DMLA: le tabagisme et l’obésité activeraient des gènes liés à la maladie

MONTRÉAL — L’obésité et le tabagisme semblent augmenter le risque de voir les patients qui y sont prédisposés génétiquement de souffrir de dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), démontrent des travaux réalisés par un chercheur montréalais.

De tels facteurs de stress de la vie reprogramment les cellules du système immunitaire et les rendent destructrices pour l’œil lors du vieillissement, a-t-on expliqué par voie de communiqué.

La DMLA touche environ 2,5 millions de personnes au Canada et est la principale cause de cécité chez les gens de 55 ans et plus.

Les mutations des gènes de prédisposition peuvent multiplier par quatre le risque de développer la maladie, a dit l’auteur de l’étude, le docteur Przemyslaw Sapieha, du Centre de recherche de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, «mais on ne savait pas pourquoi certaines personnes qui développent la maladie ont la mutation, et d’autres personnes qui ont les mêmes mutations ne développent jamais la maladie».

«Ce n’est pas certain, si on a cette mutation, qu’on va développer la maladie, a-t-il expliqué lors d’une conversation téléphonique. Ces mutations ne causent pas la maladie, ce sont davantage des facteurs de prédisposition. Alors ça voudrait dire que des facteurs environnementaux seraient aussi très importants.»

Le docteur Sapieha et ses collègues se sont donc intéressés à l’épidémiologie de la maladie, à savoir tous les facteurs qui peuvent y être associés. Ils ont constaté que le tabagisme est le principal facteur de stress environnemental qui peut causer la DMLA. L’obésité arrive en deuxième place.

Leurs travaux se situent à l’intersection de l’interaction entre l’environnement et la génétique, ce qu’on appelle l’épigénétique.

Des périodes de surcharge de certains gras dans l’organisme peuvent reprogrammer l’ADN de cellules immunitaires nommées macrophages, a détaillé le docteur Sapieha, ce qui les rendra plus agressives dans les tissus de l’œil et sera à l’origine d’une dégénérescence.

Les chercheurs croient que le même mécanisme pourrait être en jeu dans des maladies qui touchent le cerveau ou la moelle épinière.

Cette découverte ouvre la voie au développement éventuel d’interventions thérapeutiques pour calmer ces cellules immunitaires devenues trop agressives, ou encore au développement de tests de dépistage.

«L’étude va encore solidifier le lien entre l’obésité et le développement de la maladie, a conclu le docteur Sapieha. Alors si on arrive devant un patient qui a une mutation, qui est obèse ou qui a déjà été obèse, qui a eu des périodes de gras excessif dans sa vie, ce sont tous des facteurs qu’on devra maintenant regarder pour vraiment assurer un meilleur suivi plus étroit du patient.»

Les conclusions de cette étude ont été publiées par la prestigieuse revue Science.

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