Discrimination religieuse: la motion des conservateurs battue en Chambre

OTTAWA – En attendant que leur motion contre l’islamophobie revienne sur le tapis, les libéraux ont usé de leur majorité aux Communes pour rejeter celle des conservateurs contre la discrimination religieuse, mardi.

Des députés libéraux qui étaient présents en Chambre pour le vote, aucun ne s’est rangé derrière la motion du Parti conservateur. De l’autre côté de l’allée, dans les banquettes conservatrices, tous se sont levés pour l’appuyer.

La proposition conservatrice a ainsi été battue 165 à 126.

À l’issue du vote, la ministre du Patrimoine, Mélanie Joly, a réitéré lors d’un bref point de presse que le gouvernement libéral ne pouvait soutenir une motion dont le libellé ne comportait pas le terme islamophobie.

Le terme, a-t-elle insisté, «est extrêmement important, parce qu’on sait qu’il y a une communauté qui est présentement ciblée». Et la motion conservatrice, «beaucoup plus ténue» et avec «beaucoup moins de dents», éludait le problème, a plaidé Mme Joly.

Chez les conservateurs, on ne voit pas «comment on peut être contre cette motion-là qui englobe l’ensemble de toutes les religions que nous avons, sans faire de la discrimination une par rapport à une autre», a regretté le député Alain Rayes en mêlée de presse.

Le vote est venu clore, du moins pour l’instant, le débat acrimonieux que le duel entre les deux motions concurrentes avait fait éclater. La semaine passée, la Chambre des communes, comme l’ont déploré certains élus, a été le théâtre de dérapages verbaux et d’attaques personnelles.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le Parti vert ont maintes fois déploré la tournure et le ton des échanges et ont annoncé qu’ils voteraient en faveur des deux motions, ce qu’ils ont fait mardi après-midi.

Le Bloc québécois s’est aussi rangé derrière la motion conservatrice, mais ne se ralliera pas à celle des libéraux, qui va trop loin en parlant d’un «climat de haine et de peur qui s’installe dans la population», selon le chef intérimaire Rhéal Fortin.

La motion libérale déposée en décembre dernier par la députée d’arrière-ban Iqra Khalid devrait revenir à l’ordre du jour des travaux parlementaires vers le mois d’avril. Le débat sur le terme islamophobie reviendra donc vraisemblablement lui aussi avec le printemps à Ottawa.

C’est ce mot qui provoquait un malaise chez les conservateurs, qui avaient décidé de riposter en déposant une mouture condamnant la discrimination «à l’égard des musulmans, des juifs, des chrétiens, des sikhs, des hindous et des autres communautés religieuses».

Certains élus du Parti conservateur, dont plusieurs candidats à la direction du parti, avaient dit craindre que la motion libérale — non contraignante — ne puisse empêcher les citoyens de critiquer l’islam.

D’autres ont exprimé des réserves par rapport à la définition du terme islamophobie, absente du texte de la motion.

«Si des djihadistes du groupe État islamique venaient ici, j’aurais peur qu’ils me violent et me tranchent la tête. Est-ce de l’islamophobie? Je l’ignore», a notamment soulevé jeudi dernier la députée Marilyn Gladu.

La veille, en Chambre, la députée Khalid disait souscrire à la définition «la plus courante» du terme voulant que celui-ci signifie «une haine irrationnelle des musulmans qui mène à la discrimination».

Elle a par ailleurs dit trouver «très intéressant» que les conservateurs, qui avaient appuyé en octobre dernier une motion condamnant l’islamophobie, «veuillent maintenant se servir de cette définition comme raison pour ne pas défendre la communauté musulmane».

«Jeu politique»

Quelques heures avant le vote sur la motion des conservateurs, mardi, en conférence de presse au parlement, le Forum musulman canadien (FMC) avait exhorté les élus à cesser de mêler la communauté musulmane à leur «jeu politique».

Les porte-parole de l’organisation ont cependant affiché leur préférence pour M-103, accusant les conservateurs de chercher à «délégitimer l’islamophobie» trois semaines après la fusillade survenue pendant la prière dans une mosquée de Sainte-Foy.

«Notre communauté est assiégée», a lâché Samer Majzbou, président du FMC.

«L’islamophobie, ça existe»

Pendant ce temps, du côté de Queen’s Park, le chef du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario, Patrick Brown, a signalé qu’il comptait voter pour une motion libérale condamnant l’islamophobie qui doit être présentée jeudi.

«Je pense que toute forme de haine doit être condamnée. Et l’islamophobie, ça existe», a tranché le leader de la formation devant les journalistes, mardi.

«Ce que doivent subir ceux qui sont de confession musulmane en ce moment est horrible, a déploré M. Brown. Le Québec a été un signal d’alarme», a-t-il dit.