Doug Ford est invisible dans la campagne, mais on entend beaucoup son nom

TORONTO — Doug Ford a peut-être tenu sa promesse de se faire discret pendant la campagne électorale fédérale, mais il était inévitable que les libéraux le brandissent comme un épouvantail.

Justin Trudeau ne rate pas une occasion pour créer un amalgame entre le chef conservateur fédéral, Andrew Scheer, et le premier ministre progressiste-conservateur ontarien, qui est assez impopulaire ces temps-ci.

«Il sert de Bonhomme Sept Heures pour les libéraux», explique Scott Reid, ancien conseiller du premier ministre libéral Paul Martin. «Il est brandi aux électeurs de l’Ontario comme un exemple de ce qui les attend au fédéral s’ils votent pour Andrew Scheer.»

Les progressistes-conservateurs de Doug Ford ont formé un gouvernement majoritaire l’été dernier après une campagne remplie de promesses populistes — l’essence moins chère, la «bière à une piastre» et des impôts moins élevés. Mais de nombreux Ontariens ont rapidement déchanté en constatant les compressions dans des services et des programmes tels que l’aide juridique, les prêts étudiants, la plantation d’arbres et la santé publique.

«La pièce à conviction A? Doug Ford!», a encore lancé M. Trudeau mercredi. «De plus grandes classes pour vos enfants et moins de soutien pour vos communautés: voilà le coût réel de la bière à une piastre. Et maintenant, Andrew Scheer veut que les Canadiens fassent un doublé de politiciens conservateurs comme Doug Ford.»

Les libéraux fédéraux se sont également engagés en campagne à financer des programmes supprimés par le gouvernement Ford, notamment la plantation d’arbres et les services d’aide juridique aux réfugiés et à l’immigration. M. Trudeau s’est également invité dans le conflit de travail entre la province et ses employés de soutien du secteur de l’éducation, plus tôt cette semaine: il avait mis à son agenda de campagne, lundi matin, une rencontre avec des enseignants le jour prévu de la fermeture des écoles en raison d’une grève — qui a été évitée à la toute dernière minute.

Selon Amanda Galbraith, directrice du cabinet de communications Navigator et ancienne employée des conservateurs, les libéraux devaient diaboliser quelqu’un pour renforcer leur base et motiver les électeurs, et Doug Ford constitue une cible plus visible qu’Andrew Scheer en Ontario.

Doug Ford bon joueur

M. Scheer n’est d’ailleurs jamais apparu aux côtés de M. Ford pendant la campagne — il n’a même jamais mentionné son nom, contrairement au chef libéral. «Vous semblez être drôlement obsédé par la politique provinciale», a lancé M. Scheer à son adversaire lors du débat des chefs en anglais, lundi. «Il y a un poste vacant pour le leadership libéral ontarien: si vous êtes si intéressé par la politique provinciale, présentez-vous!»

M. Ford, bon joueur, a été remarquablement absent des regards médiatiques: il a répondu aux questions des journalistes une seule fois depuis le début de la campagne électorale le 11 septembre. L’Assemblée législative devait reprendre ses travaux au début du mois de septembre, mais M. Ford a reporté ce rappel des troupes au lendemain des élections fédérales.

Cette discrétion assumée contraste nettement avec l’attitude du premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, qui milite activement pour M. Scheer — y compris sur les terres mêmes de M. Ford, à Toronto.

Les mauvais sondages ne sont que l’un des facteurs qui expliquent pourquoi M. Scheer ne fait pas campagne aux côtés de Doug Ford, estime Amanda Galbraith: les conservateurs doivent forger une identité propre au chef fédéral.

Barry Kay, professeur de sciences politiques à l’Université Wilfrid-Laurier, souligne que les électeurs canadiens n’ont pas encore appréhendé clairement le personnage Scheer. «En Ontario, les gens ne savent pas qui il est, et les libéraux ont donc eu la possibilité de le lier à un premier ministre très impopulaire», a-t-il déclaré.

David Coletto, PDG d’Abacus Data, ajoute que les Ontariens ne sont pas tout seuls à avoir une opinion négative du premier ministre de l’Ontario. «Vous comparez Doug Ford aux chefs des quatre principaux partis au fédéral, et il est le plus impopulaire à l’échelle nationale», a déclaré M. Coletto, qui a réalisé récemment un sondage là-dessus.