Donald Trump sème le doute sur l’élection, mais une nouvelle agence le contredit

«Je suis convaincu que votre vote est sécurisé, que les responsables électoraux des États et des comtés de tout le pays travaillent jour après jour, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, pour que les élections de 2020 soient aussi sûres que possible», a déclaré Christopher Krebs, le directeur de l’Agence de cybersécurité et de sécurité des infrastructures (CISA).

WASHINGTON — Plus tôt ce mois-ci, le président Donald Trump avait indiqué sur Twitter que l’élection présidentielle serait «la plus corrompue» de l’histoire américaine. Une journée plus tard, le chef d’une obscure agence gouvernementale créée par le président lui-même offrait un message bien différent.

Christopher Krebs, le directeur de l’Agence de cybersécurité et de sécurité des infrastructures (CISA), a clôturé une conférence en ligne avec un avertissement concernant les «méchants, peu importe qui ils sont», qui essaient de «semer le chaos, semer le doute» sur l’intégrité des élections américaines.

«Je suis convaincu que votre vote est sécurisé, que les responsables électoraux des États et des comtés de tout le pays travaillent jour après jour, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, pour que les élections de 2020 soient aussi sûres que possible», a déclaré Christopher Krebs.

Ce n’était qu’une des nombreuses fois où la CISA a offert une version différente de celle du président alors qu’elle travaille dans les coulisses non seulement pour aider à protéger les élections, mais aussi pour rassurer le public malgré les messages contraires de la Maison-Blanche.

Cette divergence entre ce que dit le président et ce que croit l’agence pourrait être sous les projecteurs le jour du scrutin. Christopher Krebs et la CISA seront à l’oeuvre au niveau national, surveillant les élections au milieu des inévitables problèmes et retards de vote, qui pourraient être aggravés par la pandémie de coronavirus, sous un président qui a déclaré qu’il ne respecterait peut-être pas les résultats s’il perdait.

Christopher Krebs a averti les électeurs cette semaine de «se préparer aux efforts qui remettent en question la légitimité de l’élection» sans mentionner que c’est le président qui a remis en question le vote par correspondance et a attiré l’attention sur des incidents relativement mineurs dans lesquels un petit nombre de bulletins ont apparemment été rejetés.

Cette divergence est d’autant plus notable que la CISA a été créée par Donald Trump en novembre 2018 au sein du département de la Sécurité intérieure des États-Unis, lui-même accusé de politiser ses missions sous cette administration.

Christopher Krebs et Ken Cuccinelli, le secrétaire adjoint par intérim du département de la Sécurité intérieure, se sont entretenus jeudi avec des journalistes et ont déclaré qu’avec des dizaines de millions de votes déjà déposés, il n’y avait eu aucun signe d’ingérence étrangère, contrairement à 2016.

Pourtant, il y a eu des tentatives pour perturber l’élection, y compris une campagne pour envoyer des courriels menaçants aux électeurs dans plusieurs États que la CISA et d’autres agences fédérales attribuent à l’Iran, et la sécurité électorale est une préoccupation généralisée.

«Il est vrai que la défense s’est améliorée depuis 2016, mais il est également vrai que les attaques se sont encore améliorées», a déclaré Tom Warrick, ancien sous-secrétaire adjoint à la politique de lutte contre le terrorisme au département de la Sécurité intérieure, qui fait maintenant partie du Conseil de l’Atlantique.

«Je ne connais personne qui soit absolument convaincu que tout se passera bien du point de vue du processus électoral», a déclaré Tom Warrick.

La CISA n’a jamais été sous les projecteurs. Elle travaille avec les États et les responsables locaux qui organisent les élections américaines ainsi qu’avec des entreprises privées qui fournissent du matériel de vote pour lutter contre les cyberattaques et d’autres menaces tout en surveillant le scrutin et la compilation depuis une salle de contrôle à son siège près de Washington.

Christopher Krebs, qui avec ses cheveux mi-longs ressemble plus à un cadre qui travaille dans les nouvelles technologies qu’à un haut responsable de l’administration Trump, garde également un profil bas. Ses remarques soigneusement calibrées lors de conférences gouvernementales sur la cybersécurité font rarement la une des journaux.

Cela l’a aidé à éviter le type de colère que Donald Trump a dirigée contre le directeur du FBI Chris Wray après qu’il eut déclaré qu’il y avait peu de preuves de fraude avec le vote par correspondance, entre autres.

Christopher Krebs doit être félicité pour «rester concentré sur la mission et ne pas être pris dans la mêlée», a déclaré Kiersten Todt, la directrice générale de l’institut à but non lucratif Cyber Readiness Institute.

«L’importance pour lui de rester dans ce poste pendant les élections est certainement assez critique, et je pense qu’il le sait aussi», a-t-elle déclaré.

La CISA jouit également d’une bonne réputation au sein des États et des fonctionnaires électoraux locaux qui comptent sur ses conseils et ses services à une époque de cyberattaques quasi constantes.

«Ils se sont vraiment imposés comme une sorte de partenaires et de facilitateurs», a déclaré Trevor Timmons, le directeur de l’information du secrétaire d’État du Colorado. «J’ai été très impressionné par la façon dont la CISA a vraiment amélioré son jeu face à ce qui est une menace pour notre démocratie.»

L’agence a fait face à des débuts difficiles. Juste avant que le président Barack Obama ne quitte ses fonctions, les États-Unis ont désigné les systèmes électoraux comme une infrastructure de sécurité nationale essentielle, au même titre que les barrages ou les centrales électriques, en raison de l’ingérence de la Russie, qui comprenait la pénétration des systèmes électoraux étatiques ainsi que la désinformation massive.

Certains fonctionnaires électoraux d’État et républicains, méfiants d’une intrusion fédérale sur leur territoire, se sont opposés à cette désignation. L’Association nationale des secrétaires d’État a adopté une résolution contre cette décision en février 2017.

Mais l’administration Trump a soutenu la désignation et, finalement, des dirigeants sceptiques ont salué l’aide qu’elle procurait. Le secrétaire d’État de Virginie-Occidentale, Mac Warner, a déclaré qu’un tournant s’était produit lorsque la CISA et le département de la Sécurité intérieure ont commencé à fournir aux responsables électoraux des informations auparavant étroitement tenues secrètes concernant les menaces étrangères.

«Nous avons commencé à voir le département de la Sécurité intérieure plus comme un allié ou un ami», a déclaré Mac Warner.

La CISA, qui compte environ 2000 employés et un budget d’environ 2 milliards $ US, déploie des conseillers dans tout le pays. Elle n’a jamais été critiquée comme l’a été le département de la Sécurité intérieure, qui, selon d’anciens hauts fonctionnaires et des membres du Congrès, a semblé pousser l’agenda politique de l’administration sur l’immigration notamment. Mais il y a toujours des inquiétudes.

«Nous avons vu le département de la Sécurité intérieure impliqué dans des activités en dehors de la CISA qui, à mon avis, et selon la plupart des gens du pays, sont extrêmements troublantes et inappropriées, et je pense que cela pose un défi pour la CISA», a déclaré Phil Reitinger, le président du Global Cyber Alliance, qui est également un ancien fonctionnaire fédéral et procureur.

Kiersten Todt, qui en tant qu’assistante du Congrès a contribué à l’élaboration de la législation qui a créé le département de la Sécurité intérieure à la suite des attentats du 11 septembre 2001, a déclaré qu’il était peut-être temps de faire de la CISA une agence autonome, ou du moins de lui en donner un rôle de premier plan au sein du département de la Sécurité intérieure étant donné l’ampleur de la menace.

«La CISA a eu quatre ans pour développer son potentiel, mais je pense que nous devons absolument allouer plus de ressources pour permettre aux infrastructures électorales d’évoluer», a-t-elle déclaré.

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