde, lundi, dans les heures suivant la diffusion de l’information.

L’Association des femmes autochtones se dit révoltée d’apprendre qu’un tel incident ait pu se produire dans la même ville et dans le même réseau de santé où Joyce Echaquan est décédée dans des conditions dégradantes, en septembre dernier, à l’hôpital de Joliette.

La présidente de l’Association, Lorraine Whitman, estime que l’enquête interne menée par le CISSS de Lanaudière n’est pas suffisante et croit qu’une enquête indépendante s’impose du seul fait qu’un deuxième événement démontrant du racisme dans le réseau est survenu si rapidement après le décès troublant de Mme Echaquan.

«Pas bienvenus dans le réseau»

Elle se dit toutefois rassurée de voir que les deux infirmières en question aient été rapidement identifiées et suspendues sans solde et que les autorités locales aient l’intention d’obtenir la version de Mme Ottawa même si elle n’a pas voulu porter plainte aux instances officielles.

Mme Whitman souligne que «les patients autochtones subissent régulièrement un traitement abusif, des stéréotypes négatifs, des soins de qualité inférieure et un sentiment généralisé de ne pas être bienvenus dans le réseau de la santé».

«Le résultat est que nous hésitons à obtenir des soins, même lorsque nous savons que c’est nécessaire», ajoute Mme Whitman. Elle fait valoir que cela se traduit par un état de santé «significativement plus mauvais chez les Autochtones que chez les non-Autochtones», une situation inacceptable dans un pays riche et progressiste comme le Canada.

En entrevue à RDI, le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, a qualifié l’incident d’«extrêmement choquant» et de «bouleversant». Il s’est toutefois réjoui de la vitesse avec laquelle le CISSS de Lanaudière a réagi pour identifier et suspendre sans solde sur-le-champ les deux infirmières impliquées.

Le ministre a reconnu qu’il y avait encore beaucoup de travail à faire pour instituer des mécanismes auxquels les personnes autochtones font confiance pour porter plainte de manière officielle. Jocelyne Ottawa n’a jamais porté plainte, disant craindre des représailles qui se manifesteraient par un bris de service alors qu’elle a besoin de soins.

Racisme systémique

Ian Lafrenière a de nouveau réitéré l’opposition de son gouvernement au concept de racisme systémique contenu dans le «principe de Joyce», un manifeste élaboré par la communauté atikamekw pour assurer que les Autochtones puissent recevoir la même prestation de soins de santé que tous les autres citoyens dans le respect de leur dignité. 

Le ministre affirme que le refus de son gouvernement de reconnaître le racisme systémique ne l’empêche pas de mettre en oeuvre les éléments contenus dans le principe de Joyce. Il a cherché à justifier ce refus en imputant les gestes racistes de vendredi à des individus qui ne peuvent blâmer le système pour leur propre comportement, alors que le système, selon lui, est celui qui a réagi pour les sanctionner.

Les deux infirmières, qui comptent plus de 10 ans de service, avaient assisté à une conférence sur la sécurisation culturelle mise sur pied à la suite du décès de Joyce Echaquan, mais une formation plus élaborée, préparée par l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, reste à être approuvée par la communauté atikamekw avant d’être offerte à l’ensemble du personnel du CISSS de Lanaudière.

Motion unanime

Sans surprise, l’affaire a rebondi à l’Assemblée nationale, où les députés ont adopté à l’unanimité une motion présentée par la porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé.

Par cette motion, qui «condamne vivement le racisme sous toutes ses formes, et notamment envers les personnes autochtones»,  les membres de l’Assemblée nationale «présentent leurs excuses à Jocelyne Ottawa ainsi qu’aux membres de la nation atikamekw de Manawan et à l’ensemble des Autochtones pour les conséquences irréparables du racisme vécu dans les institutions de santé et de services sociaux du Québec». 

Elle fait part de l’importance de tout mettre en oeuvre pour que les Autochtones aient accès, sans aucune discrimination, aux services sociaux et de santé et «exige du gouvernement qu’il adopte une orientation et un engagement clairs en faveur du concept de sécurisation culturelle en l’enchâssant notamment dans la Loi sur la santé et les services sociaux». 

Enfin, les députés demandent au gouvernement de financer les établissements pour que ceux-ci mettent en oeuvre «des services et des programmes répondant aux principes de sécurisation culturelle, développés à l’intention des peuples autochtones et en collaboration avec eux». 

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