Discrimination systémique: des chefs autochtones du N.-B. demandent une enquête

FREDERICTON — Le ministre des Affaires autochtones du Nouveau-Brunswick a admis, mercredi, que la province avait un problème de racisme systémique envers les peuples autochtones, et il appuie l’appel des chefs de la première nation des Wolastoqey pour une enquête indépendante.

«J’ai fait ce travail pendant 19 mois et j’ai senti à plusieurs reprises qu’il y avait du racisme systémique, a déclaré Jake Stewart, à l’extérieur de l’Assemblée législative. J’estime qu’il est temps que je m’exprime pour dire à la population ce que j’en pense.»

La mort par balle, la semaine dernière, de Chantel Moore, une Autochtone de 26 ans de la Colombie-Britannique tuée par la police à Edmundston, au Nouveau-Brunswick, a remis la question au premier plan. Selon la police, la femme avait en main un couteau à l’arrivée des policiers appelés sur les lieux pour un «contrôle santé». L’enquête a été confiée au Bureau des enquêtes indépendantes du Québec (BEI).

Le ministre Stewart a eu ces commentaires alors que six chefs malécites ont renouvelé leur appel pour une enquête indépendante afin d’examiner ce qu’ils appellent la «discrimination systémique» vécue par les Autochtones face à l’appareil judiciaire et la police.

Les chefs malécites demandent au gouvernement provincial de nommer des experts juridiques issus des communautés autochtones — les seuls, selon eux, à pouvoir mener une enquête impartiale sur ces enjeux sociaux.

Le ministre Stewart a indiqué mercredi qu’il appuyait les chefs dans leur demande. Il croit même qu’une enquête distincte pour examiner le racisme systémique dans les services de police et l’appareil judiciaire pourrait débuter avant que le BEI ne dépose son rapport. Il a déclaré qu’il soumettrait l’idée au cabinet.

Le BEI a déclaré qu’il ne ferait aucun commentaire tant qu’il n’aurait pas déposé son rapport, ce qui pourrait prendre des mois.

Higgs demande d’attendre

Le premier ministre Blaine Higgs a soutenu de son côté qu’il fallait laisser le BEI faire son travail. «Toute perte de vie est malencontreuse, il est malheureux qu’il s’agisse d’une jeune femme autochtone, mais cela ne signifie pas que tout le système est brisé, a-t-il dit. Cela signifie que quelque chose s’est mal passé cette nuit-là, très mal passé. C’est pourquoi une enquête indépendante est en cours.»

Le premier ministre a déclaré que si l’enquête révélait des problèmes plus vastes, il «irait plus loin» pour comprendre ce qu’il fallait faire de plus.

Les six chefs malécites du Nouveau-Brunswick soutiennent que leur population fait l’objet d’une surveillance accrue de la police, alors que les victimes autochtones, elles, ne sont pas prises au sérieux. Ils soutiennent aussi que les Autochtones sont plus susceptibles d’être condamnés par les tribunaux et emprisonnés.

«Ce n’est pas le moment d’attendre un processus prédéterminé qui ignorera les problèmes systémiques qui entraînent l’inégalité de traitement et la mort des Autochtones dans notre province et dans tout le pays», ont écrit les chefs dans une déclaration conjointe.

Lisa Harris, porte-parole libérale en matière d’affaires autochtones, a soulevé la question, mercredi, à l’Assemblée législative. Elle a demandé au premier ministre de discuter au cabinet de la demande d’enquête des chefs et de poser des gestes concrets.

Le ministre de la Sécurité publique, Carl Urquhart, s’est dit assuré que le BEI ira au fond de cette affaire.

Le député libéral d’arrière-ban Stephen Horsman — un ancien policier — et le chef de l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick, Kris Austin, ont également appuyé l’idée de permettre au BEI de terminer son travail.

Les funérailles privées de Mme Moore sont prévues jeudi matin.