Donald Trump quitte la Maison-Blanche pour la dernière fois

WASHINGTON — Donald Trump est parti de la Maison-Blanche pour une dernière fois en tant que président mercredi, montant à bord de l’hélicoptère Marine One et laissant derrière lui le chaos et un pays profondément divisé.

Quatre ans après sa propre inauguration, pendant laquelle il avait évoqué un «carnage américain», M. Trump quitte la présidence après avoir été destitué deux fois; des millions de personnes de plus sont aujourd’hui sans emploi et quelque 400 000 vies ont été fauchées par le coronavirus. Sous sa présidence, les républicains ont perdu le contrôle de la Chambre des représentants et du Sénat. On se souviendra à jamais de lui comme du président qui, lors de ses derniers jours, a été à l’origine d’une insurrection qui a fait cinq morts au Capitole, dont un policier, et indigné le pays.

«Ça a été un honneur immense, l’honneur d’une vie. Le plus grand peuple du monde, la plus grande maison du monde», a lancé M. Trump aux journalistes avant de se diriger vers Marine One.

M. Trump deviendra le premier président de l’histoire moderne à ne pas assister à l’investiture de son successeur, alors qu’il refuse d’admettre que Joe Biden a gagné en toute honnêteté et qu’il continue à répéter à ceux qui veulent encore l’écouter que l’élection lui a été volée.

M. Trump a refusé de participer à toutes les traditions symboliques de passation des pouvoirs, comme celle de recevoir le couple Biden à la Maison-Blanche. Il a toutefois laissé une note à l’intention de son successeur, mais son contenu demeure pour le moment confidentiel.

Marine One s’est rendu à la base d’Andrews, au Maryland, où l’avion présidentiel Air Force One attendait pour conduire M. Trump en Floride. Des centaines de partisans du président s’étaient massés à la base pour le saluer.

«Ce n’est qu’un au revoir. Nous vous aimons, a lancé le président à la foule, avant de monter à bord d’Air Force One. Nous serons de retour, d’une manière ou d’une autre.»

Prenant la parole sans notes, M. Trump a dit que sa présidence a été «quatre années incroyables». Il a remercié sa famille pour son travail, ajoutant qu’elle aurait pu choisir une vie plus facile.

«Ça a été quelque chose de très spécial. Nous avons accompli plusieurs choses», a-t-il dit en énumérant la nomination de juges conservateurs, le développement de vaccins contre le coronavirus et la gestion de l’économie avant la pandémie.

«J’espère qu’ils ne vont pas augmenter vos impôts, a-t-il ajouté au sujet de l’administration Biden. Mais s’ils le font, je vous avais prévenus.»

Il a reconnu que son administration avait défié les normes, avant de promettre à ses partisans qu’il sera de retour. La campagne Trump a travaillé si dur, a-t-il dit: «Nous avons tout fait.»

Sans mentionner le nom de M. Biden, M. Trump a souhaité bonne chance et bon succès à la nouvelle administration, en affirmant lui avoir facilité la tâche en coulant une «fondation».

«Je me battrai toujours pour vous, a-t-il dit. Je vais surveiller. Je vais écouter.»

Au moment où M. Biden sera assermenté, M. Trump se sera déjà installé à son club privé de Mar-a-Lago, à Palm Beach, où il réfléchira peut-être à l’avenir incertain qui l’attend.

Ses proches avaient demandé à M. Trump de profiter de ses derniers jours pour mettre en lumière les réussites de son administration, comme les réductions d’impôts ou la normalisation des relations au Moyen-Orient. M. Trump a essentiellement refusé, effectuant un seul déplacement au Texas, près de la frontière avec le Mexique, et diffusant une vidéo dans laquelle il promet que «le mouvement que nous avons lancé ne fait que commencer».

Au cours des dernières heures au pouvoir, M. Trump a offert un pardon présidentiel à plus de 140 personnes, dont son ancien stratège Steve Bannon, des rappeurs, d’anciens politiciens et d’autres individus proches de lui ou de sa famille.

M. Trump sera entouré en Floride de quelques anciens employés de la Maison-Blanche, mais son avenir politique est aujourd’hui radicalement différent qu’il ne l’était il y a deux semaines.

Avant l’émeute au Capitole, on s’attendait à ce que M. Trump demeure dans les faits le leader du Parti républicain, jouissant d’un pouvoir énorme et contemplant un retour en 2024. Mais il semble maintenant plus faible que jamais — abandonné par plusieurs membres de son parti, destitué deux fois et privé de Twitter, son porte-voix de prédilection. S’il est reconnu coupable lors du procès au Sénat, on pourrait lui interdire de briguer un nouveau mandat.

Pour le moment, M. Trump est en colère et humilié, absorbé par la rage et ses doléances. Il a plongé plus profondément que jamais dans un monde de complots après le scrutin de novembre, et ceux qui lui ont parlé disent qu’il croit toujours qu’il a gagné. Il continue de s’en prendre aux républicains qui lui manqueraient de loyauté et il a menacé, en privé et en public, d’appuyer les candidats qui se présenteront contre ceux qui l’auraient trahi.

Certains s’attendent à le voir éventuellement renoncer entièrement au Parti républicain, et possiblement à ce qu’il se présente comme candidat d’un parti tiers pour tenter de se venger.

M. Trump a conclu sa présidence un peu comme il l’avait entamée: essentiellement seul. Le Parti républicain semble finalement en avoir assez de lui, après l’assaut violent lancé par ses partisans contre le Capitole.

À l’intérieur de la Maison-Blanche, des équipes ont travaillé toute la nuit pour préparer les lieux pour leurs nouveaux locataires. Un camion de déménagement noir avait reculé devant la porte de la West Wing. On ne trouvait plus sur la plupart des murs que les crochets auxquels pendaient précédemment des photos. Les bureaux avaient été dénudés de tous ces objets qui leur donnent habituellement de la vie. Au moins une employée était en larmes au moment de quitter les lieux pour la dernière fois.

M. Trump, même s’il n’est plus au pouvoir, peut toujours compter sur l’appui de millions de militants républicains, et certains de ses alliés dirigent le Comité national républicain et plusieurs organisations locales.

Washington ne s’ennuiera pas de lui. M. Trump sortait rarement de la Maison-Blanche, sauf pour visiter son propre hôtel. Sa femme et lui n’ont jamais visité les restaurants, les boutiques ou les sites touristiques de la capitale. Quand il sortait, c’était habituellement pour se rendre à ses clubs de golf au New Jersey, en Virginie et en Floride.

Quatre-vingt-treize pour cent des électeurs de Washington ont voté pour Joe Biden. M. Trump a reçu moins de 20 000 votes, soit une foule insuffisante pour remplir l’aréna des Capitals de Washington.

– Par Jill Colvin, The Associated Press

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