Dominique Fils-Aimé souligne l’engagement du rappeur et historien Webster

MONTRÉAL — Dominique Fils-Aimé dit s’inspirer de voix fortes autour d’elle au Québec qui contribuent à bâtir des ponts «avec empathie et douceur» à l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs.

Invitée à mettre en lumière une figure importante, elle a eu envie de parler d’une personne qui fait un travail remarquable auprès des jeunes, le rappeur et historien Aly Ndiaye, alias Webster, natif du quartier Limoilou à Québec.

Pour la chanteuse montréalaise jazz et soul, qui souhaite elle-même insuffler un message d’espoir et d’engagement avec son plus récent album, «Three Little Words» — le dernier d’une trilogie —, Webster est une référence.

«S’il avait été mon prof d’histoire, j’aurais écouté tous mes cours, chaque minute», confie-t-elle avec le sourire dans une entrevue accordée récemment à La Presse Canadienne par visioconférence.

«Souvent, si des gens me posent des questions au niveau de la condition des femmes noires, le fait d’être Noir au Québec ou sur l’histoire du Québec, mon réflexe est toujours: « Va voir Webster. Tape Webster sur internet, va voir tous ses vidéos, et tu auras tes réponses ». C’est sa passion, mais il en a fait en quelque sorte sa mission.»

Elle salue sa manière de «raconter» sans avoir «l’idée ou le but de pointer du doigt négativement».

«Il veut célébrer tout le métissage et toute notre histoire, qu’on reconnaisse tout ce qu’on a comme bagage et qu’on le prenne comme une force, plutôt que de se sentir attaqués ou d’avoir honte de certains moments», estime Dominique Fils-Aimé.

Aly Ndiaye, alias Webster, né au Québec d’un père sénégalais et d’une mère québécoise, affiche la fierté de ses origines et sa passion pour l’histoire.

Dominique Fils-Aimé souligne qu’il a utilisé la musique comme un «vecteur pour évacuer la négativité quand il était jeune». «Il a eu beaucoup de colère, et il y a eu un moment où il s’est mis à rechercher la paix d’esprit et la paix autour de lui, et ça, ça me parle énormément», fait-elle valoir.

Webster offre des ateliers d’écriture en français qui veulent mettre en lumière «la richesse du rap» et sa «portée littéraire».

Sur la scène musicale depuis 1995, Webster est l’auteur du manuel d’écriture hip-hop «À l’Ombre des Feuilles» et du livre jeunesse «Le Grain de Sable» à propos d’Olivier Le Jeune, le premier esclave africain au Canada, deux ouvrages parus en 2019.

Il donne des conférences, notamment sur l’histoire de la présence afrodescendante et l’esclavage au Québec et au Canada depuis l’époque de la Nouvelle-France.

Fin communicateur et pédagoque, il a mis sur pied les tours «Qc History X», une visite guidée de la ville de Québec à propos d’un pan d’histoire largement méconnu.

Dominique Fils-Aimé affirme que Webster a un message «unificateur» qui devrait rejoindre le plus de gens possible.

«Un message qui (me lie) beaucoup à lui, c’est d’encourager les jeunes à utiliser les arts pour s’exprimer et évacuer les énergies négatives», souligne la chanteuse née à Montréal de parents haïtiens.

Plus jeune, elle dit qu’elle se cherchait des «excuses» pour se fermer les yeux, notamment sur les inégalités et la discrimination.

«C’est comme décevant de se rendre compte du chemin qu’il reste à faire, mais d’un autre côté, il faut le reconnaître pour pouvoir avancer (…) Et l’on peut voir plus clairement où sont les problématiques à régler, et où sont les gens qui sont alliés à nous dans cette quête d’égalité, et de se rendre compte qu’il y en a beaucoup plus qu’on peut s’imaginer.»

Des femmes de coeur

Pour ce qui est de l’engagement dans la société, elle attire également l’attention sur des «femmes de coeur», dont elle suit le parcours avec beaucoup d’intérêt.

Dominique Fils-Aimé cite Carla Beauvais, une «femme entrepreneure (…) qui est un personnage presque mythique dans la communauté noire, au niveau de son engagement».

Coordonnatrice pour le Mois de l’histoire des Noirs, Carla Beauvais est en outre cofondatrice du Gala Dynastie et de l’initiative «0rijin Village», dédiée au renforcement du rôle économique, financier et social des personnes d’ascendance africaine.

Dominique Fils-Aimé salue le travail de Myriam Achard, cheffe des partenariats et nouveaux médias à la Fondation PHI pour l’art contemporain, qui est une femme «extrêmement douée et inspirante».

Elle souligne aussi l’apport d’Edith Kabuya, une écrivaine montréalaise qui écrit beaucoup pour la jeunesse, «qui est extrêmement inspirante, qui dit ce qu’elle pense avec conviction et empathie». La trentenaire est l’autrice de la trilogie «Les Maudits» et de la série de livres pour adolescents «Victoire-Divine». 

«Je retrouve chez ces femmes toujours la même chose. Oui, on veut avancer, on veut dire ce qu’on pense, mais on n’est pas là pour attaquer, on est là pour construire», fait valoir Dominique Fils-Aimé.

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