Diversité dans les chaires de recherche: le Bloc force un débat aux Communes

OTTAWA — Le Bloc québécois a utilisé mardi sa journée d’opposition pour forcer un débat sur la révision souhaitée des critères du programme des Chaires de recherche du Canada (CRC) afin de mettre fin à «l’exclusion presque systématique» de candidats qui ne sont pas des personnes vivant avec un handicap, issues de minorités visibles, des Autochtones ou des femmes.

«Ce qui était une bonne idée au départ a amené des conséquences plus néfastes et plus négatives», a dit le leader parlementaire bloquiste, Alain Therrien, peu de temps avant que sa formation politique ne présente en Chambre une motion ouvrant un débat parlementaire sur la question.

Le texte de la motion, qui devrait être soumise aux voix mercredi après-midi, vise à presser le gouvernement «de revoir les critères du programme (des CRC) afin de s’assurer que l’attribution des subventions se fasse en fonction de la science et non pas en fonction de critères identitaires ou sans lien avec l’objet de la recherche».

Le porte-parole bloquiste en matière d’innovation et de sciences, Maxime Blanchette-Joncas, a mentionné que les cibles fixées par un plan en matière d’équité, de diversité et d’inclusion du programme de CRC ne tiennent pas compte des différences démographiques à travers le Canada.

«On impose aux universités québécoises des critères qui représentent la démographie canadienne, mais il faut comprendre que le contexte et la réalité démographique n’est pas pareil partout au Canada», a-t-il soutenu.

Une des cibles vise à ce que, d’ici 2029, 22 % des postes titulaires des CRC soient pourvus par des personnes membres de minorités visibles.

«À Rimouski, dans ma circonscription, on est à 2 % et pourtant toutes les universités doivent atteindre (…) un seuil de 22 % de personnes de minorités visibles. C’est une aberration qui est causée par l’approche du gouvernement fédéral», a poursuivi M. Blanchette-Joncas.

De l’avis du Bloc québécois, les cibles du CRC briment le respect de la compétence provinciale de l’éducation ainsi que le principe de l’autonomie universitaire.

Les seuils de diversité visés du CRC ont fait la manchette à la fin mars, quand l’humoriste Guy Nantel a dénoncé que «l’homme blanc non handicapé» était exclu d’un appel de candidature de l’Université Laval fait en vertu du programme sous l’égide d’Ottawa.

Au cours du débat sur la motion en Chambre, les bloquistes ont reçu des commentaires sympathiques dans les bancs de l’opposition officielle. Le député ontarien conservateur Ryan Williams a affirmé que la pratique de «l’affichage ciblé» est «mauvaise», soutenant qu’elle ne permet pas une «égalité des chances».

Il a dit, à titre d’exemple, que l’université Queen’s avait indiqué dans un affichage de poste qu’elle excluait tous les hommes du processus de sélection fait en vertu du programme des CRC. M. Williams a plaidé que cela avait empêché des hommes noirs qui auraient pu être qualifiés de postuler.

«C’est seulement avec l’égalité des chances que nous allons assurer que nous nous (attaquons) aux barrières existantes (à l’emploi) avec l’inclusion et la diversité tout en en nous assurant que nous voyons les plus hauts talents là où ils sont requis», a-t-il dit.

Des libéraux ont pour leur part reçu froidement la motion bloquiste. Andy Filmoore, secrétaire parlementaire du ministre de l’Innovation, a affirmé que des études démontrent que la capacité du Canada «à innover et à mener des recherches de renom à l’international est meilleure quand (il y a) un écosystème plus diversifié et inclusif».

En avril, certains députés libéraux interrogés en mêlée de presse avaient exprimé leur inconfort face à l’appel de candidatures de l’Université Laval critiqué pour son exclusion des hommes blancs ne vivant pas avec un handicap.

«Je ne suis pas à l’aise avec ça. Je pense qu’il faut certainement favoriser l’inclusion, mais que le mérite soit priorisé», avait commenté le député de Louis-Hébert, Joël Lightbound. Il avait affirmé qu’il était ouvert à revoir les cibles du programme des CRC «si ça mène à ce genre de résultat».

Lundi, son collègue Kevin Lamoureux a laissé entendre que les bloquistes s’opposaient à toute mesure de discrimination positive, pendant que d’autres libéraux ont accusé la formation politique de consacrer son temps à des enjeux qui ne sont pas prioritaires.

En mêlée de presse, le chef adjoint néo-démocrate Alexandre Boulerice a aussi eu ce reproche: «Est-ce qu’il n’y a pas une crise du logement en ce moment, une urgence climatique, des gens qui ne reçoivent pas leur chèque d’assurance-emploi, des gens qui n’arrivent pas à payer leur loyer, des personnes âgées qui ont de la difficulté à payer leurs médicaments? Si vraiment la priorité du Bloc est de défendre les hommes blancs qui veulent obtenir une job à l’université, qu’il s’assume», a-t-il lancé en indiquant que sa formation politique ne voyait pas de problème avec les mesures de discrimination positive.

En Chambre, les bloquistes ont rétorqué à ce sujet que le Québec et ses universités sont outillés pour avoir leurs propres mesures d’inclusion.

«Ce qu’on nous dit de l’autre côté de la Chambre si j’ai bien compris, (…) c’est que si Ottawa n’impose pas ses conditions, il n’y aura pas d’inclusion et de diversité au Québec. Ça revient à dire que de laisser le Québec faire son travail, c’est un gage de racisme et d’exclusion», a envoyé le député de Mirabel, Jean-Denis Garon.

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