Blâmée pour le salaire moindre de ses travailleurs étudiants, ABI va en appel

MONTRÉAL — L’Aluminerie de Bécancour interjette appel du jugement du Tribunal des droits de la personne, qui lui avait ordonné d’indemniser ses travailleurs étudiants, parce qu’ils étaient payés à un taux de salaire moindre que ses autres travailleurs.

La direction de l’entreprise a confirmé l’information à La Presse canadienne jeudi. Elle n’a toutefois pas voulu commenter plus avant.

Le 11 mai dernier, le Tribunal des droits de la personne avait condamné ABI à verser 1000 $ à titre de dommages moraux à ses travailleurs étudiants. Il lui avait aussi ordonné de verser, à titre de dommages matériels, une somme pour compenser les pertes de salaire subies au fil des ans. La période de compensation remonte à 2008 pour 45 étudiants, à 2009 pour un étudiant, à 2013 pour 68 étudiants et à 2014 pour 117 étudiants.

La Charte des droits et libertés de la personne prévoit un salaire équivalent pour un travail équivalent.

«Le Tribunal ne doute pas que les étudiants ont trouvé leurs conditions salariales injustes. Comment pourrait-il en être autrement, alors qu’il est un principe établi que discriminer une personne, c’est porter atteinte au respect qu’elle mérite comme être humain. Le fait que les étudiants aient été payés presque trois fois plus que le salaire minimum ne change rien au fait que la discrimination dont ils sont l’objet porte atteinte à leur dignité, puisque leur groupe de comparaison n’est pas les gens qui gagnent le salaire minimum, mais celui des réguliers ou des occasionnels qui font un travail équivalent», avait écrit la juge Magali Lewis.

Le Tribunal avait également ordonné de modifier la convention collective pour éliminer la clause qui prévoit une distinction salariale fondée sur le statut d’étudiant. Dans certains cas, l’écart de salaire pouvait atteindre 30 pour cent.

Cette décision du Tribunal des droits de la personne avait semé l’émoi dans les rangs patronaux, puisqu’il semble que bien des entreprises versent un taux de salaire moindre à leurs étudiants.

Le Tribunal des droits de la personne avait refusé de rendre le syndicat des Métallos, présent chez ABI, coresponsable — même si la direction de l’entreprise le demandait — parce qu’il s’était fait imposer cette clause lors du dépôt d’une offre finale visant à conclure des négociations pour le renouvellement de la convention collective.

Au cours d’une entrevue, le syndicat des Métallos, affilié à la FTQ, qui représente les 1030 travailleurs d’ABI présentement en lock-out, s’est dit «pas surpris» du fait que la direction de l’entreprise interjette appel.

Le président de la section locale 9700 du syndicat des Métallos, Clément Masse, se dit plutôt fier de la décision du Tribunal. «Nous, au niveau syndical, on applaudit la décision, parce que c’est abolir la discrimination dans l’emploi. Et on va toujours combattre ça, la discrimination».

M. Masse note que le syndicat des Métallos représente également d’autres syndiqués dans une aluminerie de Rio Tinto à Alma — un des actionnaires d’ABI — et que dans cette usine, les étudiants touchent le même salaire que les autres travailleurs.