Donald Trump commence à mettre la table pour la réouverture de l’ALÉNA

WASHINGTON – Donald Trump commence à mettre la table pour la réouverture de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA).

Le président a indiqué jeudi aux journalistes, à la Maison-Blanche, que son secrétaire au Commerce sera impliqué dans les négociations, qui devraient s’amorcer aussi rapidement que le permettent les règles juridiques. M. Trump souhaite une nouvelle entente juste et équitable — que ce soit par le biais d’un ALÉNA revu et corrigé ou d’un tout nouvel accord. «Ça m’est égal que ce soit un ALÉNA modifié ou un tout nouvel ALÉNA. Mais il faut que cette entente soit juste», a-t-il prévenu.

Cette fin ouverte semble suggérer que le président américain n’a pas encore fait son lit sur l’ampleur des changements qu’il souhaiterait apporter — et même sur la forme que devrait prendre le nouvel accord.

Certains experts du commerce international croient que l’accord trilatéral de 1993 entre le Canada, les États-Unis et le Mexique pourrait être scindé en plusieurs accords bilatéraux distincts et différents — une approche favorisée par l’un des plus proches alliés du président Trump au Congrès, le représentant de New York Chris Collins. Des responsables canadiens ont indiqué de leur côté qu’ils préféreraient améliorer l’accord actuel, mais qu’ils s’accommoderaient d’ententes bilatérales.

L’ancien haut fonctionnaire américain Gary Hufbauer, aujourd’hui analyste à l’Institut Peterson d’économie internationale, à Washington, croit que selon toute vraisemblance, les négociations se solderont effectivement par des accords bilatéraux — même si ce n’est pas l’approche qu’il aurait lui-même privilégiée.

M. Hufbauer rappelle que la nouvelle administration a souvent répété qu’elle préférait le bilatéral au trilatéral; il signale aussi que les attaques contre l’ALÉNA viennent du camp républicain aussi bien que du camp démocrate. En toute logique, donc, M. Trump pourrait bien vouloir tenter de remplacer purement et simplement l’ALÉNA, selon l’expert américain. «Ce sera plus facile avec le Canada parce qu’on peut bâtir sur les fondations de l’Accord de libre-échange canado-américain» de 1987, estime-t-il. «Avec le Mexique, par contre, on devrait pas mal partir de zéro.»

Ces accords bilatéraux seraient toutefois beaucoup plus complexes et exigeraient plus de temps, ce qui risquerait de perturber la chaîne d’approvisionnement pour des produits fabriqués dans plusieurs pays, estime M. Hufbauer. «Ce sera quelque chose!»

L’homme d’affaires Ross

Le président Trump a aussi annoncé jeudi que celui qu’il a nommé secrétaire au Commerce, le milliardaire Wilbur Ross, prendra part aux pourparlers sur l’ALÉNA — même si de telles négociations internationales sont habituellement menées par le Bureau du représentant américain au commerce, responsable de la politique commerciale extérieure des États-Unis. Le secrétaire américain au Commerce s’occupe plutôt du commerce intérieur.

Cette annonce pourrait bien provoquer des soupirs de soulagement à Ottawa: l’homme d’affaires Ross n’est pas considéré comme l’opposant au libre-échange le plus irréductible dans l’équipe du président Trump. Mais il n’est pas prêt non plus à appuyer le libre-échange à tout prix.

«Wilbur est un homme juste — il le sera envers les autres pays», a assuré jeudi le président Trump, alors que M. Ross se tenait tout près de lui.

Wilbur Ross, qui a fait sa fortune en achetant des usines américaines en difficulté pour les restructurer, a déjà prévenu qu’il serait dur en affaires. «Je n’ai pas l’intention de me laisser bousculer par qui que ce soit», lançait-il le 18 janvier lors de l’audience sénatoriale en vue de sa confirmation au poste de secrétaire au Commerce. Le Sénat n’a toujours pas confirmé cette nomination.

M. Ross a aussi paru se réjouir de la baisse du peso mexicain et du dollar canadien depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche — une preuve, selon lui, que les marchés mondiaux s’attendent à des négociations serrées. «Il est toujours bon d’amorcer des négociations lorsque la partie adverse est parfaitement consciente qu’elle devra faire des concessions», indiquait M. Ross au Sénat.

Le Canada a déjà laissé filtrer certaines de ses priorités dans la renégociation de l’ALÉNA: accord sur le bois d’oeuvre permanent, plutôt que renouvelable aux 10 ans, protections accrues contre les provisions protectionnistes du «Buy American Act», et assouplissement des règles sur la mobilité de la main-d’oeuvre. Ce ne sera pas chose simple…

À l’audience sénatoriale, M. Ross a refusé de dire s’il abolirait ou assouplirait les exemptions prévues dans l’ALÉNA pour se plier à la loi «Buy American».