Donna Strickland, lauréate du prix Nobel de physique, raconte son parcours

Une professeure canadienne est devenue la troisième femme à recevoir le prestigieux prix Nobel de physique. La Presse canadienne a discuté avec Donna Strickland de l’obtention du prix, de ses travaux dans le domaine de la physique des lasers et de son message aux femmes qui souhaitent faire carrière dans le monde scientifique.

Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez reçu l’appel vous informant de votre victoire?

Au fil des ans, les gens me taquinaient en disant: «Nous n’avez pas encore eu de nouvelles du comité du prix Nobel?» Mais j’ai toujours pensé que c’était idiot (…) Il y a énormément de candidats qui auraient pu être choisis. Je pense que j’étais un peu abasourdie. C’est évidemment un grand honneur de recevoir un tel prix.

L’Académie royale des sciences de Suède a qualifié de «révolutionnaire» la technique que vous avez mise au point en 1985, connue sous le nom d’«amplification par dérive de fréquence». Pouvez-vous expliquer votre travail?

À cette époque, au début des années 1980, il existait à la fois des lasers à impulsions courtes et des lasers à haute énergie. Les gens voulaient des puissances de pointe élevées, mais si nous mettions des puissances de pointe élevées dans un laser, nous faisions exploser le laser. C’est pourquoi on ne pouvait pas avoir à la fois une énergie élevée et des impulsions courtes. L’amplification par dérive de fréquence vient contourner cela. C’est une idée très simple.

Qu’avez-vous ressenti en voyant votre découverte évoluer au fil des ans?

Cela a été très amusant. Il y a toujours un intérêt à approfondir la découverte. En 2010, il y avait un symposium simplement pour féliciter Gérard (Mourou, directeur de thèse et colauréat du prix) et moi pour les 25 ans de l’amplification par dérive de fréquence. Des gens du monde entier étaient présents (…) Il y avait une excitation à ce sujet. C’est amusant à regarder et on se dit: «Wow, comment est-ce possible?»

Vous n’êtes que la troisième femme à remporter le prix Nobel de physique. Était-ce un domaine plutôt dominé par les hommes lorsque vous avez commencé?

Oui, ça l’était, mais je n’en ai pas vraiment tenu compte. Peut-être que c’est pour ça que je ne me suis pas arrêtée, parce que j’ai tout simplement fait abstraction de tout ça. En fait, je ne pense même pas l’avoir vraiment remarqué. Et j’aimais être la seule fille à entrer dans les toilettes lors des grandes conférences et avoir 30 cabinets pour moi toute seule. J’ai toujours été payée à la hauteur de mes collègues et j’ai le sentiment d’avoir été traitée sur un pied d’égalité. Je pense que les femmes devraient commencer à être davantage reconnues parce que, pour une raison quelconque, tous les hommes ne veulent pas nous reconnaître, pas tout le monde, mais je pense que c’est une minorité. Je pense que la majorité des gens sont prêts à nous reconnaître.

La parité entre les sexes sur le terrain s’est-elle un peu améliorée au cours de votre carrière?

Nous étions probablement environ 10 pour cent de femmes à assister aux conférences sur le laser. Maintenant, cela représente environ 25 pour cent. On y arrive. Je me compare maintenant (…) à Maria Goeppert-Mayer (la deuxième femme à remporter le prix Nobel de physique). Je la cite dans ma thèse, mais je crois qu’elle n’a pas été payée pour ce pourquoi je la cite. Elle suivait simplement son mari, le professeur, et ils la laissaient avoir un bureau ou la laissaient enseigner, ou la laissaient faire certaines choses, et pourtant elle a remporté un prix Nobel. Ce n’est que dix ans environ avant de remporter le prix Nobel qu’elle a été rémunérée en tant que scientifique. Il est vrai qu’une femme n’a pas reçu le prix Nobel depuis lors, mais je pense que les choses sont meilleures pour les femmes qu’elles ne l’étaient. Nous ne devrions jamais perdre de vue le fait que nous progressons.

Pensez-vous que votre victoire pourrait attirer les filles vers les domaines des sciences, de la technologie, du génie et des mathématiques?

J’ai du mal à répondre à cette question parce que je pense que chaque femme ou chaque fille doit décider elle-même si cela peut faire une différence. J’ai entendu assez de gens dire qu’il était nécessaire d’avoir des modèles, alors espérons que ça aide.

Seriez-vous ouverte à être vue sous cet angle maintenant?

Je l’ai déjà été. Il y a très peu de femmes scientifiques et très peu de physiciennes universitaires et on nous demande de jouer ce rôle. Je me mets donc en évidence pour ça.

Compte tenu de votre victoire, avez-vous un message à adresser aux aspirantes chercheuses en sciences?

Si vous voulez faire quelque chose, allez-y et faites-le. C’est tout ce que vous pouvez faire.

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