Dossier LGBTQ+ sous un autre ministère: «un non-sens», déplorent des organismes

MONTRÉAL — Du ressort du ministre de la Justice depuis bientôt 15 ans au Québec, le dossier de la lutte contre l’homophobie et la transphobie est désormais sous la gouverne de la nouvelle titulaire des Relations internationales, de la Francophonie et de la Condition féminine. Un changement qui suscite l’incompréhension et des inquiétudes parmi des groupes LGBTQ+.

Martine Biron a hérité du mandat que son collègue Simon Jolin-Barrette — toujours à la Justice — a porté au cours des quatre dernières années. La décision a été accueillie avec surprise alors que les enjeux touchant les minorités sexuelles relevaient de celui qui occupe aussi la fonction de procureur général du Québec, depuis l’adoption d’un décret ministériel en juin 2008.

Des organismes des communautés LGBTQ+ reprochent au gouvernement Legault d’avoir rompu avec cette politique sans les en informer et les consulter.

«Il y a un grand étonnement de toutes les personnes qui travaillent dans la communauté LGBT, parce que pour nous c’est tellement incontournable que ce soit géré par le ministère de la Justice», réagit la directrice générale de la Coalition des familles LGBT+, Mona Greenbaum.

La promotion des droits de la personne et la lutte contre les discriminations restent au cœur des batailles des minorités sexuelles.

«Pour les personnes LGBTQ+, il y a encore beaucoup de droits qui sont fragiles, même si au Québec notre situation est de mieux en mieux. Ça reste quand même que dans le contexte social actuel, il y a une certaine fragilité qui s’observe. Donc, le fait que ce soit dans les mains du ministre de la Justice, ça amenait une certaine sécurité», fait valoir le coprésident du conseil d’administration du Conseil québécois LGBT, Pascal Vaillancourt.

Au cabinet de Martine Biron, on indique que la ministre nouvellement en poste refuse les demandes d’entrevue pour le moment, le temps de se familiariser avec ses dossiers. Mais dans une déclaration écrite, on explique que «la quête d’égalité entre les femmes et les hommes et la lutte contre l’homophobie et à la transphobie sont solidaires l’une de l’autre».

Elles «passent en grande partie par l’éducation, la promotion des rapports égalitaires et la lutte aux stéréotypes sexuels et sexistes. Nous sommes convaincus que de faire évoluer la société vers plus d’égalité est un travail de fond qui s’exécute de manière coordonnée», écrit le cabinet, concluant que la ministre prévoit tenir des rencontres avec différents groupes.

«Moins de pouvoirs, moins de ressources»

Mais les intervenants craignent que le gouvernement finisse par accorder encore moins d’importance aux enjeux de lutte contre l’homophobie et la transphobie.

«On n’a rien contre le ministère de la Condition féminine, puis la ministre Biron. Mais c’est un ministère qui a beaucoup moins de visibilité, beaucoup moins de pouvoirs et beaucoup moins de ressources. Et puis qui n’a aucune connaissance de nos dossiers», déplore Mme Greenbaum.

«C’est un non-sens pour nous. C’est un manque de respect pour la minorité qui est la plus grande au Québec, qui représente au moins 10 % de la population», ajoute-t-elle.

Ce changement de garde survient au moment où doit débuter l’élaboration du nouveau plan gouvernemental de lutte contre l’homophobie et la transphobie pour les cinq prochaines années.

Selon Manon Massé, la co-porte-parole de Québec solidaire, M. Jolin-Barrette manquait de temps pour remplir ce mandat et rencontrer les groupes. Elle voit plutôt d’un bon oeil le transfert de ce dossier dans le giron de Mme Biron.

Avant les dernières élections, M. Jolin-Barrette «avait bien d’autres responsabilités, faisant en sorte que le dossier des communautés LGBTQI+ était secondarisé», affirme Mme Massé, responsable pour son parti des enjeux liés aux communautés LGBTQ+.

«J’ose espérer qu’avec une ministre en titre qui en a moins épais sur sa table de travail, elle va être en mesure d’assurer ce qui est nécessaire pour continuer d’avancer au Québec en matière des droits LGBT», mentionne-t-elle.

Puisque Mme Biron s’occupe des Relations internationales, le Québec pourrait alors jouer un rôle auprès des pays réfractaires à l’égard des minorités sexuelles, croit Mme Massé.

Si les relations entre M. Jolin-Barrette et les milieux LGBTQ+ ont été parfois houleuses, le dossier doit demeurer sous la responsabilité au ministère de la Justice, estime pour sa part Mme Greenbaum.

Même «dans les pires conditions», elle se dit convaincue que les revendications des personnes de la diversité sexuelle avancent plus vite au ministère de la Justice qu’ailleurs. La collaboration est toujours possible, malgré les visions divergentes.

Elle cite en exemple la réforme du droit de la famille qui au départ s’était attiré les foudres des personnes transgenres et non binaires. Le ministre s’est fait accuser de transphobie, parce qu’il voulait imposer aux personnes désireuses de changer de sexe de subir d’abord une intervention chirurgicale génitale.

M. Jolin-Barrette a finalement reculé sur cette portion controversée de sa législation et plusieurs avancées ont été réalisées au moment de l’adoption du projet de loi 2, mentionne Mme Greenbaum.

«Le fait d’avoir reculé sur l’aspect transphobe du projet de loi a démontré la bonne foi du ministre. Mais ce n’est pas sans avoir fait des dommages psychologiques pour certaines personnes qui ont eu peur de perdre des acquis», déclare M. Vaillancourt, aussi directeur général d’Interligne.

Il espère que la ministre Biron sera davantage à l’écoute des groupes œuvrant auprès des personnes LGBTQ+ et que ceux-ci seront perçus comme des outils de collaboration et non une menace.

Cet article a été produit avec le soutien financier des Bourses Meta et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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